AU FIL DES HOMELIES

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L'AGNEAU DEVIENT PASTEUR

Ap 7, 9+14b-17

(29 avril 2007???)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Troupeau dans le Lubéron 

V

ous avez entendu un extrait de cette Parole de Jésus qui est devenu un classique du genre et à l'écoute duquel, nous pourrions voir fleurir sur nos lèvres deux types de sourire : le sourire béat, je suis le bon berger, nous fermons les yeux et nous voyons un paysage bucolique avec le berger appuyé nonchalamment sur son bâton ou peut-être assis à l'ombre de l'arbre, en train de jouer de la flûte pendant que les chiens font le travail et vont mordiller les brebis récalcitrantes. Et quand le discours de Jésus s'avance, et qu'il parle de ses brebis qui lui obéissent et qui le suivent notre sourire devient narquois. Oui, ce sont les brebis, elles sont bêtes, on le sait, elles sont stupides, elle suivent n'importe qui, n'importe comment, elles suivent la pensée unique, ce n'est pas très intelligent. Mais moi, grâce à Dieu, je ne suis pas une brebis idiote ! Et peut-être que ceux qui ont un discours un petit peu revendicatif à l'égard de l'Église, ont un sourire encore plus moqueur, et se disent : oui, de toute manière, l'Église a conditionné les chrétiens pour être des moutons à qui l'on demande surtout de ne pas réfléchir. 

       Il y a pourtant un détail qui n'a pas échappé à votre sagacité, dans la lecture de l'extrait de l'Apocalypse. Je vous resitue le contexte du passage : Jean voit une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Cette foule se tenait devant le trône et devant l'Agneau. Ces gens sont ceux qui viennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau : "Celui qui est assis sur le trône habitera parmi eux. Ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus puisque l'Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur pour les conduire vers les eaux de la source de vie".

       Frères et sœurs, nous avons l'habitude du thème du berger, avec des images qui font partie soit du fonds commun de l'humanité, soit avec des extraits de la Bible. Nous lisions hier soir une  homélie qui nous rappelait comment Abel, Jacob, Moïse, David avaient été eux-mêmes les pasteurs, et que le pasteur par excellence d'Israël, c'était le Seigneur. 

       Nous avons aussi l'habitude de cette  image de l'Agneau immolé. Qu'avons-nous fait lors de la semaine sainte, si ce n'est d'avoir célébré l'Agneau immolé. Le jeudi saint, soirée au cours de laquelle a été remémorée le sacrifice de l'agneau pascal chez les juifs avant le départ de l'Égypte, pour la terre Promise, et en regard, le Christ qui donne ce qu'il a de plus précieux à chacun d'entre nous, son corps et son sang. Mais, dans le rappel que je viens de faire du livre de l'Apocalypse, vous rencontrez les deux thèmes ensemble. Il ne s'agit pas d'un côté de l'Agneau immolé et de l'autre côte, le bon berger, mais l'Apocalypse dit clairement : l'Agneau immolé devient le bon berger, il devient le pasteur. 

        Qu'est-ce que cela veut dire ? Que le Christ, le Fils du Dieu vivant, Agneau immolé devient le bon pasteur. Nous n'arrivons peut-être à voir comment cette phrase est une révolution dans la vie de l'homme et dans l'annonce de la venue de Dieu. La première révolution couvre cette Parole : il nous est rappelé que le berger est responsable de son troupeau, mais qu'il n'en est pas propriétaire. Le pouvoir, ce n'est pas posséder, le pouvoir, c'est d'être au service, d'avoir une charge et de l'exercer gratuitement pour le bien de ceux qui nous sont confiés. Et nous découvrons que le berger d'un troupeau, le roi ou le responsable d'une société ou d'un état, n'est pas le propriétaire de cette propriété ou de cette charge mais qu'il est au service du peuple qu'il sert. C'est vraiment ce que le Seigneur Dieu dit à David quand il lui confie son troupeau. David fait paître le troupeau qui appartient à Dieu. C'est une idée qui est assez commune du fait que le pouvoir n'est pas une question de propriété, mais une question d'autorité et de charge. Cela va mieux en le disant quand même parce que parfois, certains l'oublient assez facilement une fois qu'ils arrivent au pouvoir. 

