AU FIL DES HOMELIES

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SEIGNEUR, TU SAIS BIEN QUE JE T'AIME !

Jn 21, 15-17

Vigiles du quatrième dimanche du temps pascal – C

(20 avril 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

C

es paroles sont frappantes pour deux raisons : d'abord pour leur sobriété, ensuite pour leur répétition et habituellement la répétition ne va pas avec la sobriété.

Lorsque les hommes parlent entre eux de leur amour, souvent ils parlent beaucoup pour le dire, pour l'exprimer, pour en convaincre l'autre. Et souvent ils se perdent, d'ailleurs, dans trop de paroles d'amour, ces paroles venant parfois confondre la vérité de ces sentiments qu'en définitive ils ne connaissent pas vraiment. Ce dialogue est d'une sobriété totale, et même si nous le connaissons bien et depuis long­temps, à chaque fois cette sobriété nous ouvre à une extraordinaire abondance d'amour et de confiance d'autant plus abondante que, de la part de l'un des deux, cette abondance, à un moment tarit lorsque cet amour s'est confondu avec la trahison, avec la néga­tion, avec la proclamation d'un "Non ! je ne le connais pas !"

Cette sobriété de la question de Jésus, cette sobriété de la réponse de Pierre, c'est peut-être tout le résumé de notre foi chrétienne, de notre relation avec Dieu, de notre écoute de Dieu et de ce que, en défini­tive, nous avons à dire à Dieu. Ce soir, c'est à chacun d'entre nous, et par son prénom, comme pour Pierre, puisque le pasteur connaît chaque brebis par son nom, c'est à chacun d'entre nous que le Christ dit : "M'ai­mes-tu, plus que les autres ? plus que ceux-ci ?" Et c'est à chacun d'entre nous de répondre, avec autant de sobriété, de profondeur et de conviction : "Oui, Seigneur je T'aime !"

Mais il y a un deuxième aspect, c'est celui de la répétition. Et c'est vrai que les amoureux passent leur vie à se dire exactement la même chose, qu'ils s'aiment l'un l'autre. Et sans cette répétition, ils au­raient l'impression que quelque chose de fondamental ne serait pas donné à l'autre : c'est la durée, c'est la permanence, c'est la conviction que ce qui est dit un jour est dit pour toujours. Et en définitive, il n'y a pas de répétition, il y a simplement une réponse qui ne s'arrête jamais, qui ne s'interrompt jamais, qui jamais ne veut se laisser briser par la distance, par le silence par le retour sur soi-même.

Mais il y a des moments où nous entendons bien la parole de Jésus, la question du Christ : "M'ai­mes-tu plus que les autres ?" et où nous avons la cer­titude que, pour être francs, il ne faudrait plus répon­dre : "Oui, Seigneur, je T'aime !" car bien souvent, nous-mêmes qui entendons d'une façon ou d'une au­tre, au fond de notre cœur, la question, nous ne ré­pondons plus, un peu comme ces avions qui "ne ré­pondent plus" aux relations de radio avec la terre. Et lorsqu'un avion "ne répond plus", c'est qu'il est perdu. Mais le Seigneur revient toujours avec la même ques­tion. Et je crois que même lorsque nous savons que nous n'aimons plus, que nous avons abandonné, que nous avons préféré beaucoup d'autres choses, ou nous-mêmes, à Dieu, je pense qu'il faut encore pou­voir dire comme Pierre : "Seigneur, Tu sais tout : Tu sais que je T'aime !" même quand nous savons, nous, que nous ne l'aimons pas bien, parce qu'au fond de notre cœur, il y a quand même, ce désir mal exprimé, ce désir mal connu, mais ce désir qui est plus profond que tous nos désirs et qui est de pouvoir, quand même, aimer Dieu et le lui dire, alors que toute notre vie, ou que beaucoup de choses dans notre vie, lui disent : "Non !"

Frères et sœurs, ce dialogue entre Pierre et Jé­sus est un des dialogues qui fondent la relation du Christ et de son Église, cette Église qui est cette part d'humanité qui se reconnaît pécheresse, qui reconnaît qu'elle a trahi, qu'elle a abandonné son sauveur et son ami au moment même où un homme peut-être n'aurait pas fait cela pour celui ou celle qu'il aime, au moment de sa mort ou de sa souffrance. Nous, nous l'avons fait pour Dieu, mais Il vient encore pour nous redire qu'Il nous aime toujours, pour nous réapprendre ce dialogue d'amour et pour que nous puissions le lui dire toujours, quelle que soit notre situation, quelle que soit notre misère. Et plus encore à cause de notre situation de misère, il faut croire et dire à Dieu, sans trop y réfléchir, sans trop analyser : "Oui, Seigneur, Tu sais tout de moi. Tu sais que je T'aime !"

 

AMEN

 

 
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