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ANNONCER LA PAROLE

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de la première semaine de Pâques – C

(9 avril 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Fontaine dite de l'Éthiopien

 

A

utant commencer par une évidence. Philippe dans les Actes des apôtres dit à l'eunuque Ethiopien : "Comprends-tu donc ce que tu lis ? Et l'Éthiopien répond : comment le pourrai-je si personne ne me guide ?"

J'enfonce une porte ouverte, pour nous, il est évident qu'un événement existe par lui-même. Mais nous oublions trop souvent qu'il ne suffit pas qu'un événement existe par lui-même pour qu'il soit porté à la connaissance des hommes. J'enfonce une deuxième porte : il y a des tas de choses qui se passent dans la monde qui sont de l'ordre d'événements bien réels, et nous n'en savons rien. J'enfonce une troisième porte ouverte mais là souvent elle se referme sur le nez et cela fait très mal : nous pensons, beaucoup de nos contemporains et nous-même, pensons qu'il suffit d'ouvrir la Bible pour y découvrir la Parole de Dieu. Et combien d'entre nous ou de personnes autour de nous, ont pris la Bible ont commencé à lire et ont fait comme l'eunuque, n'ont rien compris. Autrement dit, la Parole de Dieu ne se suffit pas à elle-même, il faut un "média".

Et tout l'humour de Dieu consiste à faire répondre avec un temps de latence plus ou moins important, différentes parties de l'histoire sainte. Nous avons un apôtre qui vient prêter assistance à un eunuque Éthiopien. Nous avons lu pendant ce temps du carême tous les soirs à Vêpres, le livre de Jérémie dans lequel un Kushite, un Éthiopien, est venu porter assistance à Jérémie. Le prophète porteur de la Parole de Dieu, choisi par Dieu se retrouve dans une situation désespérée, il est saisi, il est mis au fond d'une citerne, la vase commence à le tirer vers le bas. Ebed-Mélek, autrement dit le serviteur du roi, c'est ce que son nom veut dire, va voir le roi et lui dit : ce n'est pas possible, on ne peut pas laisser Jérémie dans la citerne, il va mourir de faim et il risque de couler. Ebed-Mélek fait une corde avec des bouts de tissus, il la fait passer sous les bras de Jérémie qui se retrouve presque en croix, et il l'extrait du trou dans lequel il était mis, et Jérémie est ainsi sauvé. La Parole de Dieu apparaît à Jérémie et elle lui dit : "Tu diras à Ebed-Mélek que pour ce qu'il a fait, il en recevra le prix, il sera sauvé". C'est ce que dit le livre de Jérémie au chapitre trente-neuvième : "Ainsi parle le Seigneur Sabaoth, je vais accomplir contre cette ville Jérusalem, mes paroles chargées de malheur et non de bonheur, mais je délivrerai Ebed-Mélek des mains des ennemis. Oui, assurément, je le ferai échapper".

Ce qui importe dans ces deux textes qui pour moi se répondent parfaitement, c'est la traversée de la Parole de Dieu. Nous ne croyons pas en un Dieu qui ferait l'économie de médias. La Parole de Dieu même dans l'Ancien Testament, les livres des prophètes, a besoin d'un média qui sont les prophètes. Aujourd'hui, avec la mort et la résurrection de Jésus-Christ le média existe toujours même s'il a revêtu une forme un peu différente, puisqu'on passe du prophète au disciple de Jésus, à l'apôtre. Mais l'apôtre est lui aussi chargé de faire parvenir cette Parole, et non seulement de la faire parvenir mais de l'expliquer.

C'est véritablement cela que nous avons vécu lors de la semaine sainte. Nous avons vécu des événements : le Christ est mort, il est ressuscité. Chacun d'entre nous avons vécu des événements au cœur de cette liturgie. D'autres personnes que nous allons peut-être rencontrer ont vécu eux-mêmes cette semaine sainte, ou ont vécu autre chose et se retrouvent face à la Parole de Dieu sans la comprendre. C'est un peu comme s'ils étaient pris dans la vase, le bourbier de la Parole de Dieu, et notre charge maintenant, notre ministère consiste à aller auprès de nos frères pour leur faire découvrir le sens de la Parole qu'ils sont en train de lire. Cette Parole n'est pas lettre morte, mais elle prend vie dans la vie de nos frères et de nos sœurs.

Frères et sœurs, n'oublions pas, la Pâque, c'est la Pâque de Notre Seigneur, c'est-à-dire le Fils de Dieu incarné mort et ressuscité, mais nous sommes aussi invités à découvrir la Pâque de la Parole de Dieu qui a besoin d'une barque pour passer d'un rivage à l'autre. Cette barque c'est l'Esprit Saint dont il est question dans les Actes des apôtres, mais nous avons aussi notre rôle à jouer. Que cette octave de Pâques soit pour nous l'occasion de redécouvrir le ministère que le Seigneur nous a donné à notre baptême, ce ministère d'apôtre, ce ministère d'annonce de la Parole pour faire surgir au cœur de la vie de nos frères une Parole vivante.

 

 

AMEN