AU FIL DES HOMELIES

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AIMANTATION DE LA RÉSURRECTION

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de Pâques – B

(5 avril 1991)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

O

n pourrait presque parler de l'aimantation de la Résurrection. Quand on compare les deux textes de la tempête apaisée, autre récit qui se passe sur le lac de Tibériade, et celui que nous ve­nons d'entendre, on constate que dans le premier Jésus n'a pas encore rejoint les apôtres alors que le vent souffle et que la barque est secouée en tous sens. D'ailleurs ils ont peur et Jésus les rejoint en marchant sur la mer et leur dit : "C'est Moi ! N'ayez pas peur !" Il rejoint la barque, Il rejoint le groupe des disciples qui est déjà l'Église. Il les constitue comme Église, comme édifice qui tient sur la mer, sur le monde de façon stable parce qu'Il est présent, Lui au milieu d'eux.

Dans l'épisode de ce jour, Jésus n'est plus dans la barque. Tout au long de cette semaine vous avez entendu ce jeu d'absence et de présence perma­nent qui est la Résurrection. Jésus est à la fois re­connu puis non reconnu, ce qui faisait valoir la qualité même de sa Résurrection. Il n'est pas simplement comme quelqu'un qui apparaît devant moi, comme une autre réalité que moi, mais Il est aussi une réalité qui m'attire, m'aimante, qui aimante ma propre vie afin de lui communiquer cette vie nouvelle, cette vie de ressuscité. L'apparition du Christ sur le rivage n'est pas un adieu romantique du Christ aux apôtres. C'est fondamentalement le fait que le Christ continue à diriger cette barque qui est l'Église, de la diriger du Royaume nouveau en la tirant vers Lui. Et c'est cela l'apparition du Christ.

Le mot apparaître est un peu trompeur car ici, il s'agit vraiment d'une manifestation de la vie de Dieu qui ne se contente pas d'être là pour "se montrer" mais pour donner et communiquer cette vie et d'attirer à Lui toute la vie humaine. Alors vous comprenez bien et nous comprenons bien la démarche de Pierre qui est de se précipiter dans le monde, dans cette eau devenue calme, parce qu'il a la foi, parce qu'il est as­suré Et il se précipite avec un vêtement. J'ai toujours imaginé saint Pierre se précipitant dans l'eau avec tiare et chasuble, se précipitant dans le monde afin d'évangéliser ce monde. Parce qu'il n'est plus nu, il n'est plus fragile, il n'est plus celui qui a renié, il est celui qui a été pardonné. Il n'est plus l'homme pé­cheur, Adam dépouillé du vêtement que Dieu lui avait donné, mais il est revêtu du vêtement nouveau. Et ainsi il peut se jeter pour annoncer la bonne nouvelle au monde.

Il est le premier et l'évangile va affirmer la primauté de Pierre, il avait eu 1'initiative de cette pê­che. Mais à son initiative humaine, aucune fécondité n'était venue. Il a fallu attendre que le Christ l'institue, le désigne comme premier parmi les apôtres pour que cette barque puisse ramener des poissons, donc que l'Église devienne féconde. De même il est le premier à se jeter dans l'eau froide, dans cette vie du monde, mais pas uniquement de son point de vue humain, mais avec ce que le Christ a fait de lui. Non pas avec la tiare et les vêtements pontificaux, mais avec l'homme nouveau que le Christ a constitué en lui, avec l'homme baptisé, l'homme qui va recevoir l'Es­prit Saint.

Dans cette aimantation de la Résurrection, parce que le Christ nous attire à Lui et ne cesse d'il­luminer davantage notre vie chaque jour, précipitons-nous dans cette bonne nouvelle, précipitons-nous dans le monde parce que nous sommes assurés que nous rejoindrons le rivage du Royaume Nouveau. Mais précipitons-nous avec les armes de la foi avec les armes du baptisé dans la foi que le Christ nous a lais­sée et qui nous est livrée aujourd'hui dans son corps et dans son sang.

 

 

AMEN

 

 
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