AU FIL DES HOMELIES

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LE RESSUSCITÉ VIENT ANIMER UNE FÊTE SANS FIN 

Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Lc 24, 1-12
Vigile pascale - année C (6 avril 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET

 

"Si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide, vide aussi notre foi". "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine." C'est saint Paul qui écrit cela aux chrétiens de Corinthe.

Frères et sœurs, si le Christ n'est pas ressuscité que faisons-nous dans cette église depuis plus de deux heures ? Si le Christ n'est pas ressuscité, nous jouons la comédie, nous serions mieux chacun chez soi, à dormir à l'heure qu'il cet ou à faire la fête, comme on dit, à moins que ce ne soit à nous lamenter sur les malheurs du monde ou sur nos propres névroses ou les deuils qui nous touchent. Mais non, avec saint Paul nous nous ravisons : "Le Christ est ressuscité," et c'est ce que nous célébrons en cette nuit très sainte. Voilà que ce que chacun, seul, n'oserait peut-être pas affirmer : cette nouvelle inouïe de la Résurrection du Christ pour notre propre résurrection. Oui voilà que ce que tout seul, perdu dans ce monde, nous n'oserions pas chanter et proclamer, voilà que cela nous est rendu possible, tous ensemble, en Église, ce soir. Car la Bonne Nouvelle de la Résurrection, la joyeuse et sainte nouvelle du Christ ressuscité n'appartient pas en propre à chacun, elle est le don qui a été fait à l'Église.

Et si ce soir, nous célébrons cette fête de la Résurrection, c'est parce que nous sommes tous ensemble, c'est parce que nous nous appuyons sur la foi de uns et des autres, comme tout à l'heure la lumière du Ressuscité a illuminé notre église, parce qu'elle est passée depuis le cierge pascal à chacun, chacun la proposant à son frère ou à sa sœur. Oui, si nous croyons au Christ Ressuscité et si nous lui donnons toute notre foi en cette année 1980, c'est parce que depuis des siècles, l'Église nous a transmis cette foi. C'est parce que d'abord, vous l'avez entendu, Marie-Madeleine, Jeanne et Marie, mère de Jacques, sont allées au tombeau de bon matin et ont trouvé le tombeau vide, et qu'elles sont allées l'annoncer aux apôtres, que les apôtres sont venus voir, et que le Christ leur étant apparu, ils ont passé tout le reste de leur vie, après la Pentecôte, à annoncer "à temps et à contretemps" cette espérance pour la vie des hommes. Des apôtres, à travers les siècles, par "nos pères", cette foi est venue jusqu'à nous et ce soir, ensemble, nous la proclamons.

Vous le savez bien, Marie-Augustin et Odile, si vous avez fait ce pas vers le baptême du Seigneur où vous avez été plongées dans sa mort et sa Résurrection, c'est parce que l'Esprit Saint qui mène tout, vous y a conduites, mais c'est aussi parce que l'Église vous a ouvert ses portes, cette Église bien concrète, cette Église de pauvres que nous sommes tous. Oui, c'est parce que sur votre route un jour, vous avez rencontré des hommes et des femmes qui vous ont parlé du Christ, qui vous ont parlé de leur amour pour ce Christ et qui vous ont donné leur confiance et leur amour. C'est pour cela que ce soir, vous avez fait ce pas et que nous sommes heureux de continuer à marcher avec vous. Et si moi-même, frères et sœurs, ce soir je suis le serviteur de la Parole, de cette Bonne Nouvelle qu'il me faut proclamer, c'est parce que "les Pères" m'ont transmis depuis mon enfance la foi au Christ Jésus.

Si nous célébrons la fête du Ressuscité, ce soir, nous ne pouvons le faire qu'en nous appuyant sur la foi les uns des autres, celle de Pierre, celle de Jean-Paul II, celle de l'Église d'Aix, celle de cette paroisse de Saint Jean de Malte. Oui, si nous fêtons ce Christ Ressuscité ou plutôt, si, comme disait saint Athanase, nous laissons "le Christ ressuscité animer lui-même au plus intime de chacun et au cœur même de nos communauté, une fête sans fin", si nous vivons cela c'est parce que nous sommes ensemble, en Église.

