AU FIL DES HOMELIES

Photos

ETRE APPELÉS

Ac 9, 12-22

(24 avril 1983???)

Homélie du Frère Serge JAUNET

M'aimes-tu ?

A

ppel de Saul sur le chemin de Damas, en plein midi, terrassé par une lumière dont il ne sait d'où elle vient. Appel de Pierre, à midi, après le repas préparé par Jésus Lui-même, sur la plage. Pierre bouleversé par un amour dont il ne sait, non plus d'où il vient, car la question : "M'aimes-tu ?" "M'aimes-tu ?" trois fois demandée ne peut être posée que par quelqu'un qui aime éperdument. Appel de Saul, appel de Pierre, appel de tant d'autres, de l'ancien Testament, du nouveau Testament, de l'Église d'hier et de l'Église d'aujourd'hui. Dimanche des appels, dimanche des vocations, depuis vingt ans. Le Pape Jean Paul II nous dit qu'il a la joie de célébrer ce dimanche du Bon Pasteur qui est en même temps le dimanche où l'on prie pour tous les pasteurs, ceux de demain surtout qui sont encore à naître, qui sont encore à venir, qui entendront, sur leur chemin de Damas ou sur la plage où ils auront laissé, leur barque, ce même appel d'amour, cette même lumière dont on ne peut dire d'où elle vient.

Ce qui est demandé à celui qui est appelé, ce n'est pas sa foi, ce n'est pas ce qu'il a compris du mystère de Dieu et du mystère de Jésus son Envoyé, ce n'est surtout pas quelles sont ses qualités humaines, son passé, sa psychologie, ses aptitudes. Absolument rien de tout cela dans tous les appels de Dieu, à travers l'Ancien Testament, dans tous les appels de Jésus à travers le Nouveau Testament et encore dans les appels de Jésus dans son Église d'hier comme dans son Église d'aujourd'hui. Seulement une chose, se laisser éblouir par la lumière qui apparaît, se laisser même aveugler par cette lumière, se laisser interroger au plus intime et au plus fragile de soi-même, se laisser interroger sur son propre amour, pour savoir à qui on le donne. "M'aimes-tu plus que ceux-ci ?"

Alors, c'est un changement radical. Ce qui est remarquable, dans toute vocation, celles d'hier comme celles d'aujourd'hui, c'est que la vie est changée, radicalement, que le cap n'est plus le même, comme c'est vrai pour Paul persécuteur devenu prédicateur, comme c'est vrai pour Pierre, pécheur et pécheur, sans vouloir jouer sur les mots, le pêcheur pécheur devenu berger du troupeau de son Seigneur. Nous allons prier, durant ce dimanche, et durant cette veille déjà, pour que des vocations, non pas nous soient données car elles sont données, mais pour que, encore aujourd'hui, des hommes et des femmes répondent à cet appel du Seigneur. Et cette journée, plus précisément est tournée vers la prière pour les vocations de prêtres, pour les vocations de berger pour le peuple du Seigneur, pour des vocations de témoin, des moines, des moniales, des religieux, des religieuses qui, par leur vie, par leur façon de vivre cette vie, et non pas par leur parole, nous disent qu'il est un ailleurs, qu'il est une autre lumière que celle avec laquelle on veut nous éblouir, qu'il est un autre amour, une autre façon d'aimer que celle que la société étale sous nos yeux chaque jour.

Non pas que les bergers du troupeau ou que les témoins privilégiés soient meilleurs que les autres. Mais vous le savez bien, c'est la loi même de la construction de l'Église cette loi même que Jésus a voulu. Il a commencé par appeler douze hommes, douze pauvres dont Il a fait ses apôtres. Ensuite la communauté a pu se construire, alors ensuite, les murs de l'Église ont pu monter jusqu'à la pierre d'angle sur laquelle, à jamais, ils s'appuient. Aujourd'hui encore, si nous voulons que l'Église continue de vivre, c'est-à-dire que le corps même du Christ soit présent dans ce monde, il faut d'abord qu'il y ait ces colonnes, ces pauvres colonnes, qui ont accepté, sans savoir pourquoi, ce choix du Seigneur comme colonnes dans son Église. Nous allons prier, nous allons demander que ceux qui sont appelés puissent répondre, que ceux qui voient cette lumière acceptent d'être éblouis, acceptent d'être aveuglés, acceptent d'être désarçonnés de leurs certitudes, acceptent de tomber du cheval sur lequel ils sont montés en s'en allant courir je ne sais où et chercher je ne sais quelle victoire, pour que ceux qui entendront, au plus intime du cœur cette question : "M'aimes-tu plus que ceux-ci ?" pour que ceux qui l'entendront l'acceptent.

Mais si vous le voulez, en cette vigile, avant de mendier, avant de quémander, et nous devons le faire, nous allons bénir, nous allons louer le Seigneur pour tous ceux qui, déjà, dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau, dans l'histoire de l'Église d'hier comme dans celle de l'Église d'aujourd'hui, ont accepté de dire "oui", ont accepté de suivre, une première fois, une seconde fois peut-être comme Pierre, et je le rappelais dimanche dernier, car pour lui c'est le second appel, pour ceux qui ont accepté d'être berger du peuple, d'être témoin. Si nous sommes, ce soir, dans cette église, c'est que, les uns et les autres, et il y aurait tant de beaux témoignages à partager, un jour sur notre route, dans nos lectures, dans nos rencontres, nous avons vu sur le visage d'un homme, d'une femme, d'un prêtre, d'une moniale, je ne sais, cette lumière qui vient d'ailleurs. Nous avons compris, dans la vie d'un de ces témoins de Dieu que nous avons rencontré, qu'il est un amour encore plus grand, encore plus beau et plus fort que tous nos amours de la terre qui sont déjà merveilleux.

Que ce Te Deum, cette grande prière de l'Église que nous allons chanter, nous la chantions en ce début du dimanche du bon pasteur qui veut encore appeler des pasteurs pour son Église, que nous chantions ce Te Deum à la louange de Dieu qui a appelé mais aussi, si vous le voulez, à la louange de ceux qui ont répondu : "C'est Toi que les apôtres proclament par toute la terre", les apôtres d'hier, c'est vrai, mais encore les apôtres d'aujourd'hui, "Toi qu'à travers les siècles ont annoncé les prophètes ", ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui, "Toi dont témoigne l'éclatante armée des martyrs", et elle n'est pas d'hier seulement, elle est encore d'aujourd'hui, "Toi que la Sainte Église confesse à travers tout l'univers", sainte Église d'aujourd'hui encore.

Alors, demain, au matin, la nuit passée dans la louange, nous pourrons supplier à genoux, pour que les prêtres nous soient donnés, pour que des témoins soient donnés à ce monde d'aujourd'hui qui, d'ailleurs, n'attend que cela, sans savoir le dire.

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public