AU FIL DES HOMELIES

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Redécouvrir notre vocation de serviteurs

Ac 13,14 + 43-52 ; Ap 7,9 + 14b-17 ; Jn 10,27-30
Quatrième dimanche de Pâques – année C – (12 mai 2019)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

 

« Je suis le Bon Pasteur ».

Frères et sœurs, je vous propose de méditer sur un mot, « Je ». On ne peut pas faire plus bref. C’est le premier mot de l’évangile que l’on entendu tout à l’heure : « Je suis le Bon Pasteur ». Cette affirmation de Jésus est absolument centrale pour comprendre sa mission. En effet, nous avons une vision de l’Eglise qui, la plupart du temps, est organique, d’organisation. Nous pensons toujours que l’Eglise fonctionne grâce à un organigramme serré, précis, hyperdéveloppé ou même hypertrophié. En réalité, l’Eglise n’est pas si bonne en termes d’organisation. C’est d’ailleurs parce que l’organisation n’est pas si bonne que l’Eglise est assez souple pour s’adapter à toutes circonstances. On pense que l’Eglise est un système fait de responsabilités, de hiérarchies partant du sommet et descendant en pluie fine jusqu’à l’humble peuple de Dieu que nous sommes, la théologie de l’arrosoir en quelque sorte, lequel peuple bénéficie des dernières gouttes de la rosée de la grâce, de la sagesse et de l’intelligence pour pouvoir constituer ici et là des assemblées eucharistiques. 

La seule chose que l’on oublie,mais elle est de taille, c’est que même s’il y a effectivement une organisation hiérarchique de l’Eglise, le fond du problème n’est pas la plomberieni la tuyauterie, c’est la source. Or il n’y a qu’une source, « Je suis le Bon Pasteur ».Autrement dit, il y a souvent un malentendu entre le fait d’affirmer qu’il y a une conduite d’autorité pastorale et d’organisation, etc… et ensuite de se dire que tout cela est subdivisé en petits canaux, en petits filets, en petits vaisseaux sanguins pour aller irriguer tout le corps, comme si la source et le système des réseaux et des canaux étaient absolument équivalents, comme ayant la même valeur que l’eau quand elle coule de sa source. Or, dès que l’eau tombe dans les canalisations, il peut y avoir des processus d’obscurcissement de la qualité de l’eau. Je cite cette analogie non pour le cas qui nous occupe mais pour situer le problème. 

Il n’y en a qu’un qui a dit de Lui : « Je suis le Bon Pasteur ». Il l’a dit d’ailleurs avec des variantes : « beau», qui veut dire la perfection, et Il a dit également « vrai » qui veut direla réalité totale et accomplie. Il n’y a que le Christ qui est Pasteur de l’Eglise. Il n’y en a pas d’autres. Cela peut vous paraître bizarre mais si vous avez entendu l’évangile de dimanche dernier, Jésus n’a pas dit à Pierre : « Sois le Bon Pasteur de mon Eglise ». Aucun des disciples, aucun des apôtres, aucun des plus grands saints n’a jamais reçu la dénomination« tu es le Bon Pasteur ». Il n’y a que Jésus. Il s’est réservé le titre absolument et cela a une importance capitaleparce qu’il ne faut pas confondre les genres. Il n’y a qu’un Seigneur de l’Eglise, qu’un Pasteur et qu’un Guide de l’Eglise : le Christ et c’est Lui qui assume en totalité du sommet jusqu’à la base la responsabilité du pastorat, c’est-à-dire celle de conduire l’Eglise.