La Résurrection de Jésus est bien une fête, une "fête sans fin", la "fête des fêtes". Ce serait déjà fête si nous célébrions seulement le relèvement de la mort de Jésus, "notre Seigneur et notre Frère bien-aimé", comme aimait à l'appeler Charles de Foucauld après Jean de la Croix, oui déjà ce serait une fête de célébrer la victoire sur la mort de celui que depuis une semaine, nous avons suivi pas à pas, comme l'Agneau qu'on mène muet à l'abattoir et que nous avons vu immolé sous nos yeux ce vendredi, veille de Pâques. Déjà, certes, ce serait une fête de célébrer la vie nouvelle de Celui que nous aimons et à qui nous avons donné toute notre foi et tout notre amour. Mais, comme le dit Dietrich Bonhoeffer, "le Christ est par excellence l'homme pour les autres". Et si le Christ est mort et s'Il est ressuscité, c'est "pour nous les hommes et pour notre salut". Oui, "Lui qui était de condition divine, Il s'est anéanti, Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort sur la croix" et cela pour l'humanité, pour nous tous qui étions enchaînés dans cette mort dans ce mal dans ce péché depuis les origines c'est pour nous que le Christ a parcouru ce chemin de croix et qu'Il a connu la Résurrection au petit matin de Pâques. Il a épousé totalement notre humanité avec tout ce qu'elle portait de mal de péché et de mort, Il a bu jusqu'à la lie la coupe amère de ce que nous connaissons dans nos cœurs c'est pour nous que le Christ "a tout accompli".

"Il est la Tête du Corps, le premier-né d'entre les morts", prémices de ceux qui se sont endormis". Et le corps tout entier suivra dans sa gloire le Christ ressuscité son chef et sa tête. Il nous entraîne avec Lui dans sa Résurrection. Comme le montre l'icône du Ressuscité le Christ victorieux de la mort ayant brisé les portes de l'enfer, tend la main à Adam notre père, et à tous ceux qui dorment avec lui dans la mort, à nous tous pour nous faire monter de la mort à la vie, du péché à la justice, du malheur à la joie. Odile, Marie-Augustin, vous le savez, c'est dans cette vie du Christ mort et ressuscité que vous avez été plongées, vous appartenez maintenant à ce Corps du Christ qui est l'Église. Tous, malgré le poids de nos péchés de nos faiblesses, de nos pauvretés, nous sommes entraînés à vivre derrière Lui, dans le sillage de gloire et de Lumière qu'Il trace pour nous vous le savez vos peines, tout la mal qui est en vous comme en nous, Il l'a pris sur Lui, en Lui, l'Agneau qui porte le péché du monde. Cette vie nouvelle qui est en vous va grandir, va s'épanouir jusqu'au jour où, comme tout homme comme toute femme, vous vous endormirez dans la mort en donnant la main au Christ ressuscité et où vous vous réveillerez dans le Royaume de la vie de la lumière à jamais.

Nous tous frères et sœurs qui avons été baptisés en Christ, vous tous qui êtes dans cette église qui célébrez ensemble cette fête sans fin du Christ ressuscité, vous qui vivez votre foi qui donnez votre confiance totale à ce Christ pour la vie et pour la mort aussitôt vous devenez, nous devenons dans ce monde de ténèbres dans lequel nous vivons des témoins de la Résurrection. Cette bonne nouvelle nous ne pouvons pas la garder pour nous. Oui nous tous qui voulons suivre le Christ, malgré nos pauvretés malgré nos péchés avec ces pauvretés, avec ces péchés ensemble devenons dans ce monde, les témoins du sens qu'Il donne à la vie à la mort. Des hommes, tout près de nous, jeunes ou adultes cherchent cette lumière qui rendrait un peu d'espérance à ce qu'ils vivent chaque jour. Ils cherchent jusqu'à l'angoisse, pour certains.

Nous nous demandons comment, en ce vingtième siècle finissant trouver les mots, trouver le témoignage qu'il faudrait pour qu'à ce monde, ce monde de violence, ce monde de ténèbres, pour que nous sachions annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection. Nous sommes désarmés et nous ne savons que faire et pourtant il nous faut l'annoncer. "Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile." Puissions-nous être à jamais blessés par Jésus, puissions-nous porter au milieu de ce monde les stigmates du Christ ressuscité, et vous le savez, une blessure fait mal. C'est vrai que "nous sommes dans le monde, mais que nous ne sommes pas du monde" et cela peut entraîner pour nous une souffrance, un témoignage qui peut aller jusqu'à l'extrême jusqu'au martyre même. Mais en même temps c'est une blessure douce, car c'est une blessure d'amour et de l'Amour de Jésus. Saint Jean Climaque disait à la fin de sa vie, vieilli, malade : "Ton Amour, Seigneur, m'a blessé, j'avance en te chantant".

Frères et sœurs, stigmatisés, blessés par l'Amour du Christ, puissions-nous au milieu de ce monde dans lequel nous sommes, dans lequel nous vivons, avancer en chantant le Seigneur, comme nous le faisons cette nuit dans cette église. Notre seul témoignage, en ce vingtième siècle finissant être des hommes et des femmes blessés par l'Amour de Jésus, des hommes et des femmes de louange qui le chantent à jamais.

 

AMEN - ALLELUIA

 

 
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