AU FIL DES HOMELIES

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LA PÂQUE DE LA PAROLE

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de la première semaine de Pâques – A

(5 avril 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

a Pâque du Seigneur, le passage de la mort à la vie de Notre Seigneur ne peut pas ne pas s'accompagner d'une autre Pâque, je veux parler de la Pâque de l'Écriture. Le passage de l'Écri­ture. Depuis le début de la semaine, nous ne cessons de lire des textes, des histoires qui nous racontent comment l'Écriture elle-même a traversé, est passée de la mort à la vie. Nous avons encore lu dans cet évangile, à l'instant même, ce passage d'une rive à une autre, nous avons lu juste auparavant cette traversée de cet eunuque, traversée non seulement sur la route, sur son char, mais aussi traversée de ce texte qu'il lisait sans le comprendre. Et je trouve que c'est l'hu­mour de Dieu de nous faire passer de cette manière, d'une rive à une autre rive. L'humour de Dieu de don­ner la vie éternelle à un eunuque, par un prophète et un apôtre, Philippe, alors que quelques siècles aupa­ravant, un eunuque, Ebed-Mélek avait sauvé la vie d'un autre prophète, Jérémie. Comme si le temps s'entrechoquait, comme effectivement, cela faisait des siècles de séparation, entre Philippe et cet eunuque d'un côté, et entre Jérémie et Ebed-Mélek de l'autre côté, mais le Seigneur n'oublie pas, Il garde toujours dans son cœur, et nous-mêmes nous avons une dis­tance plus courte entre cet évangile et ce texte, puis­que nous l'avons lu au cours des vêpres pendant le Carême. Tous ces textes, toutes ces histoires que nous lisons, et auxquelles nous ne prêtons pas toujours attention à ce qui est dit de cet homme, touché par l'épreuve d'un autre homme, traversant la cour du palais royal, allant parler au roi, prenant le risque peut-être de sa propre mort, afin de sauver de l'eau cet homme qui allait mourir. Et puis, cette histoire de Philippe envoyé par l'Esprit Saint, pour sauver à son tour un eunuque, non pas de l'eau, mais par l'eau.

C'est vrai que cet humour de Dieu vient se lo­ger au lieu même de la Parole, et au lieu même de la compassion que nous pouvons, ou hélas, nous ne pouvons pas avoir pour un autre homme. Oui, com­ment l'Écriture nous révèle-t-elle que l'épreuve de l'un, de l'autre, de mon frère, peut devenir véritable­ment mon épreuve. Cela peut sauter aux yeux dans le cas de cet eunuque, Ebed-Mélek, qui voit cet homme, Jérémie, arrêté, prisonnier dans la cour du palais royal, et à un moment donné, jeté dans cette citerne. Cela peut sembler plus difficile à découvrir et à com­prendre dans la lecture d'un texte, cela peut nous sembler une opération purement intellectuelle. Et pourtant, je crois qu'il y a un enjeu dans la lecture de ce texte qui nous est proposé : saurons-nous faire passer cette parole de la mort à la vie, saurons-nous la faire passer d'un rivage à un autre ? Ou bien reste­rons-nous là, tranquillement, avec cette parole ? Cela est donné à chacun, cela est donné à tout le monde. Cet eunuque n'est pas juif, et pourtant touché par cette parole, par la compassion, par l'épreuve de cet homme qu'il ne connaît pas ? Cela va pourtant faire réveiller quelque chose en lui, peut-être par rapport à sa propre histoire, ou par rapport à d'autres visages. Mais il lui manque un élément, il lui manque quelqu'un pour l'aider à faire le passage : c'est l'Esprit Saint, l'Esprit que Dieu nous donne, mais c'est aussi le frère, celui qui nous aide à faire cette opération difficile qui est de passer de la mort à la vie.

Frères et sœurs, cet eunuque pensait peut-être avoir la vie éternelle en venant en pèlerinage à Jéru­salem, lui qui était prosélyte, et non pas juif. Mais cette vie éternelle, il ne l'a pas rencontrée dans Jéru­salem, il l'a rencontrée en rentrant chez lui, sur le chemin du retour, dans un lieu où il n'aurait jamais pensé rencontrer Dieu, sur la route, sur son char. Oui, après que le peuple des hébreux soit passé par la mer rouge, d'Egypte vers la terre promise, maintenant, c'est la Parole même de Dieu, revivifiée, sanctifiée, ressuscitée qui va passer la mer rouge, quittant Jéru­salem pour toutes les nations et pour le monde entier. Alors, les roues du char ne vont plus s'embourber dans cette eau qui était mortelle, mais cette eau qui était mortelle va elle aussi devenir vivifiante, c'est l'eau du baptême, c'est cette eau qui nous est donnée à notre naissance, pour notre salut éternel, afin que comme le disait Isaïe, aussi pour les eunuques, afin que notre nom à tous et à chacun soit un nom éternel.

 

AMEN

 

 

 
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