AU FIL DES HOMELIES

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POURQUOI LE CHERCHEZ-VOUS? IL N'EST PAS ICI

Gn 1, 1 – 2, 4 ; Ex 14, 15 – 15, 1 ; Éz 37, 1-14 ; Lc 24, 1-12
Vigile pascale – année A (11 avril 2020)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Cette homélie a été prononcée en studio pendant la période de confinement que nous connaissons, et communiquée à l’assemblée paroissiale par le site internet de la paroisse.

Oui, frères et Femmes au tombeau (Fra Angelico)sœurs, vous cherchez Jésus le crucifié, Il n’est plus ici, voici qu’Il vous précède. Il est ressuscité d’entre les morts.

Frères et sœurs, nous ne pouvons pas je crois, comprendre ces paroles, comprendre comment Dieu par sa mort et sa Résurrection, s’est absenté de la vie des hommes. C’est vraiment étonnant : nous avons toujours, quand nous abordons l’Évangile, quand nous abordons notre vie de foi, nous avons toujours l’impression que la première chose, c’est que Dieu est là. Eh bien ! Il n’est pas ici. Et même si c’est très frustrant, et même si d’une certaine manière c’est d’autant plus triste qu’actuellement nous sommes dans une situation de détresse, où nous savons ce que veut dire le fait qu’un être proche ou que quelqu’un qu’on aime risque de ne plus être ici, même s’il y a tout cela, en réalité, la religion ne change pas pour autant. On se fait à l’idée que Dieu n’est pas ici quand les choses vont à peu près bien, mais quand elles vont mal, nous voudrions qu’Il soit toujours là à notre demande : un Dieu à la demande !

Au fond, c’est légitime, dans notre corps, dans notre cœur, que nous voulions que Dieu soit là car c’est Lui la source de notre vie, de notre être créé, de tout ce que nous essayons de faire et de découvrir de beau et de grand dans la vie, aimer, découvrir, penser, réfléchir, s’émerveiller, se réjouir, tout cela, nous avons envie que ce soit là, tout cela, pour nous, ce sont des signes de la présence de Dieu et pourtant même dans ces moments-là, Il n’est pas ici, Il est ressuscité.

Alors, on peut se consoler en affirmant que l’ange dit : « Il n’est pas ici », c'est-à-dire qu’Il n’est pas dans le tombeau, et le tableau de Fra Angelico le montre très bien : l’ange ici semble barrer l’accès du tombeau aux saintes femmes qui sont venues dans ces magnifiques habits, ces magnifiques couleurs, des bleus et des rouges et des verts comme seul le bienheureux Fra Angelico savait les peindre. Mais en fait non, on ne peut pas rentrer. On ne peut rentrer ni dans le tombeau ni même, voyez frères et sœurs comme c’est étrange, au bord du tombeau : il y a l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal, elles cherchent à rentrer au Paradis. C’est tellement extraordinaire que pour elles, quand elles arrivent, elles cherchent Jésus et donc, comme elles ont eu, d’une certaine façon, le droit de l’aborder pendant leur vie, pendant sa vie, il faudrait maintenant que cela recommence, comme avant.

D’une certaine manière, c’est cela la Résurrection. C’est le moment où est brisé ce cycle du temps tel que nous le vivons ici-bas sur la terre ; nous croyons que les choses doivent être sempiternellement les mêmes, cela doit toujours durer, cela doit toujours être là, cela doit toujours répondre à notre demande… Non, Il n’est pas ici.

