AU FIL DES HOMELIES

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PASTEUR ET AGNEAU, SOUFFRANT ET RESSUSCITÉ

Ac 13, 14+13, 52 ; Ap 7, 9+14 b-17 ; Jn 10, 27-30
Quatrième dimanche de Pâques - année C (27 avril 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

"Les brebis entendent ma voix, je les connais et elles me suivent et personne ne pourra les arracher de ma main." En ce dimanche du bon pasteur, l'Église nous tourne vers Jésus qui est le berger de nos âmes, le berger de nos cœurs et de nos corps. Cette image du bon pasteur évoque pour nous aussitôt la parabole de la brebis perdue que le berger est allé chercher à travers les ravins et les collines, et qu'il rapporte tout joyeux sur ses épaules, quand il l'a retrouvée. Et cette image du bon pasteur évoque aussi pour nous le texte du prophète Ezéchiel où le Seigneur déclare : "Je serai moi-même le berger de mon troupeau, c'est moi qui le guiderai vers les pâturages et c'est moi qui le ferai reposer. La brebis qui est perdue, je la chercherai, et la brebis qui est blessée, je la panserai, et la brebis qui est malade, je la guérirai, et la brebis qui est bien portante, je la garderai dans la paix" .

Cette image du Christ berger, c'est l'image de la miséricorde de Dieu, Dieu vient au secours de l'homme dans toutes ses peines, dans son péché et aussi dans sa souffrance, Et cette recherche du bonheur, cette recherche d'une libération du mal, que ce mal soit celui qui ronge notre cœur comme le péché ou le désespoir ou celui que nous portons dans notre corps, comme la maladie ou comme la mort, cette recherche du bonheur, tous les hommes en ont le pressentiment, tous les hommes ont désiré une source de vie, quelqu'un qui puisse les délivrer du mal. Toutes les religions ont essayé d'apporter à l'homme une solution dans sa souffrance.

Mais ce que Jésus, notre Sauveur, est seul à proposer, c'est non pas la suppression plus ou moins miraculeuse de la souffrance ou de la maladie (et certes le Christ a guéri des malades), mais plus profondément de donner un sens à la souffrance humaine. Et pour cela le Christ n'a pas simplement agi avec sa toute puissance divine pour venir, comme de l'extérieur, apporter un soulagement, mais encore Il a voulu pénétrer jusqu'au cœur de nos souffrances, de nos peines, de nos maladies et même de notre mort, pour apporter une lumière. Le Christ ne s'est pas contenté de prendre soin de ses brebis, de se pencher sur les brebis malades et les brebis blessées ; Il ne s'est pas contenté d'aller à la recherche des brebis égarées. Il s'est fait lui-même l'Agneau, agneau parmi les brebis ; Il s'est mis au nombre de ses brebis souffrantes, de ses brebis perdues, de ses brebis malades. Le Christ, nous dit l'évangile de saint Matthieu, a pris sur Lui toutes nos infirmités. Oui, le Christ a connu la faim, la souffrance et la mort. Le Christ a voulu partager avec nous ce qui, dans la condition humaine, était le plus lourd à porter et quelquefois le plus intolérable. Il vient au plus profond de notre cœur, vivre avec nous notre souffrance, nos maladies, vivre avec nous toute cette dureté de la vie, toute cette difficulté de vivre que d'une manière ou d'une autre, frères, nous connaissons tous ; car ceux qui sont bien portants la connaissent aussi, sinon toujours dans la maladie de leurs corps, mais bien souvent dans la souffrance de leurs cœurs.

Le Christ est venu partager cette souffrance, non pour la supprimer mais pour nous apprendre à la vivre avec Lui et la vivre comme Lui. Car, si Jésus s'est fait souffrant avec ceux qui souffrent, c'est par amour pour chacun, un amour personnel dans chacune de nos difficultés et de nos maladies. Oui, Jésus nous aime et Il veut par amour vivre avec nous notre souffrance, pour nous apprendre à vivre nous aussi notre souffrance par amour. Car voilà ce que le Christ est le seul à dire aux hommes, ce qu'Il est seul à apporter dans toute l'histoire de la terre : c'est que la souffrance, qu'il faut certes par tous les moyens s'efforcer de guérir, même quand elle ne peut pas être dépassée et supprimée, n'est pas seulement quelque chose de négatif. Elle prend un sens, une valeur, une dimension immense, parce que nous pouvons, dans notre corps ou notre cœur, souffrir par amour, nous pouvons, avec amour, porter cette souffrance qui à certains moments nous accable et nous écrase, nous pouvons vivre avec le Christ sa propre croix car Il a vécu nos souffrances pour nous sauver, pour sauver tous les hommes de leur malheur. Il est venu pour nous donner la vraie vie, pas seulement la vie du corps, mais la vie du cœur, pour nous apprendre à aimer, car seul l'amour nous permet de vivre vraiment. Et voilà que le Christ, en souffrant avec nous, nous apprend à souffrir avec Lui et nous apprend à donner à notre souffrance et notre maladie, un sens d'amour. Tel est le message de ce berger qui ne s'est pas contenté de guider son troupeau, mais qui s'est fait un Agneau au milieu du troupeau et Agneau immolé, un Agneau offert en sacrifice.

Frères et Sœurs, la présence parmi nous de nos frères malades ou handicapés est aujourd'hui un rappel de cette présence du Christ souffrant. Car le Christ ne cesse pas de souffrir dans le cœur et le corps de chacun d'entre nous, jusqu'à la fin du monde. Il nous l'a dit : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde." Je suis avec vous, non simplement dans ce qui vous donne force et joie, mais aussi dans les choses les plus douloureuses et les plus secrètement déchirantes. Et vous, frères malades, vous êtes parmi nous le témoignage de cet amour du Christ qui peut donner sens à vos souffrances et donner sens aussi à toutes les souffrances connues ou cachées de vos frères.

Et ce sacrifice que nous allons offrir, ce pain et ce vin qui vont devenir le corps et le sang du Christ, c'est le sacrifice du Christ offert, c'est son corps livré, broyé, brisé, et son sang versé. Nous allons communier à la mort au Christ, et à travers la signification d'amour de cette mort, nous allons communier aussi sa vie, parce que la vie est plus forte que la mort et c'est cela que signifient Pâques et notre foi en la Résurrection.

Frères et sœurs, buvons à cette source, laissons-nous remplir, malgré nos difficultés et toutes nos souffrances, par cet amour du Christ qui seul peut sauver le monde.

 

AMEN

 
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