AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE BON PASTEUR, OU LES BREBIS LIBRES

Ac 2, 14 + 36-41; 1 P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
Quatrième dimanche de Pâques – année A (3 mai 2020)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Cette homélie a été prononcée en studio pendant la période de confinement quenous connaissons, et communiquée à l’assemblée paroissiale par le site internet de la paroisse.

Bonjour, frères et sœurs,

bon berger Jill Steeenhuis

 

Nous sommes aujourd’hui le dimanche 3 mai et nous sommes heureux de fêter un mystère de l’Être du Christ, Fils de Dieu incarné, qui a dit Lui-même : « En vérité, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis, mais qui escalade par u

n autre côté, celui-là est un voleur et un brigand ». Mais Il ajoute : « Il est le bon, ou le beau, pasteur ». Il dit aussi : « Je suis la porte » ou « Je suis la porte des brebis ». Toutes ces citations en « Je suis… » nous sont données pour nous dire qui est le Christ, dans son rôle de pasteur, c’est-à-dire de rassembleur de toute l’humanité.

Ça vaut donc la peine de s’y attarder un peu. J’ai eu la chance – c’en est bien une – qu’hier, une paroissienne, peintre, que je connais et que sans doute vous connaissez peut-être malgré sa grande modestie, m’a envoyé cette photo d’une de ses

œuvres qui figure le bon berger, sans doute inspirée de scènes qu’elle a pu voir en Provence parce que, Américaine d’origine, par amour pour la lumière provençale elle est venue ici, où elle a d’ailleurs trouvé un mari absolument charmant. Elle peint, elle vit dans la région et ce tableau que vous avez sous les yeux illustre parfaitement la manière dont Jésus veut nous faire comprendre ce qu’est le berger ou le pasteur.

En effet, Jésus aurait pu dire : « Je suis le pasteur donc je suis le chef, ayant tout pouvoir sur vous ». Il ne le dit pas. Il commence par distinguer la manière d’entrer dans la bergerie. Ça paraît bizarre ! Normalement, le berger est celui qui a la clef du bercail ! On peut faire la comparaison entre deux manières d’entrer dans la bergerie : le voleur qui entre par la fenêtre pour enlever des brebis pour un méchoui ou le vrai berger, celui qui entre par la porte de la bergerie. C’est une grande leçon sur le sens de l’autorité d’enseignement. Vous connaissez le fameux proverbe : « La répétition est l’âme de l’enseignement ». Ce n’est pas ce qu’il y a de mieux dans l’enseignement. D’abord ce n’est pas très agréable pour les professeurs d’être obligés de se répéter sans cesse, et puis c’est un peu désespérant parce que plus on répète et moins ils écoutent. L’enseignement n’est pas du bourrage de crânes. Et Jésus dit : « Je ne suis pas venu faire du bourrage de crânes, Je ne suis pas venu pour m’emparer des esprits ». Mesurons-nous cela ? La foi chrétienne, la transmission de la vérit

é du mystère de Dieu, se fait par la porte grande ouverte. Elle ne se fait pas en cachette ou par emprise sur l’esprit des gens. Il y a là une énorme ambiguïté sur le sens même de l’autorité. Si l’autorité est purement et simplement l’équivalent d’une discipline de transmission de savoir, elle rate le but, car autorité, c’est bien connu, auctoritas, est le même mot que augmenter. L’autorité est ce qui augmente, on le souhaite en tout cas, l’intelligence, la finesse de perception, la capacité de comprendre de ceux qui sont enseignés. C’est peut-être pour cela qu’il existe une crise si grave de l’enseignement : un certain auditoire considère qu’il sait déjà tout et que ce n’est pas la peine de l’enseigner.

Frères et sœurs, aujourd’hui, c’est ce que nous méditons. Nous méditons la manière dont le Christ entre par la grande porte pour nous faire participer à la connaissance qu’Il a de l’amour de Dieu pour Lui et pour nous tous. Et c’est pour ça que j’aime tellement ce tableau : le Christ, dans cette figure bleue qui est le ciel, ciel qui rentre sur la terre, le Christ est là pour faire grandir dans la lumière, Il est environné de lumière, cette lumière un peu aveuglante de la Provence en plein été, et même aussi de la lumière des moutons, de leur toison. La blancheur du troupeau réjouit le pasteur, comme on le chante dans un de nos chants. Et c’est vrai, la blancheur du troupeau réjouit le pasteur parce qu’Il se rend compte que sa seule présence quand Il entre dans la bergerie est déjà une porte ouverte sur le ciel.

Il n’y a pas besoin d’en dire beaucoup plus, frères et sœurs, pour comprendre ce que nous fêtons aujourd’hui. Fêter le Christ pasteur, c’est fêter cette irruption de lumière dans laquelle ce sont à la fois la lumière du Christ en personne, et la lumière qu’Il fait rayonner autour de Lui dans la vie de chacun d’entre nous.

Je voudrais remercier Jill d’avoir eu l’inspiration de peindre ce bon pasteur de cette façon-là, parce que la plupart du temps, il faut bien le reconnaître, Il ressemble davantage à de la pâte d’amande et à du sucre d’orge qu’à cette vigueur des jaunes, des blancs et des bleus qui sont là pour nous dire le mystère, et deuxièmement parce que ce tableau est une porte, une ouverture, c’est l’image de Dieu. Si nous prenons le Christ comme une sorte d’autorité qui s’impose à nous et qui nous formate, non, le Christ n’est pas un informateur, Il n’est même pas formateur. Il ouvre, et quand Il ouvre la bergerie, Il l’ouvre pour que les brebis sortent. On dira ce qu’on voudra, mais le christianisme est une religion de liberté et non une religion de libertaires qui pensent que la liberté consiste à faire n’importe quoi. C’est une religion de liberté, c'est-à-dire une religion d’aventuriers qui croient que rechercher l’amour et la lumière de Dieu est une aventure aussi palpitante que celle d’aller explorer un pays lointain.

Demandons au Christ qu’Il soit aujourd’hui le bon pasteur pour nous, qu’Il réveille en nous le sens de la liberté et du bonheur de découvrir dans la lumière à travers la porte qu’Il est Lui-même, cette lumière à laquelle nous sommes tous appelés, amen.

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public