AU FIL DES HOMELIES

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PAS DE RÉSURRECTION SANS MISSION

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

(8 avril 1994)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

ces mots : "C'est le Seigneur !" Simon-Pierre se jeta à l'eau" Je voudrais poser une petite réflexion sur la résurrection. Il me semble que les deux récits de ce jour, celui de l'eunuque converti par le diacre Philippe et l'apparition de Jésus sur les bords du lac de Tibériade, ont en commun la même atmosphère. C'est que l'annonce du mystère de la Résurrection, du mystère pascal, est essentiellement liée à la mission. Il n'y a pas de Pâque, à la limite il n'y a pas de résurrection de Jésus, sans mission. Cela ne veut pas dire que la Résurrection n'existe que par la mission des disciples, je ne veux pas commettre un sophisme aussi grossier. Mais de fait, s'il n'y a pas de mission, il manque quelque chose au mystère de la Résurrection du Christ. Le Christ est ressuscité pour envoyer ses disciples, pour envoyer ses amis, pour envoyer son Église dans le monde. Et si l'Église ne part pas, ne se jette pas à l'eau comme Pierre, elle gâche, elle abîme quelque chose de la grâce de la Résurrection qui lui est faite. Cela fait partie du mystère de la Résurrection, ça fait partie de notre existence de ressuscités que cette bonne nouvelle, cette certitude, cette Joie de la Résurrection ne peut pas rester dans un cercle. Et tous les récits d'apparitions, ces cinquante jours entre Pâques et la Pentecôte, c'est cet effort permanent de Jésus pour faire sortir les disciples de leur peur, de leurs doutes, de leurs murailles et de leur Cénacle.

Alors je pose simplement cette question : comment se fait-il qu'aujourd'hui la Résurrection, la manière dont nous fêtons la Résurrection, soit aussi peu liée à la mission ? Comment se fait-il que notre manière de célébrer la Pâque ressemble davantage à une certaine manière de garder, de conserver un trésor entre nous, plutôt que de partir sur la route de Gaza ou de se jeter à l'eau comme Pierre pour aller à la ren­contre du Ressuscité, quand Il l'a constitué signe par la pêche miraculeuse du fait que, désormais, il devait devenir un véritable pêcheur d'hommes ? C'est une question qu'il faut nous poser à la fin de cette semaine pascale. Comment vivons-nous le mystère de la Pâque du Christ qui nous est offert dans sa dimension mis­sionnaire ? Ou plus exactement, est-ce que, par man­que d'un souci missionnaire d'annonce de cette Pâque, nous ne sommes pas en train de la cultiver, de la conserver dans un congélateur ou de la laisser un peu moisir comme le pain avec du vieux levain dans notre propre Église ? Comment se fait-il qu'aujourd'hui, nous chrétiens, nous soyons si peu et parfois si mal les témoins de la vie que Dieu nous a donnée ?

Je crois qu'il est très important de se le de­mander parce que si l'Église petit à petit, blessée par­fois par l'histoire, par des conflits, par des difficultés, a eu trop tendance à se replier sur des positions défi­nies à l'avance, en réalité, cela a eu pour conséquence que, de temps en temps, nous avons ce réflexe de refuser de nous jeter à l'eau comme Pierre. Il faudrait que nous retrouvions ce premier geste, ce premier réflexe qui fait que, lorsque nous sommes frappés par la présence du Ressuscité, on ne reste pas dans la barque, on part à la rencontre du Ressuscité et partant à la rencontre du Ressuscité, on part à la rencontre des frères qui ne connaissent pas encore cette bonne nou­velle, qui ne comprennent pas ce qu'ils lisent ni ce qu'ils voient. Il faudrait quand même que nous soyons un petit peu plus des témoins de la vie.

Je n'incrimine pas l'Église en tant qu'Église. Je crois que l'Église est véritablement le sacrement de la présence de Dieu. Mais nous-mêmes, comme membres de l'Église, comme "son personnel" selon l'expression de Maritain, est-ce que nous vivons ce mystère de la mission et de l'envoi à partir de la Ré­surrection et de la Pâque du Seigneur ? Il y a, je crois, un réel motif, pas seulement d'examen pour cultiver un peu plus cette mauvaise conscience qui nous em­poisonne déjà sur tant de sujets, mais un motif d'exa­men pour retrouver, à travers tout ce que nous som­mes, à travers notre manière d'être, cette liberté des fils de Dieu qui participent à l'annonce de la joie et de la vie du Ressuscité.

 

 

AMEN

 

 
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