AU FIL DES HOMELIES

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UN MONDE NOUVEAU

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de la première semaine du temps pascal – A

(20 avril 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Au bord du lac de Tibériade …

 

A

u lever du jour, Jésus parut sur le rivage." Littéralement il est écrit : il y eut un matin, il y eut un jour et Jésus se tint debout sur le rivage. Il y eut un matin, il y eut un jour, cette nota­tion de l'évangéliste évoque ce renouvellement qui est celui du jour nouveau. Pendant toute la nuit, ils avaient peiné sans rien prendre, mais voici le Christ et un jour nouveau vient. Et dans ce jour, ils vont faire une pêche surabondante.

Tous les évangélistes ont noté avec soin que le Christ est ressuscité le premier jour de la semaine et à la pointe de l'aurore. Cette notation sans cesse ré­pétée est pleine de signification. Cela veut dire que le Christ est comme un jour nouveau. Plus précisément encore, Il est le jour par excellence, le premier jour. En Lui, par sa résurrection, recommence le premier jour du monde. Le premier jour de la semaine, c'est le jour de la création de la lumière, c'est la première aurore de l'univers. Le récit de la Genèse nous pré­sente la création du monde dans un cadre mythique de sept jours, ce qui veut dire non pas que Dieu a créé toutes choses en sept journées successives, mais que la création du monde fait partie du cycle de l'histoire, du cycle du temps qui, pour les sémites, se déroule selon ce rythme sans cesse renouvelé en semaines de sept jours. C'est la première semaine, c'est donc l'inauguration du temps, l'inauguration de l'histoire. L'histoire du monde, l'histoire des hommes est sortie des mains de Dieu au premier jour.

La Résurrection du Christ est un re­commencement de cette histoire. C'est une création nouvelle. Cette création que les hommes ont défigurée par le péché, qui est devenue stérile comme cette pê­che de toute la nuit où l'on ne prend aucun poisson, cette création qui a été abîmée, voici que, en ressus­citant, Jésus vient la restaurer. Jésus est le point de départ d'un monde nouveau, d'une création nouvelle. Plus exactement Il est Lui-même cette création nou­velle et toute chose, à commencer par nous-mêmes, nous serons renouvelés en Lui. C'est dans la mesure où nous devenons membres de son corps, où nous devenons chair de sa chair, où nous devenons partici­pants de sa vie de Ressuscité, que nous entrons dans ce monde nouveau, que nous sommes renouvelés, rendus à notre vérité première, recréés. Cette recréa­tion, c'est la réparation de l'ancienne, mieux encore, c'est une création plus belle encore que la première, car "là où le péché a abondé, la grâce a surabondé." Il y a plus de don de Dieu dans le Christ ressuscité qu'il n'y en avait eu lors de la première création et que nous avons été capables d'en perdre par toute l'accu­mulation des péchés de nos vies et de toute l'histoire des hommes.

Le Christ crée un monde nouveau qui est le monde véritable et désormais notre vraie vie est ca­chée dans le Christ. Nous vivons encore dans ce monde et ce monde continue à vivre, mais il est attiré, polarisé par ce monde nouveau qui est celui du corps ressuscité de Jésus et dans lequel nous nous accompli­rons et toutes choses s'accompliront. Il y a dans cette page d'évangile un certain nombre de notations sym­boliques qui viennent confirmer ce que je vous dis.

Quand, dans la barque, Pierre qui était nu, se vêt, c'est comme le souligne saint Pierre Chrysologue, une allusion à la nudité d'Adam au paradis, quand Adam et Eve éprouvent le besoin de voiler leur nudité c'est-à-dire de se cacher aux yeux de Dieu. Pierre a encore ce réflexe de se cacher. Il n'est pas encore rentré dans le monde nouveau qui va vers le Christ, qui va le restaurer entièrement. Il se plonge dans l'eau du lac qui est le signe et le symbole de l'eau du baptême par lequel nous sommes conduits au Christ, nous sommes plongés dans le mystère et dans la vie du Christ et nous sommes renouvelés par le Christ. En arrivant à terre Pierre et les autres disciples trouvent le repas qui est préparé. Ce repas c'est le repas de la béatitude, c'est le repas éternel, "le festin des Noces de l'Agneau" auquel nous sommes appelés. C'est cette autre image du monde nouveau que l'Apocalypse et l'évangile nous proposent, mais c'est déjà l'eucharistie inauguration de ce monde nouveau, inauguration de ce festin éternel.

Ainsi, par le baptême et par l'eucharistie, nous entrons déjà dans le monde nouveau, nous sommes déjà façonnés et recréés. La résurrection de Jésus est ainsi une création nouvelle. Laissons-nous reprendre en main par Dieu, laissons-nous recréer par les mains de Dieu, laissons-nous renouveler par son Esprit, car le péché nous a vieillis, mais il y a, en Jésus ressus­cité, une force de vie, une force de nouveauté plus grande que tous les vieillissements de péché.

 

AMEN

 

 

 
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