AU FIL DES HOMELIES

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LA VIE

Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Lc 24, 1-12
Vigile pascale - année C (4 avril 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Baptêmes dans la nuit pascale 2010

 

"Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ?" Pourquoi cherchez-vous ?

Frères et soeurs, la vie est une réalité étrange. Vivre, même si cela nous est parfaitement habituel et parfaitement admis, en réalité, c'est la chose la plus étrange qui soit. En effet, pratiquement, quand on vit dans le monde, surtout maintenant avec l'expérience technique et scientifique, on peut acquérir tout ce qu'on veut. On peut acquérir des biens, des richesses, on peut s'offrir du plaisir ou des bonheurs selon ses goûts. On peut se fabriquer tout ce dont on a besoin, pour améliorer son standing de vie. On peut se créer entre hommes, des groupements, des sociétés, toutes choses qui ont pour but d'une manière ou d'une autre, de nous faciliter la vie. Bref, si on regarde tout ce que nous faisons sans arrêt, nous sommes en train d'acquérir, de modifier, de progresser, de créer des choses nouvelles, et pourtant, il y a une seule chose, mais une seule que nous ne savons pas c'est de nous donner à nous-même notre propre vie.

Il n'y a qu'une réalité au monde qui est radicalement donnée, pour les hommes comme d'ailleurs pour les animaux et c'est la vie. Etre vivant ! aucun d'entre nous ici ne peut dire : je me suis fait vivant. La vie, ce sentiment le plus intime, celui auquel on s'accroche jusqu'au dernier moment de son existence, ce sentiment de vivre qui est une force incroyable et qu'on fait tout pour préserver, en réalité, on peut essayer de la garder cette vie, de la faire durer, on se soigne, on prend des médicaments. Mais il y a une chose que nous ne pouvons absolument pas faire, c'est nous donner à nous-même la vie. C'est pour cela que les liens familiaux sont si forts, c'est parce qu'on se rend compte de ce fait extraordinaire de vivre aujourd'hui pour chacun d'entre nous, nous a été donné comme un cadeau absolu, radical, par nos parents. De temps en temps il y a des conflits à régler, d'accord, mais fondamentalement, sur le fait même d'exister, on ne peut dire à aucun moment qu'on s'est donné la vie. Même si l'on améliore les conditions de vie, même si l'on fait que la vie est plus heureuse et épanouie, en réalité, c'est toujours sur cette base inouïe, donnée, pour laquelle je crois, nous n'avons pas assez d'admiration. Le fait que le courant de la vie puisse passer de génération en génération, que toute l'humanité forme ce tissu vivant, par lequel de génération en génération on se transmet évidemment d'abord la vie, mais aussi tout ce qu'on a de plus beau, de plus cher, de plus précieux, et que l'on donne.

Car la vie a encore cette faculté extraordinaire, c'est qu'être vivant, c'est entrer en communion avec des vivants. Quand on est vraiment un vivant, on ne peut pas rêver d'être comme Robinson tout seul sur son île, et sous son cocotier. Ce n'est pas possible. Je sais qu'il y a toujours des gens à la triste figure qui rêvent de pouvoir être seuls au monde parce qu'on a l'impression que dès que se présente un visage dans leur panorama, cela leur gâche la vie. Ce n'est quand même pas très normal. Quand on est vivant, le fait même de vivre est un appel à la communion. Cette vie nous pouvons l'éprouver au maximum, précisément dans l'amour conjugal. C'est pour cela que tout à l'heure on relisait ce passage de la Genèse. Au moment où Dieu crée le chef-d'œuvre de la vie, c'est Adam et Ève, le couple qui se renouvelle, car chacun est un Adam pour une Ève, et une Ève pour un Adam (avant la pomme en général !). Vous comprenez frères et sœurs, que ce mystère à la fois de vivre, de pouvoir donner, échanger, partager la vie, c'est le sentiment, la réalité la plus mystérieuse et la plus profonde qui soit. Apparemment cela tient à la bonne santé de nos cellules, notre bonne circulation sanguine, rénale, mais cette vie, c'est beaucoup plus que la santé, c'est beaucoup plus que la forme, c'est beaucoup plus que tout ce que l'on peut obtenir par les produits revitalisants et autres. La vie, c'est ce sentiment incroyable d'être soi et d'être vraiment moi-même, donné à moi-même.

