AU FIL DES HOMELIES

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MYSTÈRE DU PASTEUR

Ac 9, 1-22 ; Jn 21, 15-17

Vigiles du quatrième dimanche de Pâques – A

(10 mai 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Farret : la rentrée du troupeau

E

 

n ces vigiles du quatrième dimanche de Pâques, c'est sur le mystère du Christ pasteur que nous sommes invités à méditer. Demain, à la messe, l'évangile nous développera cette comparaison, choisie par Jésus, reprise de l'Ancien Testament, comme nous le disait, tout à l'heure, la lecture des Pères de l'Église : "Dieu est le pasteur, son peuple est son troupeau et Jésus, parce qu'Il est le Fils de Dieu, qui est venu sur la terre pour exercer cette fonction de pasteur".

Le passage d'évangile de ce soir conduit notre méditation plus loin encore, puisque nous voyons que Jésus ne s'est pas contenté d'être le pasteur de ses brebis. Il a confié à certaines de ses brebis de participer à cette charge, à cette mission, à cette fonction pastorale. Pierre, non pas en raison d'une supériorité quelconque, puisqu'il venait tout juste de renier trois fois son Seigneur, Pierre est invité par le Christ, à découvrir au fond de son cœur, et malgré ce reniement, malgré cette lâcheté, qu'il peut-lui dire, en toute vérité : "Seigneur, tu le sais, je t'aime !" Le Christ pose, au fond du cœur de Pierre, cet amour dont Pierre vient de faire l'expérience que seul, il n'en est pas capable. Mais le Christ le lui donne. Et il lui donne non seulement d'être capable d'aimer son Seigneur, mais encore, sur cette pauvreté, sur cette misère découverte et pardonnée, cette misère remplacée par la plénitude d'amour que le Christ vient de mettre en son cœur, sur ce reniement pardonné Jésus fonde la mission pastorale de Pierre : "Tu seras le pasteur de mes brebis, le pasteur de mon troupeau !" Pierre sera exactement ce qu'est le Christ : "Je suis le Bon Pasteur !"

Pour que Pierre, et à sa suite, les autres apôtres, puis les successeurs des apôtres que sont les évêques et leurs auxiliaires les prêtres, puisse exercer cette mission, puisse ainsi être identifié au Christ, dans sa fonction de pasteur, de berger, pour cela le Christ qui était berger, s'est fait l'Agneau. Il s'est fait l'une des brebis du troupeau, cette brebis que l'on conduit à l'abattoir, comme le disait le prophète Isaïe, et qui n'a pas ouvert la bouche, qui s'est laissé immoler. Pour retrouver la brebis perdue, Jésus, Dieu s'est fait brebis lui-même et Il a accepté d'être offert en sacrifice pour que les brebis, non seulement ne soient plus perdues, mais pour qu'elles puissent même participer à sa fonction de berger, de pasteur. Quel mystère extraordinaire et insondable que celui de cette présence, au cœur de l'Église, en des hommes misérables, que rien ne distingue des autres, que rien ne permet d'imaginer capables de guider leurs frères, la présence de cette identification au Christ dans la mission du pasteur des brebis.

Cette mission, ce n'est pas Pierre seul qui l'a reçue. Nous avons entendu, tout à l'heure, la lecture des Actes des apôtres qui nous introduit dans la conversion de ce persécuteur qui va devenir lui aussi l'apôtre des nations. Là encore, rien ne vient de lui. Il était, nous dit le texte, rempli de haine et de menaces. Il voulait écraser ce peuple de Dieu naissant. Mais Jésus a choisi d'en faire son apôtre, d'en faire le berger de son troupeau. Et Il l'a terrassé, sur le chemin de Damas. Et Il a transformé son cœur de fond en comble.

Ce mystère, qui est celui du sacerdoce, celui du sacerdoce de Pierre, des apôtres, de Paul, celui du sacerdoce des évêques, des prêtres, ce mystère est étroitement conjoint à celui de l'Église. L'Église n'est pas simplement un rassemblement amorphe qui irait son chemin et qui par ses propres forces essaierait de rejoindre son Seigneur, l'Église, c'est un peuple, un peuple unifié, un peuple structuré, un peuple organique. Et rien ne peut donner structure à ce peuple si ce n'est la présence du Christ Lui-même qui est la tête de cette Église. Cette présence invisible du Christ par son Esprit au cœur de chacun de nous, qui nous rassemble, se traduit dans des signes qui nous permettent, en quelque sorte, de toucher de nos mains, cette présence du Christ et de comprendre que notre rassemblement n'est pas simplement quelque chose d'immatériel, que le souffle de l'Esprit qui est dans nos cœurs et qui nous a conduits ici, ensemble, est bien concret, tangible, bien à notre portée.

De cette présence du Christ dans son Église, il y a de nombreux signes, mais les deux plus grands, les deux plus essentiels, c'est ce signe du pain que nous allons partager, de la coupe qui va passer de main en main, ce pain qui est le corps du Christ, ce vin qui est la coupe de son sang, ce signe qui est la raison d'être de tout rassemblement des fidèles du Christ. Et l'autre signe subordonné au premier d'ailleurs, c'est celui des pasteurs qui sont l'image, qui sont la manifestation visible, qui sont le signe parmi nous de cette présence du Christ, chef de son peuple, tête de son corps, berger de son troupeau, guide des hommes vers Lui-même. Car Il est non seulement le but vers lequel nous marchons, mais aussi le chemin sur lequel nous marchons, et Celui qui marche avec nous sur ce chemin. Car en dehors de Lui, il n'est pas possible de parvenir au but. Et c'est pourquoi, Il se manifeste à nous, de façon visible et tangible, par ses ministres qu'Il choisit au milieu de son peuple, encore une fois, qu'il choisit quelconques, sans aucune particularité de leur part, mais à qui Il donne d'être, précisément parce qu'ils n'ont rien d'extraordinaire en eux-mêmes d'être les signes tangibles, visibles de sa présence. Car tout ce que les évêques, tout ce que les prêtres, tout ce que le Pape sont, ne peut venir que de la grâce de Dieu. Car par eux-mêmes, ce sont des hommes ordinaires, souvent très ordinaires. Mais le choix de Dieu les investit d'une signification qui n'en fait pas des surhommes, mais qui en fait, hommes parmi les hommes, brebis parmi les brebis, membres du troupeau parmi les membres du troupeau, les images vivantes du berger invisible et unique, Jésus-Christ qui est là, par leur ministère pour nous guider vers les sources d'eau vive.

Ce soir, comme si souvent, nous allons célébrer l'eucharistie, qui est double signe. Le signe du berger et le signe du pain vont nous être donnés, une fois encore. Que notre rassemblement s'achève en allégresse parce que le Christ est vraiment présent parmi nous.

 

AMEN

 
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