AU FIL DES HOMELIES

REVETUS DU CORPS DE GLOIRE DU CHRIST RESSUSCITE

Gn 1, 1-2, 2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37, 1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-8
Vigile Pascale (16 avril 2017)
Homélie du Frère Daniel Bourgeois

Frères et sœurs,
En abordant hier soir le récit de la Passion selon saint Jean, nous avons médité sur le mystère du corps du Christ livré à la violence et à la cruauté des hommes, à la violence du pêché, à cette malice terrible que nous avons de savoir faire souffrir et de savoir haïr. Je vous disais que le plus impressionnant dans le récit de la Passion était qu’au fur et à mesure du déroulement de récit, Jésus semblait s’enfoncer dans cette haine et cette violence qu’Il ressentait jusqu’au plus intime de Lui-même et toujours à travers son corps. Au fond, quand Jésus s’avance et entre dans la mort, son corps est sans cesse en train d’enregistrer de nouveaux coups, de nouvelles violences, de nouvelles agressions, jusqu’à cette agression définitive qui, à travers la violence et le sadisme du supplice de la croix, a fait qu’Il en est mort. Et quand Il meurt, Il entre dans le tombeau et dans le cœur de son Père en étant pour ainsi dire investi charnellement de toute la violence humaine. C’est sans doute quelque chose de terrible à penser, nous qui aujourd'hui faisons tout pour essayer d’éviter la mort avec la souffrance qui lui est souvent liée, qui faisons tout pour essayer d’apaiser et d’adoucir la mort, à travers tout notre savoir-faire et la délicatesse des relations que nous voulons avoir dans les derniers moments avec ceux que nous aimons.
Alors quand Il est sorti du tombeau, Il en est sorti vivant, avec un corps de gloire, un corps marqué par la souffrance qu’Il avait endurée sur le chemin de sa croix et jusque dans le supplice, la douleur et l’horreur de la mort ; mais tout cela n’avait pas disparu, selon le mot de saint Augustin : « J’ai gardé pour toi mes cicatrices ».
Au moment où Il surgit du tombeau, face à cette humanité, la même, celle de Jérusalem, comment va-t-Il réagir ? Ce corps, qui a tellement souffert, peut-il oublier tout simplement notre condition de corps ? La plupart du temps nous croyons que la résurrection est le fait d’oublier que nous avons un corps. Non, la résurrection c’est avoir un corps, mais un corps de gloire – nous ne savons pas exactement comment est fait un corps de gloire, mais Il en a un – ce corps qui garde encore toutes fraîches les cicatrices et les blessures de ce qu’Il vient de subir, comment ce corps là va-t-il se situer par rapport à nous, lui qui a tant subi, tant souffert, tant enduré, comment va-t-il se situer maintenant par rapport à nous ? Au fond quand Jésus s’éveille du tombeau, que son corps de gloire commence cette vie nouvelle, une vie pour nous les hommes et pour notre salut, quand Il commence cette vie nouvelle dans un corps ressuscité, que veut-Il pour ce corps, de ce corps, qu’attend-Il de ce corps qu’Il a reçu dans la plénitude de la vie de l’Esprit ?
Évidemment, il n’y a aucun désir de vengeance, aucun ressentiment, aucune déception ; « voici que je fais l’univers nouveau », son corps ressuscité est la nouveauté. Mais alors que ce corps, qui avait vécu jour après jour tantôt des moments heureux tantôt des moments malheureux, au moment même où Il se retrouve d’une façon autre et mystérieuse au milieu de l’humanité, comment ce corps va-t-il réagir vis-à-vis de nos corps ? Que va-t-Il faire ? Essayez de faire un effort d’imagination quelques minutes : quand Il sort de ce tombeau et qu’Il retrouve cette humanité dont Il a tant souffert, que peut-Il penser pour nous ? Que de toute façon il n’y a rien à faire ? Que nous somme livrés à une violence incurable ? Qu’Il va laisser se déchaîner le cours des événements et qu’Il ne fera rien ? Ou bien qu’Il donnera un coup de baguette magique comme Merlin l’Enchanteur en disant qu’Il va les ressusciter tous, l’histoire étant terminée, avant d’aller tous, quelques heures ou quelques jours plus tard, au paradis ? Que veut-Il pour nous ? Qu’est-ce que ce corps veut pour nous, ce corps ressuscité, cette chair ressuscitée ?
Frères et sœurs, au risque de paraître prétentieux, je vais me mettre une seconde à la place de Dieu, à la place du Christ ressuscité, cela va vous inspirer… En fait, Il connait mieux que jamais cette humanité parce qu’Il ne la voit plus seulement dans la condition d’espace et de temps où Il vivait, car désormais Dieu L’a fait Seigneur et Christ, Dieu Lui a mis sur les bras toute cette humanité qui s’était moquée de Lui, L’avait raillé, L’avait arrêté, flagellé, torturé, jugé, mis en croix.
