AU FIL DES HOMELIES

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SEPT ET HUIT

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de Pâques – C

(24 avril 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

et évangile bien connu, tant de fois com­menté, je me permettrai d'en faire une lecture un peu symbolique et non pas exégétique. Ce sera donc subjectif et pas très objectif mais plutôt personnel.

J'aime à voir dans cette apparition de Jésus au bord du lac de Tibériade la situation que connaît cha­que chrétien en face de son Seigneur ou plus exacte­ment l'Église face à Dieu. Pour entrer dans cette sym­bolique, je ferai un peu comme les Pères de l'Église qui trouvaient des symboles à partir de détails.

Les apôtres montent dans la barque pour aller pêcher. Ils sont au nombre de sept. Ils n'y sont pas tous, mais sept est le chiffre des sept jours de la créa­tion, celui du temps, celui de notre univers, bien ciselé dans l'amour et l'œuvre de Dieu selon un rythme ré­gulier et parfait. Les personnages se retrouveront à huit avec Jésus. Huit, c'est justement le dépassement de ce temps qui nous fait rentrer dans la plénitude du temps de Dieu c'est-à-dire dans le Jour Nouveau. C'est déjà un premier signe de ce monde nouveau de l'Église face à Dieu qui vit déjà du monde nouveau.

Ils s'en vont et ne prennent rien. C'est quand Jésus paraît sur le rivage que les apôtres pourront se mettre vraiment au travail parce que Jésus les guide. C'est sur son injonction que les disciples jettent le filet à droite. Jeter à droite, c'est faire la bonne pêche. C'est comme séparer les boucs des brebis, les uns à gauche, les autres à droite. Cela signifie que c'est pris du côté du Seigneur. Ils n'ont rien pris mais grâce à Jésus, ils vont prendre beaucoup de poissons et ils ont de la difficulté à ramener le filet. Et c'est quand ils ont vu cette œuvre que le disciples que Jésus aimait s'écrie : "C'est le Seigneur !" C'est une constante dans l'évan­gile de ne pas reconnaître Jésus Ressuscité. Pourtant par deux fois saint Jean nous dit : "Jésus se manifesta aux disciples au bord de la mer de Tibériade." Et il finira par dire : "Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta aux disciples une fois ressuscité d'entre les morts." En principe une manifestation c'est clair, c'est une révélation, donc on sait à qui l'on a affaire. Là c'est une manifestation plus difficile d'accès, mais qui tend à faire reconnaître le Seigneur non pas de visu mais grâce à ce qui s'accomplit. Cette œuvre c'est celle de la pêche miraculeuse que font ces disciples grâce à laquelle ils reconnaissent : "C'est le Sei­gneur".

Pierre met son vêtement pour plonger dans l'eau. Ce vêtement nous pourrions le rapprocher de celui que portent les élus pour entrer dans la joie et le Royaume de Dieu. Enfin sur le rivage Jésus a déjà préparé le repas. C'est Lui qui va faire cuire le pois­son, le pain et qui donne à manger. Il fait apporter les poissons des disciples, il y en a 153. On peut addi­tionner et cela fait neuf, le signe complet, cela veut dire que tout le monde y est. 153 est aussi le nombre d'espèces de poissons connus dans la mer de Galilée. Le poisson était aussi pour les premiers chrétiens la façon de désigner le Christ Ressuscité. ICHTUS en grec signifie poisson et les lettres sont les initiales des mots Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur.

Tous ces éléments me permettent de penser que cet évangile nous montre très profondément le caractère eschatologique de l'Église, bien souvent représentée par la barque qui flotte sur la mer et qui essuie parfois la tempête. Cette barque n'est pas sans destination, sans fin, sans sens. Son sens c'est d'arri­ver sur le rivage du Seigneur, auprès de Dieu, d'accé­der à ce Royaume où nous serons nourris par le Sei­gneur. Mais cette barque n'est pas seule au milieu de la mer. Il faut que le Seigneur soit son guide. Il faut que, de loin, nous reconnaissions dans les œuvres de l'Église le Seigneur qui agit, qui guide par sa voix, par sa parole, par son souffle, par son Esprit, qui amène à œuvrer dans ce monde, à prendre tous les poissons, c'est-à-dire tous les hommes, pour les amener avec elle sur ce rivage auprès du Seigneur. C'est aussi ce que connaît l'Église lorsqu'en se nourrissant de l'eu­charistie, elle y reconnaît ce pain venu du ciel, le pain vivant qui peut nous faire dire "C'est le Seigneur !" à travers la matérialité et la réalité du pain. C'est une présence tout à fait réelle même si nous ne la saisis­sons pas au premier abord. Pas plus que les disciples n'ont saisi au premier abord qu'il s'agissait du Sei­gneur Ressuscité sur le rivage. Cela doit nous amener à faire confiance à Dieu qui guide son Église, qui la nourrit et qui la conduit jusqu'auprès de Lui.

Sachons reconnaître le Seigneur et ne pas lui poser cette question : "Qui es-Tu ?" Lui qui est venu nous révéler qu'Il nous apporte le repos de l'âme et du cœur, et nous conduit sur le rivage où le Jour nouveau est maintenant inauguré et nous fait vivre de cette petite lumière du soleil qui se lève dans nos cœurs et ne cesse de briller depuis le jour de la Résurrection.

 

 

AMEN

 

 
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