On comprend que lorsqu'on a réalisé (pas besoin d'être un grand philosophe pour cela), mais lorsqu'on a réalisé ce que peut être la merveille de la vie, cela contient tous les possibles. La vie est toujours symbole d'avenir. Symbole d'avenir pour soi, symbole d'avenir qu'on peut partager, symbole d'un avenir qu'on peut recevoir d'un autre vivant, symbole d'avenir qu'on peut donner à quelqu'un d'autre. Donc, on comprend que pour l'humanité, depuis que l'homme est homme, et que lui, à la différence des animaux a la conscience de cette gratuité extraordinaire de la vie qui lui est donnée, on comprend que le mur sur lequel nous buttons tous, c'est le mystère de la mort. Effectivement, on a toujours envie de se dire si cette réalité que je suis vivant, c'est un cadeau, c'est donné et qui est inouï, alors, cela ne devrait pas être repris. Cela devrait m'appartenir d'une façon radicale, totale, de telle sorte que je puisse dire à moi-même et à ceux que j'aime, tu ne mourras pas, tu vivras toujours. C'est la grande énigme qui traverse toute l'histoire de l'humanité et qui traverse encore aujourd'hui notre histoire personnelle à chacun d'entre nous. Avoir chacun reçu ce don de la vie et savoir que ce don s'inscrit à l'horizon d'un moment où apparemment du moins, à nos yeux d'hommes, cette vie n'existera plus.

Frères et sœurs, si nous sommes ici ce soir, c'est par grâce. Les chrétiens ne sont pas des surhommes qui disent qu'ils pourraient se fabriquer une vie dans l'au-delà. La vie qu'on a donné tout à l'heure à Alexandre, à Thomas et à Swann ce n'est pas une sorte d'exercice de survie artificielle, ce n'est pas une machine à survie. C'est le fait de reconnaître que cette vie que nous vivons, dont nous mesurons les limites, dont nous mesurons la fragilité et le caractère mortel, cette vie-là, parce qu'elle est un don de Dieu, Dieu a voulu nous donner la possibilité que cette vie reçue de nos parents, déjà reçue de Dieu mais par l'intermédiaire de nos parents, cette vie puisse nous ouvrir à la vie même de Dieu, à la vie éternelle, à son éternité.

Frères et sœurs, c'est cela que les chrétiens proclament quand ils parlent du Christ ressuscité. On ne se fabrique pas un au-delà, on n'invente pas les paradis artificiels. Nous ne fumons pas, nous communions. Nous communions, c'est-à-dire, nous recevons la vie. Quand nous sommes baptisés nous recevons la vie, quand nous boirons tout à l'heure le sang du Christ et que nous recevrons le corps du Christ, nous communions à la vie. Une vie là encore, que nous ne fabriquons pas, mais une vie qui nous est donnée. Et c'est simplement pour cela que nous sommes là, ici, ce soir. C'est simplement pour dire au cœur d'un monde où nous sommes tous et dont nous partageons à la fois toutes les qualités et trop souvent hélas tous les défauts, proclamer au cœur de ce monde que la vie est un don. La vie humaine que nous avons reçue, que nous vivons tous les jours, c'est un don. Mais ce don, à cause de sa limite, appelle instamment de la part de Dieu qu'il réponde à cette fin, à ce souci et à ce désir de vivre toujours.

Frères et sœurs, on ne peut pas négocier cette affaire-là. Ce n'est pas négociable. Si Dieu a donné à chacun d'entre nous d'être des vivants, s'il nous avait donné cela, comme le dit saint Paul uniquement pour ce monde, nous serions les plus malheureux de tous les hommes, car nous vivrions alors dans une illusion totale. Mais ce que nous fêtons ce soir, c'est que Dieu a doublé la mise. Quand il a vu à quel point l'homme pouvait être confronté à ce mystère des limites de cette mort, il a voulu amorcer dès maintenant à travers le signe de la résurrection de son Fils, il a voulu amorcer dès maintenant dans le cœur de chacun d'entre nous, la certitude que nous vivrons toujours. Oui, Swann, Alexandre et Thomas, ce soir, au nom de l'Église, au nom du Christ ressuscité, au nom de tous les croyants qui étaient là et qui ont chanté à votre baptême, je vous le promets, un jour, tous ensemble, nous verrons Dieu. Si vous avez été baptisés ce soir, c'est parce que vous aussi dans votre cœur, vous avez eu envie un jour d'être éternellement vivants avec Dieu. Je vous le promets solennellement, au nom même de cette vie que vous avez reçue de vos parents, au nom même de cette vie que tous nous portons en nous et dont nous sommes les témoins à travers les gestes les plus humbles et les plus modestes de notre vie, au nom de cette vie qui vous a été donnée ce soir, je vous le promets, ce que nous fêtons ce soir, un jour nous le fêterons dans la pleine lumière de la résurrection, là où la lumière de Dieu sera notre vie, où la vie de Dieu sera notre lumière.

 

 

AMEN

 

 
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