Mais pour conduire l’Eglise, il faut deux choses : premièrementde l’autorité et deuxièmement de la sagesse et de l’intelligence pour amener cette Eglise à sa plénitude. Le Christ n’est pas seulement celui qui prend des décisions au comité de direction générale. Il n’est pas le PDG. Il prend l’autorité d’abord pour accomplir le dessein. Autrement dit, Il est bon parce qu’il mène au Bien. Le Christ est le seul qui connaît la destinée humaine intime et personnelle de chaque brebis :« Les brebis me connaissent et elles écoutent ma voix ». Jésus ne dit pas : « Je suis le Bon Pasteur et J’envoie des mails à mes apôtres pour qu’ils les transmettent à mes brebis ».Il dit : « Elles écoutent ma voix ».Cela veut dire que si l’Eglise n’était pas d’abord le tissu du lien direct de Jésus avec chaque membre du troupeau, ce ne serait pas l’Eglise.

L’Eglise n’existe que parce que le Christ Bon Pasteur, vrai PasteurBeau Pasteur, est capable de réaliser le lien entre chacun d’entre nous et Lui.Ce lien est direct :c’est la Grâce,à savoir le fait que Jésus veut entretenir avec chacun d’entre nous un lien tel qu’Il nous connaît et que nous connaissons sa voix. Toute la réalité pastorale de l’Eglise repose sur le Christ, Bon Pasteur, Vrai Pasteur. Il n’y a que là que s’effectue effectivement la plénitude du lien ecclésial. L’Eglise est le corps du Christ, elle n’est pas une machine ou l’outil industriel du Christ.

Mais il faut bien que l’Eglise existe dans l’histoire et qu’à certains moments, pour pouvoir aider, éclairer et soutenir la conscience d’appartenance de chacune debrebis à son Pasteur, l’Eglise ait des relais. Mais ne mettons pas le système de distribution à la même hauteur que la source. Le lien de la source est immédiat, fondamental, absolu. Chacun d’entre nous vit devant le Christ Pasteur mais il y a un relais que le Christ a voulu pour nous aider à nous mettre sans cesse en relation et actualiser cette relation que nous devons avoir avec le Christ. 

Ceci n’est plus de l’ordre de la source mais de la transmission, celle des ministères, c’est-à-dire un service. Une chose est de faire la cuisine, une autre est de présenter les plats. Or celui qui fait le repas de la pastorale de l’Eglise, c’est le Christ et ce sont les ministres qui servent les plats. Que les ministres ne viennent pas se faire passer pour le Christ ; il y a là quelque chose de fondamental, une source d’équivoque permanente de la vie de l’Eglise. Parce qu’on est prêtre ou pape, on ne peut pas dire : « Je suis le Bon Pasteur ». On peut seulement dire : « Dieu m’a donné de collaborer à sa tâche pastorale » et c’est toutParconséquent, je n’ai aucune valeur absolue quelque soit le degré de mon ministère. Je ne peux en aucune façon me substituer à l’action pastorale du Christ qui s’occupe de toi.

Frères et sœurs, ceci est extrêmement important à comprendre aujourd’hui dans la crise que nous traversons. Ce n’est pas seulement une crise morale comme on le dit parfois. Evidemment les journalistes comprennent ce qu’ils peuvent. Nous traversons une grave crise qui est précisément ceci : comment le ministère de l’Eglise, concret, de la transmission et du service peut-il être vraiment au service de la volonté et du projet pastoral du Christ ? C’est le grand problème actuel. 

Si l’Eglise veut être l’Eglise, il faut d’abord que tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre et à tous les niveaux, exercent un ministère commencent par faire une sorte de révision personnelle et profonde de la manière dont ils conçoivent leur ministère.

Si une quelconque forme de ministère a une prétention à vouloir se substituer au pouvoir et à l’autorité du Christ sur chacune de ses brebis en disant : « Moi je suis le Père, moi je suis le Supérieur, etc. et je te dis ça »,on peut se poser des questions.

