AU FIL DES HOMELIES

LA NUIT OU DIEU NOUS DONNE SA VIE

Gn 1, 1 – 2, 2 ; Ex 14, 15 – 15, l ; Ez 37, 1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-8
Vigile Pascale – Année B (31 mars 2018)
Homélie prononcée par Monseigneur Jean-Louis BRUGUES

Il y a la nuit, et il y a aussi La Nuit.

Pour nous frères et sœurs, cette nuit de Pâques rencontre d’abord notre propre nuit, je veux dire cette part de ténèbres qui hante nos cœurs, nos personnes, qui hante le cœur du monde.

C’est ce qu’ont voulu nous rappeler les textes bibliques qui ont été entendus. Ce chaos primitif de la Génèse, cette terre d’Egypte où les Hébreux subissaient l’esclavage, l’oppression, l’exploitation de l’homme par l’homme, ces ossements desséchés de la vallée de Josaphat qui tout d’un coup se mettent à revivre. Tout cela, c’est nous. C’est tellement nous que nous pourrions donner des noms précis à ce chaos, à ces esclavages, à ces squelettes, à ces ténèbres.

Des ténèbres d’une intelligence qui ne sait plus si la vérité existe et en tout cas qui la juge inaccessible comme si toutes les opinions se valaient les unes les autres, ouvrant ainsi le passage à ce que Benoit XVI appelait la dictature du relativisme.

Ténèbres aussi de cœurs qui pensent que la fidélité est un beau rêve mais inaccessible, et d’ailleurs au cours de ce carême nous avons rencontré la femme adultère, et plus tôt encore cette Samaritaine qui s’était mariée cinq fois et probablement ce n’était pas fini…

Ténèbres encore de l’argent, l’argent qui engraisse les uns et affame les autres. En tout cas, il a servi tout le monde. Ossements desséchés de nos espoirs déçus, de nos amours meurtries, de nos certitudes ébranlées, peut-être même lézardées, sinon en miettes.

Ne voyez pas là une certaine prédication à tonalité moralisante, ce soir il n’est pas question de faire la morale, et je le dis d’autant plus volontiers que j’ai enseigné la morale pendant vingt-cinq ans. Mais, nous ne pouvons en toute vérité, en toute honnêteté faire fi de ces détresses immenses, de ces ténèbres dans lesquelles nous sommes plongés, de cette grande nuit de l’homme. Et si baignés dans cette célébration à la fois somptueuse et familiale, nous oublions que dehors il fait nuit, je le dis tout net, notre célébration ne serait pas chrétienne. Elle ne serait pas la célébration d’un Dieu fait homme, elle serait un rite, un rite de pharisiens accompli plus ou moins dans le vide. Tout ce qui remplit notre cœur, tout ce que nous portons dans notre esprit, ce soir, doit remplir notre liturgie pascale.

Et voici que ce chaos, le Christ le maîtrise et lui donne forme. Voici que ces esclavages sont détachés de nous-mêmes. Le Christ accomplit la trouée, le passage, la Pâque vers la libération, autant d’esclavages, autant de libérations. Voici que cette mort débouche sur une vie, que les ossements desséchés retrouvent, nous l’avons entendu, leur chair, leurs nerfs, leurs palpitations et se dressent, et se mettent en marche. Jésus est ressuscité. Ressuscité, c’est-à-dire non pas revenu à une vie antérieure, à la vie en-deçà du tombeau mais débouchant sur une vie toute nouvelle au-delà du tombeau, laissant donc derrière Lui tout ce qui dans l’homme, assombrit, enténèbre, désespère, agonise, meurt.

Jésus est vainqueur de tout ce qui en nous porte les stigmates de la mort. La nuit, la mort sont dépassées, elles sont toujours là, nous le savons bien hélas, mais elles sont dépassées, elles sont vaincues, désormais ce qui donne le ton à notre existence humaine c’est une victoire, Jésus est vivant et Il nous rend vivants.

Et voilà ce que nous sommes appelés à clamer, dans ce chant nocturne qui nous saisit tout entier ce soir, c’est là ce que chante, je crois, j’espère, au plus profond de nous-mêmes le plus vrai de nous-mêmes.

Je vous disais en commençant, la nuit c’est bien nous, et bien il me faut dire maintenant et encore plus fort ce chant. C’est bien nous, c’est encore plus nous que notre nuit car ce soir ce qui exulte est plus vrai que ce qui gémit. Ce qui vit est plus vrai que ce qui meurt.

Le Christ est vivant, et Il nous rend vivants. Il nous communique sa vie même. Nous vivons désormais de la vie même de Dieu, et nous sommes appelés à devenir Dieu nous-mêmes, non pas comme des dieux ainsi que le suggérait le serpent dans les premiers chapitres de la Bible, mais en vérité Dieu, et cette transformation, ou si vous préférez cette transfiguration, commence à un moment précis, le moment de notre baptême.

J’ai célébré tout à l’heure avec émotion le baptême de ces cinq jeunes, la confirmation de tous les autres, et je me disais, mes amis, toute l’Eglise vous regarde, elle vous fait confiance, elle est fière de vous. En vous qui commencez une vie nouvelle, elle retrouve sa propre vie que peut-être par le péché elle avait tendance à négliger, à assombrir. Vous êtes devenu un motif, non seulement de fierté, mais d’espérance. Eh bien, vous allez enrichir, fortifier cette vie tout au long de votre existence en communiant à Dieu par la prière, par le service fraternel, par la communion au corps ressuscité.

Si nous pouvions croire tous ensemble, ne serait-ce qu’un moment, que c’est Dieu qui s’est donné à nous au moment de notre baptême et qui se donne tout entier chaque fois que nous le voulons, chaque fois que nous nous approchons de cet autel pour communier à son corps et à son sang, il me semble que notre joie éclaterait non seulement dans cette église, mais dans toute la ville, et dans tous les environs. Dieu se donne à nous et le Christ nous offre sa résurrection.

Telle est, mes amis, notre certitude. Oh bien sûr, nous sommes encore dans la nuit, avec tout le monde, mais nous savons que de cette nuit-là jaillira la lumière, cette nuit est devenue, en ce moment précis, une nuit sainte. Ce soir, nous sommes avec ces femmes joyeuses qui trouvent le tombeau vide, et vous l’avez entendu, malgré la lourdeur de la pierre qui fermait ce tombeau. Et il leur est demandé, à ces femmes d’abord, non pas les disciples non pas les apôtres, les femmes d’abord, il leur est demandé d’annoncer à tout le monde : le Christ est ressuscité, Il a triomphé de nos ténèbres !

Alléluia !   

 
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