AU FIL DES HOMELIES

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CE VIVANT QUI NOUS AIME, UN AVENIR D'ÉTERNITÉ

Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Lc 24, 1-12
Vigile pascale - année C (26 mars 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

"Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?" Il n'est plus ici, Il est ressuscité, comme Il l'avait annoncé". C'est à chacun d'entre nous, en cette nuit, non seulement à ceux qui viennent d'être baptisé, mais à chacun d'entre nous, que nous soyons croyants ou non, que se pose la question des deux hommes qui se trouvaient près du tombeau : "Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?" Tous nous sommes des gens de notre époque, nous vivons tous de ce monde dont le moins qu'on puisse dire est qu'il a soif de vie, quelle que soit la manière dont il cherche cette vie. Et ce soir la question des hommes près du tom­beau pourrait prendre pour nous la forme suivante: "Où cherchez-vous la vie ?" Aujourd'hui dans la vie que nous menons dans tous les échanges et toutes les relations que nous avons, dans tous les travaux que nous faisons et dans toutes les entreprises que nous essayons de réaliser, quelle vie cherchons-nous ? Il faut bien reconnaître qu'à cette question-là, nous ne pouvons échapper. On ne peut pas se laisser vivre, même si se laisser porter par la vie est souvent un comportement fantastique et un peu fou, Il y a des moments où il faut se reposer au vrai sens du terme c'est-à-dire se ressaisir à nouveau dans la paix du cœur pour savoir où l'on en est de cette vie qui nous a été confiée. Je ne veux pas parler seulement de toutes ces grandes questions qui agitent par exemple le pro­blème de l'avenir de notre planète et ce que nous en faisons,qui sont des questions réelles et graves,mais je veux parler aussi bien des questions qui se posent à des parents lorsqu'une vie ou des vies, celles de leurs enfants, sont remises entre leurs mains, quelle vie va-t-on leur faire aimer et découvrir ? quelle vie va-t-on leur offrir ? Je parle aussi de cette vie que des couples vivent ensemble quelle qualité de vie et d'amour al­lons-nous partager ? Et je parle aussi de cette vie au plus intime de nous-mêmes que nous sentons sourdre et palpiter dans tous les moments de notre existence, mais quelle vie cherchons-nous ? On peut dire que l'existence de chacun d'entre nous, dans toutes les formes qu'elle prend, est une tentative incessante pour répondre à cette question. Car les questions que les hommes se posent ne sont pas des questions pour savoir intellectuellement comment est fait le monde, comment fonctionne le psychisme humain, mais à travers toutes ces questions si variées et qui partent dans tous les sens, c'est toujours la même et unique question qui revient et qui est bien plus qu'une ques­tion : pourquoi est-ce que je vis ? de quelle vie suis-je à la recherche ? Et nous questionner sur cela même, constitue la part spirituelle de notre vie, c'est ainsi que nous sommes des êtres spirituels. Un être spirituel est quelqu'un dont la vie s'approfondit en se demandant en toute vérité, non pas pour le plaisir abstrait de se poser des questions, mais parce que cette interroga­tion nous est chevillée à l'âme et au corps : "quelle vie est-ce que je cherche ?"

Or ce soir nous recevons une proposition de vie, une proposition de vie qui nous a été faite au cœur même de la question que je viens d'évoquer : Quelle vie cherchons-nous ? De "quelle vie" ? la question devient : "quel Vivant ?" Nous cherchons, même si nous ne le savons pas toujours, le vivant, même si nous le cherchons parmi les morts, car par une sorte d'inéluctable désir de retourner en arrière, nous retournons toujours vers nos tombeaux, vers les souvenirs et vers le passé, même si nous cherchons la vie du côté de nos racines, comme pour faire l'ar­chéologie de nous-mêmes, et mettre au jour toutes les morts de notre désir que nous éprouvons à travers les échecs, des déceptions ou même simplement la fuite du temps qui passe : en tout cela nous cherchons le vivant.

Or chercher "le vivant" n'est pas une chose simple puisqu'au moment même où l'on s'imagine être revenu sur ses traces, on s'entend dire : "Il n'est plus ici, Il est plus loin." Le vivant nous arrache à nous-mêmes, Il s'empare de notre désir de vie pour le trans­férer plus loin, au-delà de notre portée comme s'Il devait échapper à nos prises.

Voilà ce que nous fêtons cette nuit quand nous célébrons le Christ ressuscité, nous annonçons que Jésus, le Fils de Dieu, Celui qui s'est fait homme, vraiment homme, vraiment cloué sur une croix, vrai­ment mis au tombeau, vraiment enterré, vraiment dis­paru de la foule des vivants, ce Jésus, pour l'amour du Père et dans la force de l'Esprit, a pris notre humanité, cette humanité qui avait été conduite sur la croix, et Il l'a comme projetée par-delà le temps et l'histoire, Il l'a comme envoyée au-devant de nous si bien que Jésus-Christ, dans son humanité toute semblable à la nôtre, est devenu notre avenir, Il a anticipé et enjambé tous les siècles de notre histoire, Il a enjambé toutes les années de notre existence, tous les instants de ques­tion, de rumination, d'échecs et de désespoir, les temps de joie aussi : Il s'est emparé de tout cela et Il est allé vers ce point en avant de nous où maintenant Il est vivant dans sa gloire lorsque élevé de terre, Il attire à Lui tous les hommes, chacun de nous, frères et sœurs. Si bien que, lorsque nous nous demandons où est le vivant, quelle vie nous cherchons, nous sommes comme arrachés, comme aspirés hors de nous-mêmes vers cet avenir qui est l'humanité de Jésus-Christ ressuscité, notre vérité.