Si le ministère est vécu comme une substitution à la source même de l’intention pastorale du Christ qui est de nous ramener tous dans le cœur de Dieu, dans le cœur de son Père, à ce moment-là ce ministère ne s’exerce pas correctement

Cela veut donc dire que chacun d’entrenous, parce qu’il est membre du corps du Christ, parce qu’il a reçu la grâce du baptême, parce qu’il est membre du peuple de Dieu et membre de son troupeau, ne peut pas considérer avec le même absolu les ordres qui sont donnés"d’en haut" à l’intérieur de la structure ministérielle de l’Eglise avec l’intention et l’action du Christ sur chacun d’entrenous.

Frères et sœurs, je pense que ce discernement est essentiel pour la vie de l’Eglise. Trop souvent en effet, quand on a parlé de cléricalisme, c’est de cela qu’il s’agissait. Le cléricalisme, c’est le fait qu’à un certain moment,des communautés chrétiennes, des Eglises même,ont tellement exagéré le pouvoir ministériel qu’il est devenu le moyen d’aplanir, de lisser la liberté de relation de chacune debrebis avec le Christ. Et cela, c’est extrêmement grave. C’est à ce niveau-là que nous en sommes aujourd’hui et c’est cela que nous devons essayer de voir en face. Quand on prie pour les vocations et quand on prie pour avoir des prêtres, c’est très bien. D’ailleurs, on prie toujours pour en avoir dans la famille des voisins. Mais il ne faut pas seulement prier pour faire du chiffre, il faut prier pour avoir de véritables serviteurs du Christ Pasteur, prêtres, évêques, papes. D’ailleurs je ne sais pourquoi les prêtres ont toujours tendance à se faire appeler "père" ?Nous ne sommes pas pères, nous sommes serviteurs. Et je ne sais pas pourquoi les papes se sont fait appeler"Saint Père" car la vraie titulature du pape, c’est "serviteur des serviteurs de Dieu". C’est comme cela que le pape signe les encycliques. Ce doit être trop long à dire mais c’est une erreur car tout est une question de service pour s’aider les uns les autres à approfondir, à accueillir, à développer et à laisser mûrir en soi sa destinée de membre du troupeau. 

« Ecoutez la voix ». Je dis souvent cela et les séminaristes ne me croient pas au début. Moi qui suis prêtre sur la terre, je ne le serai plus de "l’autre côté". A partir du moment où le troupeau est entré dans le Royaume de Dieu et qu’il est directement en relation avec le Christ, il n’y a plus besoin de réunion de doyennés. Aujourd’hui, comme nous prions pour les vocations, je vous propose de prier afin que qualitativement s’approfondisse la conscience du ministère, que celui-ci ne soit pas une sorte d’activité disciplinaire – certes nécessaire – mais que l’on puisse redécouvrir d’abord le corps ministériel de l’Eglise, cette vocation profonde qui n’est pas de s’imposer au nom du Christ, mais davantage d’essayer de répondre dans le service des frèresà ce que le Christ veut pour ses frères. C’est une tout autre démarche.

Dans un cas, on se prend pour un des stades de la goutte d’eau qui chute jusqu’à la basejusqu’à la terre et dans l’autre cas on essaie de dire à quelqu’un : « Identifie la relation que le Christ veut avec toi comme pasteur, comme Bon Pasteur ». C’est Lui qui sait ce qui est bon. Le ministre n’est pas celui qui dit : « Je sais que tu dois faire cela ». Ce serait une prise de pouvoirinsupportable, inacceptable. Le prêtre est celui qui aide un frère à découvrir la relation qu’il a comme membre du troupeau de Dieu avec le Christ Pasteur. Nous nsommes que les serviteurs et je ne suis que le serviteur de votre vie pour Dieu, avec Dieu et vers Dieu

Frères et sœurs, que ce dimanche des vocations nous aide ensemble à redécouvrir comment toute communauté chrétienne quelle qu’elle soit, Eglise universelle, particulière, paroisse, peut faire pour que nous découvrions d’abord le ministère à la lumière du « Je suis le Bon Pasteur » dontnous ne sommes que les signes, les serviteurs et les ministres. Amen.

 
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