AU FIL DES HOMELIES

Photos

IL Y EUT UN MATIN …

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de la première semaine de Pâques – A

(1er avril 2005)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, au cours de cette eucharistie, nous prierons bien entendu ensemble avec notre père, le pape Jean-Paul II qui est aux portes de la mort, et nous le présenterons devant le Seigneur pour qu'Il le reçoive dans sa paix.

Cette apparition de Jésus ressuscité aux disciples, sur les bords de la mer de Tibériade, est une texte d'une grande richesse. Hier soir, nous lisions le commentaire de saint Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, et je voudrais vous en dire quelques mots, car il est fort intéressant. En effet, Vous avez peut-être entendu Pierre, Jean, Thomas, Natanaël, ont repris leur métier d'antan, ils sont revenus à la pêche, et ils sont sur le lac de Tibériade pour essayer de prendre du poisson. Le texte continue, nous l'avons lu ainsi : "Le matin déjà venu, Jésus se tint sur le rivage". Littéralement, dans le texte grec de l'évangile, ce que nous traduisons par "le matin déjà venu", s'écrit : "Il y eut un matin, et Jésus se tint sur le rivage". C'est cette phrase que saint Pierre Chrysologue commente de la manière suivante : "Il y eut un matin". Pour saint Pierre Chrysologue, ce matin est comme un renouveau de l'univers. En effet, au moment de la Passion, l'évangile nous dit que la terre a tremblé, que les tombeaux se sont ouverts, que le soleil s'est obscurci, et saint Pierre Chrysologue dit ainsi : "Il y eut un matin, Jésus se tint sur le bord du rivage, car l'univers avait été tellement ébranlé en ses bases et son ordre bouleversé qu'il croyait être ramené par la mort du Seigneur aux ténèbres originelles et à l'antique chaos", se référant aux premiers versets du livre de la Genèse où on nous dit : "au commencement, la terre était vide, et sur le chaos, sur les abîmes, planait l'Esprit de Dieu". "Alors, le Seigneur, par la lumière de sa résurrection, nous dit saint Pierre Chrysologue, ramena le jour et reforma le monde entier afin de ressusciter avec lui dans la gloire, ce qu'Il avait pleinement vu ébranlé par la Passion. Il y eut un matin, c'est que la nuit de la passion étant achevée, Jésus se tint sur le rivage, sur le bord de notre monde pour ramener toutes choses à leur origine, affermir ce qui était branlant, arrêter l'agitation, apaiser le trouble, stabiliser par sa station debout, les fondements ébranlés de l'univers".

"Il y eut un matin", pour saint Pierre Chrysologue, c'est dire que la résurrection du Christ est comme une nouvelle création, c'est comme si le monde ébranlé, abîmé, en quelque sorte détruit par le péché, et ce péché avait atteint son comble au moment de la croix de Jésus, quand tous les péchés du monde et de l'histoire se sont rassemblés sur ce corps torturé, sur cet homme qui est Dieu et qui meut de nos péchés, ce monde détruit par nos péchés est en quelque sorte vivifié, renouvelé, remis à neuf par la résurrection du Christ. La résurrection du Christ est le nouveau matin du monde, le matin définitif par lequel toutes choses sont neuves, toutes choses sont renouvelées, et nous dit saint Pierre Chrysologue : le monde lui-même, l'univers va être glorifié, ressuscité avec le Christ. Ce sont les cieux nouveaux et la terre nouvelle dont nous parle l'Apocalypse.

Tout l'univers trouve dans la résurrection du Christ comme son renouvellement, comme sa nouveauté définitive. De même les disciples qui d'abord, ne reconnaissent pas Jésus, parce que comme l'univers, ils ont été ébranlés par sa mort, leur foi a fléchi, ils se sont enfuis, Pierre l'a renié, les disciples qui sont ainsi sans forces, et qui sont eux aussi, comme retournés en arrière, puisqu'ils ont repris leur métier d'antan, les disciples qui sont retournés sur ce lac pour essayer de prendre du poisson, désespérant de cette vie nouvelle qu'ils avaient cru découvrir avec Jésus, et qui s'est terminée par sa mort et par son échec sur la croix, les disciples eux aussi, sont rappelés par le Christ à un renouvellement. Jésus va se faire reconnaître d'eux et pour cela, il a un geste d'une extrême délicatesse : puisqu'ils sont comme au début de leur vie sur le lac, pour essayer de prendre du poisson, Il va revivre avec eux leur première rencontre. Quand Jésus avait rencontré Pierre et André, qui pêchaient sur le lac, Jacques et Jean qui pêchaient eux aussi avec leur père sur une barque voisine, ils n'avaient rien pris cette nuit-là. Et Jésus leur dit : "Jetez le filet à droite". Ils jetèrent le filet, et il était tellement rempli de poissons, le miracle de la pêche miraculeuse était si grand, et nous dit l'évangile de saint Luc qui nous rapporte cette première rencontre de Jésus avec ses futurs apôtres, le filet était tellement plein de poissons, qu'il se déchirait de toutes parts. Pierre se jette aux pieds de Jésus et lui dit : "Ecarte-toi de moi, je ne suis qu'un pêcheur". Mais Jésus lui dit : "relève-toi, tu seras désormais un pêcheur d'hommes". C'était la première rencontre de Jésus avec les disciples, et pour se faire reconnaître d'eux, Il va renouveler ce geste. Comme à la première fois, Il leur demande : "Avez-vous du poisson ? – Non, nous n'avons rien pris.- Jetez les filets". De nouveau, les filets sont remplis de poissons, et à ce moment-là le disciple que Jésus aimait, Jean le reconnaît : "C'est le Seigneur". Et Pierre se jette à l'eau pour rejoindre le Christ.

Cette nouvelle pêche miraculeuse est non seulement le souvenir de la première, mais elle manifeste un renouvellement car, saint Jean nous le fait remarquer, bien qu'il y ait tant de poissons, le filet ne se déchire pas, plus rien ne peut être perdu. C'est la création nouvelle, c'est le monde nouveau, et désormais l'Église va avoir pour mission de rassembler toute l'humanité dans ce royaume de Jésus symbolisé par ce filet. Jésus va donner aux disciples ainsi renouvelés et vivifiés dans leur foi, ces disciples qui commencent à partir de cette nouvelle rencontre avec Jésus, une vie nouvelle, une histoire nouvelle, c'est celle de l'Église. C'est la création nouvelle et les disciples vont recevoir de Jésus la nourriture de cette création nouvelle. Il les invite au repas qu'Il a préparé pour eux. Lui-même a fait un feu de braises sur la plage, lui-même a déjà mis dessus du poisson, lui-même les invite à table, lui-même passe en les servant. Il leur donne la nourriture qu'Il a préparé pour eux. C'est un symbole, une image de cette eucharistie qui va nous accompagner tout au long de notre vie, qui va accompagner l'Église tout au long de son histoire, cette nourriture, l'eucharistie qui est la nourriture de la création nouvelle, et que nous partagerons dans le banquet des noces éternelles où tout cet univers renouvelé s'achèvera dans la louange du Seigneur.

Frères et sœurs, qu'en ce temps de Pâques, nous nous laissions renouveler nous aussi dans notre cœur, dans notre vie, dans notre espérance, dans notre foi, que nous ne soyons plus comme les disciples plus ou moins abattus par telle ou telle épreuve, tel ou tel événement triste, qui a surgi au cours de notre vie, que nous sachions retrouver ce jaillissement de la création nouvelle, ce jaillissement de la résurrection qui nous attire à elle car le Christ veut nous ressusciter nous aussi avec Lui.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public