Cela dépasse à l'évidence toutes les possibili­tés de compréhension de notre intelligence humaine lorsqu'elle est livrée à elle-même. Lorsque notre in­telligence cherche, elle s'élance de sa propre énergie, mais nous l'avons tous éprouvé d'une manière ou d'une autre, elle retombe la plupart du temps presque aussi vite qu'elle s'est élancée. Mais le vivant s'est mis au-devant de nous, Il s'est fait notre avenir, notre ave­nir humain : mais avec Lui, il ne s'agit pas des rêves creux d'hommes qui essaient de consoler les autres par de grands projets de bonheur ou de grandes idéo­logies. Non, Lui, Jésus-Christ s'est fait notre avenir dans une chair d'homme. C'est pour cela que nous croyons en la résurrection de la chair. Notre avenir, notre visage d'avenir c'est un homme transfiguré et glorifié par l'amour de son Père, c'est Jésus-Christ. Pour chacun d'entre nous, que nous le croyons ou non, notre avenir c'est la personne de Jésus-Christ Lui-même, née dans la chair et ressuscité dans la chair.

Vous l'avez remarqué, tout au cours de cette soirée, nous avons comme balayé toute l'histoire du monde, depuis le premier moment et la première au­rore où l'homme était sorti des mains de Dieu, fa­çonné à son image et ressemblance, et là, semblait-il pour comprendre qui était l'homme, il fallait regarder derrière soi, dans le surgissement le plus intime de son cœur, à la racine de nous-mêmes, pour savoir d'où nous venions. C'est le mystère de la création.

Et parce que l'homme avait oublié d'où il ve­nait, parce qu'il avait cru lui-même se projeter en avant : "Vous serez comme des dieux", disait le ten­tateur, voici que l'homme avait coupé l'énergie même et la force de son désir et de ses capacités de répondre à l'avenir que Dieu voulait lui donner. Or, toujours dans la nuit, la nuit de la résurrection, Jésus qui s'était avancé jusqu'aux limites du Royaume des ténèbres et de la mort, en ressurgit et désormais Il dit à l'homme : "Si tu veux contempler ton image et ta référence, si tu veux retrouver ta splendeur et ta beauté, ce n'est plus la peine de regarder en arrière, car Moi-même, à l'image de qui tu avais été façonné dès la création du monde, voici que Je t'ai pris dans mes mains, que J'ai pris la pauvreté de ta chair et de ta vie, que Je t'ai saisi, toi l'homme, livré et asservi à ton péché et J'ai ouvert pour toi en cette nuit, le véritable chemin de ton avenir".

D'une certaine manière, Il nous a dépossédés de notre présent, c'est pour cela que nous avons tant de mal à croire, car si croire signifiait s'installer dans son présent, dans un maintenant, si croire signifiait se bâtir une maison ici-bas, sur la terre, et s'arrêter dans un confort que nous voudrions voir durer toujours, peut-être que la foi nous paraîtrait plus facile et plus accessible. Mais croire, c'est se laisser déposséder de son présent et accepter que Jésus, ayant pris ce pré­sent et ce maintenant de l'homme, lui dise : "Voici comment désormais tu devras vivre tout maintenant : arraché à toi-même par mon amour et par ma grâce, tu iras retrouver ton vrai visage qui se trouve désor­mais en avant de toi". le vrai visage de chacun d'entre nous, le vrai visage de ces jeunes et de ces enfants qui viennent de recevoir le baptême parmi nous, le vrai visage de l'Église, ce vrai visage est à venir, il est dans les cieux, auprès du Christ ressuscité. Nous ne possédons pas encore les traits de notre vrai visage. Et c'est pour cela qu'on a demandé aux candidats au baptême : "crois-tu ?" l'acte de foi étant précisément le fait de recevoir par grâce la capacité de se laisser tourner et fasciner tout entier vers une réalité qu'on ne saisit encore : le mystère inattendu de l'amour de Dieu pour nous. Lorsque tout à l'heure, nous allons échan­ger le signe de la paix avant de communier au même pain, et puis, à la fin de la Vigile Pascale, quand nous échangerons nos souhaits : "Christ est ressuscité", "Joyeuses Pâques", il nous sera donné dans la foi d'entrevoir le vrai visage et le vrai regard de notre frère, de notre épouse, de notre époux, de notre enfant, de notre voisin assis à côté de nous en cette eucharistie. Notre vrai visage, ce soir, par la puissance de la Résurrection du Christ, commence à être façonné selon les traits de notre avenir : ce soir commence à surgir en nous notre visage d'éternité.

Oui, Christ est ressuscité et l'homme a reçu le pardon de son péché ! Christ est ressuscité et l'homme oublie peut-être son passé et perd la sécurité de son présent. Mais Christ est ressuscité pour que soit donné à chacun de nous, en toute lumière et vérité, notre visage d'avenir et d'éternité.

 

Christ est ressuscité Alleluia

 

 

 
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