AU FIL DES HOMELIES

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PLONGER POUR RENCONTRER LE CHRIST RESSUSCITÉ

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de Pâques – C

(20 avril 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

'espérance semble avoir échoué. On peut trouver que la fin du temps du carême est difficile parce que nous n'avons pas fait de progrès, et les lendemains de fête notamment des fêtes de Pâques peuvent être un peu tristes, comme si rien de nouveau ne s'était passé dans nos vies, et que nous continuions à vivre comme avant. L'espérance semble avoir échoué. Les apôtres étaient à Jérusalem, la ville universitaire et intellectuelle, eux les paysans galiléens venus du nord, de la province, pensant changer les choses avec ce rabbi qu'ils avaient ren­contré. Jésus meurt, leur apparaît ressuscité, Il leur dit de retourner en Galilée pour leur mission. Ils retour­nent à la maison se demandant bien ce que peut être cette mission ?

L'espérance semble avoir échoué, retour à la case départ comme au monopoly, mais sans argent. La pêche ne rapporte rien, on ne pêche même plus de poissons, les filets sont vides. Le sentiment que ces années passées avec Jésus, on ne va en garder que de beaux souvenirs, de ces bons moments passés avec un maître, seul le groupe soudé reste vivant. Car si le Christ est mort et ressuscité, s'Il apparaît aux disci­ples, et s'ils retournent en Galilée, ils ne se dispersent pas, ils continuent en petit groupe à vivre ensemble, à essayer de pêcher, pour reprendre leur rythme ancien après cette parenthèse.

Il n'y a pas que l'espérance qui semble avoir échoué sur ce rivage. Il y a aussi la descendance. Un peu comme Jonas qui échoue sur le rivage, vomi par le monstre qui avait les entrailles trop fragiles pour digérer un prophète difficile à vivre, désobéissant, là aussi tout est rendu au point de départ. Quant-à la descendance promise à Abraham, aussi nombreuse que les grains de sable des rivages, elle aussi semble avoir échoué. Tout semble comme avant, et pourtant, quelque chose a changé, qui est au cœur de la mission proposée par Jésus à ses apôtres. Cette mission ne consiste pas à organiser, à préparer, à inventer des choses extraordinaires, ni de faire une quête pour ré­colter de l'argent, afin de pouvoir inonder tout de suite le monde entier de la Bonne Nouvelle. La mission va passer par quelque chose de plus humble, de plus petit, mais qui est fondamental. C'est le rapport entre Dieu et l'homme. Pierre ne semble pas beaucoup ai­mer l'eau. Certes, il est pêcheur, mais il est toujours effrayé par le remous des vagues, et même avec Jésus, ses craintes subsistent. Il demande à marcher sur les eaux avec Jésus, mais surtout pas à y entrer !

Les hommes sont un peu comme Adam qui a eu peur d'entendre la voix de Dieu, d'entendre le pas de Dieu, Adam, qui avait peur au début et il s'était caché. Cette fois, tout semble renversé enfin. Jésus est au bord du rivage, il n'est plus question de fuir, mais il est question de passer par l'eau, pour Pierre qui a trahi il est question de plonger, de faire ce geste si difficile de quitter son environnement, la barque solide sous ses pieds afin de fendre les eaux pour rejoindre Celui qu'il a reconnu grâce à Jean. La mission va d'abord consister à découvrir la présence de Dieu dans les événements de la vie de tous les jours. C'est vrai, tout semblait fini, ils retournaient à la pêche, ils ne trou­vaient pas plus de poissons, et Pierre va renouer une relation avec Jésus. Ailleurs, dans l'évangile de Luc, on verra Pierre complètement bouleversé à la suite d'un miracle qui a rempli ses filets, et il s'écrie, : "Eloigne-toi de moi, car je suis un pécheur", comme s'il y avait un mur entre la divinité et le pécheur que nous sommes. Cette fois, la nouvelle création par la résurrection brise cette muraille et Pierre réagit d'une manière complètement différente : le Christ l'attend sur le rivage, et Pierre plonge, ce geste tout neuf.

Frères et sœurs, dans ces lendemains de fête, dans cette octave, un jour qui dure huit jours, dans ces moments où nous allons quitter la fête, les offices, l'Eucharistie, en nous disant que tout continue à être comme auparavant, en fait, le Christ ressuscité s'offre à nous, Il est présent, Il est là, Il est sur le rivage de notre vie familiale ou professionnelle et Il attend. Il attend non plus pour se laisser nourrir comme il l'a fait pendant ses trois années de vie publique, où Il se laissait inviter par les autres, non, cette fois c'est Lui qui nous invite au festin : c'est lui qui apporte le feu, les poissons et le pain. Il nous donne de vivre de sa vie éternelle, Il nous donne cette force à travers le pain et le vin transformés dans son Corps ressuscité.

 

 

AMEN

 

 
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