Alors que va-t-Il faire de cette humanité, de nos corps, à travers son propre corps ? Il va recommencer parce qu’au premier jour de la création – c’est pour cela qu’on lisait tout à l’heure le récit de la création – Il a façonné deux corps, Adam et Ève, « homme et femme, Il les créa ». Il les avait donc revêtus de son amour et de sa tendresse, et au fond, comme le disent un certain nombre de Pères de l’Église, l’amour humain était la seule bénédiction qui n’avait pas disparu de la création. Et Il savait que là, c’était une valeur sûre. Quand un homme et une femme fondent cet amour l’un pour l’autre, s’ils ont vraiment de l’amour, alors c’est la présence de la création, du projet créateur dans leur cœur, dans leur vie quotidienne. Jésus s’était dit au moment où Il sortait du tombeau : « Que puis-Je faire ? Je vais simplement redonner à mon projet toute sa profondeur sa vitalité et tout son dynamisme. Au fond leur corps, même s’il a été pour Moi source de coups et de violences, Je vais le revêtir de mon amour ». Voilà ce qu’Il a pensé en sortant du tombeau. Il a pensé à chacun d’entre nous, Il a pensé à tous les coups et blessures que nous portons dans notre corps, dans notre cœur, notre vie affective, tous nos désirs blessés, déçus, et Il s’est dit qu’il fallait désormais qu’Il revête tout cela de sa tendresse et de son amour.
C’est de là que tout est parti. A partir du moment où le Christ a voulu que cet esprit de vie, qui ressuscitait son corps, vienne dans nos cœurs et nos corps dès maintenant, car la résurrection est vraiment le commencement du monde nouveau, Il a voulu que notre corps puisse être vraiment revêtu de son amour. Certes ce sera toujours un corps et un cœur endurcis, nous serons toujours des pécheurs, dans des moments de révolte, de haine, mais le seul projet que Dieu maintenant a pour nous est de revêtir notre corps de son amour et de son salut. C’est comme cela qu’ont commencé toutes les communautés qui petit à petit ont germé sur le pourtour du bassin méditerranéen, puis au fil de l’histoire ont grandi et fleuri un peu partout grâce à des témoins, des serviteurs de l’évangile, qui ont dit à chaque homme : « Il est possible que vous revêtiez dans votre corps et dans votre chair la puissance et la beauté de l’amour du Christ pour vous ».
Frères et sœurs, ce soir nous fêtons vraiment le début de l’Église. C’est vraiment le monde nouveau. Cette assemblée que nous sommes ce soir, c’est le Christ qui vient à notre rencontre et qui nous dit simplement : « Je veux te redonner sans cesse la robe du baptême. Je veux te revêtir de la beauté et de la douceur de mon salut. Certes, J’ai reçu de toi des coups, le mépris, la raillerie, J’ai reçu le coup de lance, J’ai tout reçu en peine figure. Cela n’empêche, Je ne céderai pas, la seule chose que Je peux te proposer, c’est mon amour et ma tendresse pour t’en revêtir ».
Frères et sœurs, c’est cela que nous fêtons ce soir, et c’est cela l’Église. Ce n’est pas une espèce de système bien organisé, avec le droit, avec des considérations sur qui est l’autorité, qui fait ceci, qui fait cela… Certes, il faut bien mettre un peu d’ordre, mais c’est absolument secondaire par rapport à ce moment où le Christ, sortant du tombeau, imagine son peuple revêtu de sa tendresse, de son amour et de sa beauté. C’est cela la gloire. Là où les hommes ont toujours imaginé que la gloire était cette espèce de resplendissement à partir de soi-même pour montrer tout ce qu’on est capable de faire, la plupart du temps, il suffit de regarder autour de nous, ce n’est pas toujours un enchantement. Mais la gloire pour nous les hommes, ce n’est pas de manifester qui nous sommes, c’est de nous laisser revêtir, et nous sommes revêtus par l’Esprit Saint de l’amour du Christ.
Frères et sœurs, ce soir au moment où nous offrons cette eucharistie, que nous sachions que ce n’est pas nous qui constituons l’assemblée, qui proclamons ce que nous sommes ; nous sommes là simplement comme des supports, comme ceux qui ont besoin que leur corps soit revêtu de la gloire, de la tendresse, et de l’amour de Dieu. C’est cela la foi, c’est cela l’Eglise, et cela que tous ensemble partout dans le monde ce soir nous sommes pour célébrer la joie d’avoir été revêtus de l’amour de Dieu, de la tendresse de Dieu. Alléluia.

 
Copyright © 2017 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public