Frères et sœurs, cela peut paraître démoralisant de se dire cela parce qu’en fait c’est vrai, nous avons besoin que Dieu soit là, c’est tout, cela nous suffit, Il est là, Il s’occupe de nous. Précisément, ce soir au moment de la Résurrection, même si cela peut paraître paradoxal et presque insupportable, Dieu n’est pas ici et c’est pour cela que nous sommes dans la peine, bien sûr à cause déjà de toutes les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, la maladie, la pandémie, la menace, la souffrance et sans doute tout ce qui va encore se déployer après, lorsqu’au fur et à mesure nous devrons faire face à de nouvelles situations. Mais, n’essayons pas de prendre Dieu comme une sécurité, comme quelque chose sur quoi nous pouvons compter, simplement parce que c’est naturel. Non, Dieu n’est pas naturel ; Dieu, cela ne va pas de soi et donc si nous Le cherchons ce soir comme quelqu’un qui va de Soi, parce qu’on en a besoin, parce qu’Il fait partie de l’économie générale de notre vie aussi bien quotidienne que spirituelle, c’est que nous ne L’avons pas encore vraiment découvert, et que nous ne sommes peut-être même pas à l’endroit où les femmes se trouvent, à l’entrée du tombeau. Non, c’est peut-être difficile à admettre, mais Dieu n’est pas ici, non pas pour nous attrister, ni pour nous décourager, mais simplement pour nous dire que si nous sommes croyants, Dieu est ailleurs, non pas pour fuir, mais pour éveiller en nous ce désir d’un franchissement d’un abîme que nous ne pouvons pas maîtriser par nous-mêmes : en fait, c’est la condition de la Grâce.

Si Dieu était simplement là, au bord du tombeau, en train de discuter avec les saintes femmes, on se dirait : « La vie continue, comme avant ». Non, précisément dans la Résurrection, la vie ne continue pas comme avant, nous ne maîtrisons pas cette présence de Dieu, mais ce n’est pas une raison de désespérer, ni de nous décourager ou de croire que Dieu a fui le monde. Non, Il est tellement là qu’Il veut que ce soit nous maintenant qui acceptions sa présence avec ce secret, ce mystère, car il faut bien le dire, la Résurrection, quoi qu’on puisse imaginer ou penser, c’est ce moment où Dieu surgit définitivement dans le monde. C’est comme si toute sa vie terrestre avait été une énorme gestation, une énorme mise au monde, et maintenant Il est mis au monde pour le monde entier ; non plus simplement là où Il était, dans la chair, quand Il était sur les chemins de Galilée, quand Il vivait au milieu de son peuple, mais maintenant, Il est là partout, parce qu’Il veut surgir partout comme Il a surgi du tombeau. Attention cependant, n’oublions jamais que quand Il a surgi du tombeau, personne ne L’a vu, Il est parti presque comme un voleur, on ne peut pas mettre la main dessus, et simplement Il nous dit : « Je suis ailleurs mais il faut que vous, vous soyez là ».

C’est cela le sens même de notre vie chrétienne : savoir chercher sa présence sans faillir, sans faiblir, tout en sachant que nous ne mettrons jamais la main pour le posséder, comme une propriété spirituelle, si élevée soit-elle. Dieu ne peut que se donner, on ne peut pas Le prendre.

Frères et sœurs, ce soir, si nous chantons alléluia, ce n’est pas simplement pour dire que nous avons récupéré Jésus, c’est une manière trop naïve de penser la Résurrection. Nous ne L’avons pas récupéré, c’est Lui qui a commencé à mettre la main sur nous, comme le Père a posé la main sur Lui pour Le faire ressusciter et Le faire source de la vie pour toute l’humanité.

Frères et sœurs, accueillons, dans cet alléluia de joie, cette présence de Dieu, une présence que l’on ne peut pas maîtriser, dont nous ne sommes pas les manipulateurs, dont nous ne sommes pas ceux qui seraient capables de la dispenser, de la distribuer et de nous l’attribuer, à nous, finalement.

Alléluia pour cette joie pascale ! Alléluia pour cette présence du Christ ! Alléluia pour ce monde qui, dans la souffrance est quand même vraiment visité par Dieu et qui reçoit ce soir la visite de son Seigneur. Mais comment ? Certes, Il veut nous visiter, Il nous en a donné la preuve, mais ce qu’Il veut maintenant, c’est que nous allions à sa rencontre pour Le visiter Lui. Amen.

 

 
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