       La deuxième révolution semble plus intéressante pour ce matin, pour vous aider à réfléchir à nouveau sur ce thème du bon berger, et aussi peut-être pour vous aider à méditer une fois encore sur la signification des baptêmes que nous allons célébrer. Cette révolution, quelle est-elle ? Le bon berger n'est pas uniquement ce berger qui prend soin du troupeau dont il reste à l'extérieur. Le berger devient agneau, c'est-à-dire qu'il va vivre en son cœur même tout ce que l'agneau, sa créature va vivre. Je vous invite à faire mémoire du psaume vingt-deuxième que nous avons chanté tout à l'heure : "Le Seigneur est mon berger", cela veut dire que nous croyons que le berger, c'est Dieu. Quand on continue ce même psaume : "le berger me mène vers les eaux tranquilles, il me fait revivre, il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom". Et cette phrase très importante : "si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure".

       Frères et sœurs, quand nous sommes chrétiens, nous ne croyons pas uniquement que Dieu est un berger autoritaire, qui nous oblige à faire telle ou telle chose, mais quand on est chrétien, on croit que ce berger s'est incarné, qu'il est devenu homme, comme chacun d'entre nous, que lui-même comme homme, a traversé les ravins de la vie et de la mort, et a vécu au plus profond de sa chair tout ce qu'un homme peut vivre. Je crois que c'est la grande différence, nous ne croyons pas en un Dieu lointain, qui vient de temps en temps régir son troupeau ou qui envoie ses chiens nous mordiller les mollets quand nous faisons quelque bêtise. Nous croyons en un berger qui est venu s'incarner pour découvrir au cœur même de sa divinité ce que l'homme peut vivre à la fois de beau, de terrible, les aspirations de l'homme mais aussi ses craintes. C'est cela qui peut nous éclairer sur le discours de Jésus. Quand Jésus dit : "Je connais mes brebis", cela ne veut pas dire qu'il est au-dessus de nous et qu'il nous surveille pour mieux nous prendre en défaut. Quand Jésus dit : "Je connais mes brebis", Il les connaît pourquoi ? Parce qu'il est devenu l'Agneau parmi les agneaux, il est devenu homme parmi les hommes, et en tant qu'homme et à la fois Dieu, il fait le lien et la médiation entre ces deux réalités et il peut vraiment dire en toute vérité : je sais ce que vit ma créature, car moi, je suis moi aussi une créature. 

       Quand Jésus dit l'instant d'après : "Mes brebis me connaissent, elles m'obéissent", cela veut dire que du côté de la brebis, Dieu comme je le disais il y a un instant n'est pas uniquement un berger un peu lointain qui vient régir la situation du troupeau. Il n'est même pas non plus comme ces gens qui sont au-dessus de vous et qui vous écrasent de leur condescendance. Pourquoi la brebis écoute-t-elle le pasteur ? Parce qu'elle sait que le pasteur l'a accompagnée dans les ravins de la mort, non pas uniquement en tant que berger, mais aussi en tant que brebis. L'Incarnation fonde une même expérience entre le Fils de Dieu et chacune de nos expériences. Le Christ s'est incarné, c'et l'Agneau, il s'est immolé, et c'est ce que nous avons célébré le vendredi saint, et il est devenu le pasteur lors de sa Résurrection. 

       Aujourd'hui, alors que nous allons célébrer trois baptêmes, cela veut dire que Dieu a donné sa vie d'homme et de Dieu afin que ces enfants qui vont recevoir le baptême dans quelques minutes, revivent à la vie de Dieu. Le baptême c'est ce moment où Dieu affirme d'une manière claire et totale, qu'il accompagne ces enfants tout au long de leur vie, qu'il sera là pas uniquement parce qu'il est le berger, mais aussi parce qu'il a été cet agneau immolé et qu'il a vécu comme homme, toute la réalité de l'homme, et par sa divinité, il leur donne maintenant la grâce de devenir des agneaux du troupeau de Dieu. 

 

     AMEN 


 

 

 

 
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