AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA JOIE TRANQUILLE DE LA RESURRECTION

Rm 6, 3-11 ; Mt 8, 1-10
Vigile pascale – année C (20 avril 2019)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Chère Mathilde, chère Victoire, cher Loïc et cher Charles,

Je ne sais pas ce que vous avez éprouvé au moment où vous avez été baptisés ; vous avez sans doute senti un peu l’eau qui vous coulait sur le front, vous avez senti que je vous essuyais vigoureusement pour éviter que ça coule sur le col de la chemise ou du corsage, mais à part ça, du point de vue de ce qu’on ressent, ce n’est pas grand-chose, reconnaissez-le. Mais j’ai vu, à votre tête, que vous étiez très heureux et très souriants. Alors ça, c’est ce que vous avez ressenti.

Mais je voudrais vous faire faire le petit exercice suivant, beaucoup plus difficile : à votre avis, comment Jésus a-t-Il réagi au moment où Il est ressuscité et sorti du tombeau ? Vous ne vous êtes jamais posé la question ; pour vous c’est automatique, « je crois en Jésus Christ, notre Seigneur, Il a été mis en croix, Il est mort, Il a été mis au tombeau, et le troisième jour, Il est ressuscité ». On récite ça presque comme des automates. Essayez de faire un tout petit effort d’imagination… Je sais que vous en avez.

Jésus est ressuscité, vous l’avez remarqué, en pleine nuit, puisque lorsque les femmes sont allées là, à l’aurore, juste au moment où un tout petit rayon de soleil commençait à poindre à l’horizon, elles n’ont vu personne. Rien. Le tombeau vide. Jésus a choisi de ressusciter dans le calme de la nuit. Nous, aujourd’hui, nous ne savons plus ce qu’est le calme de la nuit. Parce que la nuit, luit l’éclairage électrique, passent les voitures, il y a des autoroutes, des gens qui crient, la musique qui sort des bars et des bistrots ; mais à cette époque-là, Jésus est ressuscité dans le calme absolu d’une ville qui était au lendemain d’une fête, d’une grande fête, donc plutôt un jour chômé. Il ne se passait pas grand-chose ce jour-là à Jérusalem. C’était le calme plat. Et Jésus, sortant du tombeau, a vu le monde apaisé, très doux, seulement la petite brise du matin comme il y a toujours à Jérusalem, qui n’est pas violente comme le mistral et simplement là, dans ce calme, dans cette douceur, Il a redécouvert cette humanité, non plus comme elle était auparavant, cette foule qui s’était agitée pour crier, pour sa condamnation, non. Là, Il était dans une autre situation ; on ne peut pas trop comprendre, mais je pense qu’Il avait à ce moment-là un regard sur ce monde qui s’était tellement révolté contre Lui et qui semblait maintenant avoir trouvé une douceur, un calme, comme vous, lorsque vous dormez. C’est la première impression, si je puis dire, de  Jésus ressuscité.

Au fond, c’est vrai qu’Il avait dû passer par un combat terrible avec les gens qui Lui en voulaient, qui criaient : « A mort ! Crucifie-Le», et tout à coup, Il retrouvait cette même ville, ces mêmes gens, apaisés, un peu comme s’Il avait déjà retourné leur cœur, un peu comme si les rivalités, les discussions, les colères, les passions étaient apaisées, devenues silence et paix.  Jésus est ressuscité pour que nous vivions dans la paix.

Peut-être est-ce le sentiment qui est dans votre cœur maintenant. Vous avez préparé ce baptême, vous avez appris plein de choses, vous avez essayé de mieux comprendre ce que c’est qu’être croyant, qu’être chrétien. Et tout à coup ce soir, on se retrouve ensemble dans le silence et le calme de la nuit, dans une sorte de paix, de bonheur et de joie toute simple.

Eh bien, je vais encore vous dire autre chose : quand Jésus a retrouvé ce monde si calme, si paisible, Il s’est dit : « Maintenant, il faut que j’aille dans le cœur de chacun ». Jésus est ressuscité pour tous les hommes, non seulement pour ceux qui sont baptisés, mais pour tous. Il est ressuscité pour que tous nous recevions un peu de paix, un peu de joie et un peu d’espérance. Je pense que lorsque Jésus s’est levé du tombeau, Il a pensé à tout le bonheur qu’Il pourrait nous apporter. Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué : il y a des moments dans votre vie de famille où vous vous sentez bien, où vos parents sont là, et ils ont sur vous un regard plein de gentillesse, non pas simplement parce que vous avez eu une bonne note à l’école, mais parce que vous êtes là et qu’ils se disent : « Quelle joie encore plus grande et plus profonde je pourrais vous apporter ? » C’est magnifique, c’est le vrai regard des parents. C’est le vrai regard de ceux qui aiment et qui disent à ceux qu’ils rencontrent : « Tu n’imagines pas tout le bonheur que je te souhaite ».

Quand Jésus s’est levé du tombeau, c’est à ça qu’Il a pensé : « Toute cette ville qui dort et tout ce monde qui est dans la nuit, qui est revenu au calme, ils ne s’imaginent pas que je vais leur apporter de la paix, du bonheur et de la joie de vivre ». Et j’ai presque l’impression qu’à ce moment-là, Il a pensé à vous, Il s’est dit : « Dans près de deux mille ans, quatre jeunes se retrouveront dans une église en Provence et à cause de ma résurrection, Je veux aller entrer doucement, discrètement dans leur cœur ». Et c’est ce qui s’est passé ce soir. C’est pour ça que vous n’avez rien senti. C’est parce que Jésus est capable de vous faire la surprise de venir vous apporter du bonheur sans même qu’on s’en aperçoive. C’est ça, la résurrection. Ça ne veut pas dire qu’on fait des feux d’artifice partout et qu’on fait de grandes fêtes ; bien sûr on est heureux, mais la résurrection, c’est ce moment où au fond de notre cœur, comme vous ce soir, le Christ est entré et a dit : « Tu ne peux pas imaginer comme Je t’aime, et Je ne te lâcherai plus ». Voilà ce que le Seigneur a promis à tous les hommes, et que vous avez la chance maintenant d’accueillir dans votre propre cœur.

Alors, ayez d’abord des yeux pour voir, ayez un cœur pour sentir, ayez des oreilles pour entendre sa parole et deviner chaque fois que le Christ ressuscité, à cause du baptême d’aujourd’hui, a envie d’être encore plus dans votre vie et dans votre cœur. C’est ça qu’on vous souhaite, et qu’on se souhaite tous les uns aux autres ; et quand nous dirons tout à l’heure à la sortie de la messe : « le Christ est ressuscité », que voudrons-nous dire ? Tout simplement : « Regarde dans ton cœur, il y a une lumière de joie, une lumière de bonheur qui a surgi ce soir et qui ne te quittera jamais ». Cette lumière, c’est la présence de Jésus le Ressuscité. Que ce soit comme cela tous les jours dans votre vie. Amen.

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public