AU FIL DES HOMELIES

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LA PORTE OUVERTE SUR LE ROYAUME

Ac 2, 14+16-41 ; 1 P 2, 20-25 ; Jn 10, 1-10
Quatrième dimanche de Pâques - année A (10 mai 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Voici un évangile trop bien connu pour être bien compris. Jésus dit de Lui-même : "Je suis la Porte". Oui, la porte est d'abord faite pour être fermée, fermée sur soi, sur sa famille, sur ceux qu'on aime afin qu'ils puissent vivre protégés et en sécurité. Car il y a des brigands et des pillards, il y a les faux bergers qui cherchent à disperser le troupeau, les voleurs qui viennent pour détruire et égorger, selon les mots mêmes du Seigneur. Et ceux-ci se reconnaissent à deux signes : le premier c'est qu'ils n'entrent pas par la porte, mais par effraction. Le second c'est que les brebis ne les suivent pas, car dans leur voix, elles ne reconnaissent pas la voix de leur pasteur. Quand Jésus dit : "Je suis la Porte", Il se pose en face des ces brigands, de ces pillards, de ces faux gardiens visant les chefs des pharisiens, les chefs du mouvement zélote, tous ces faux messies de son temps, comme aussi les membres de la famille royale d'Hérode et de ses fils qui régnaient sur le peuple d'Israël. Ce sont d'abord eux que le Seigneur vise, car ils parlent en leur propre nom, ils cherchent leur propre gloire. Leur doctrine ne vient pas de Dieu, comme le dit saint Jean, ils ne se rendent témoignage qu'à eux-mêmes. Et nous savons par la Parole de Jésus que ce témoignage ne vaut pas. Et c'est en cela qu'ils sont entrés par effraction. Ils sont venus pour récupérer le peuple, et non pas pour son bien. Ils sont venus utiliser le peuple pour leurs idées politiques et religieuses. Ils sont venus et ils ont dispersé le peuple, les brebis, c'est-à-dire les disciples n'ont pas écouté leur voix.

Mais cette parole de l'évangile liée à cette circonstance précise que je viens de rappeler est tout aussi vraie pour aujourd'hui, car les paroles de Jésus ne sont pas vraies à une époque et fausses à une autre. Lorsque Jésus dit : "Je suis la Porte", cela veut dire aujourd'hui quelque chose d'identique pour nous, car il y a encore des pillards, des brigands, des faux pasteurs, des mauvais guides qui entraînent les brebis, le peuple de Dieu dans la division et dans l'erreur. Ils parlent ou ils écrivent en leur nom propre. Ils veulent rassembler non pas autour de Dieu, mais autour d'eux quelques disciples. Cela a existé en tous temps dans l'Église, nous le savons bien. C'est ainsi qu'ont commencé les schismes, les hérésies qui ont si souvent troublé et divisé le troupeau unique du pasteur unique. Ces guides sont à l'intérieur du troupeau et de la bergerie, mais ils sont à l'intérieur parfois parce qu'ils y sont rentrés par effraction. Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que leur message, la compréhension de l'Écriture, leur analyse du mystère de Dieu, leurs propositions quant-à l'agir chrétien, à ses valeurs ou à ses exigences, ne sont plus authentiquement et totalement fondées sur la révélation de Dieu telle qu'Il l'a donnée depuis les premiers jours de l'histoire du salut. Il y a une division, une rupture, comme une fracture entre la Parole de Dieu et la leur. C'est en cela qu'ils sont entrés dans la bergerie par effraction, en cassant quelque chose que nous avons reçu de Dieu et que nous devons garder intact. Pour ces pasteurs, ces guides, ces prophètes, saint Augustin a ce mot terrible : "Ce sont des pasteurs qui sont morts", car ils ont engagé le troupeau dans la division et dans l'erreur. Et ces paroles de Dieu transmises par le prophète Zacharie ou Jérémie ont encore de l'actualité : "Où est le troupeau qui te fut confié ?" Ils ne cherchent plus le Seigneur et le troupeau s'est dispersé, le peuple s'est mis à errer. Comme nous savons bien qu'aujourd'hui, le peuple erre parfois !

Si je vous dis cela en commentant l'évangile de ce jour, c'est pour qu'ensemble et personnellement, nous croyions que Jésus-Christ, le Fils de Dieu est la porte que nous devons fermer sur nous-mêmes, non pas par crainte de je ne sais évolution, ou par peur stupide de ce qu'il est convenu d'appeler le progrès, mais simplement pour repousser toute tentation, toute séduction de l'erreur, pour fermer la porte aux faux pasteurs qui entrent dans la bergerie de la foi par ce genre d'effraction à la Parole et à la révélation pour accomplir l'ordre exprès la prière ultime du Seigneur : "Qu'ils soient un". L'apôtre Pierre écrit aux chrétiens : "Je vous exhorte, frères, soyez bien d'accord entre vous, ne supportez aucune division". Et saint Augustin écrit : "C'est cette voix unique que les brebis doivent suivre, car c'est la voix du Pasteur unique qui seul est capable des les rassembler." Il serait dommage frères et sœurs, qu'aujourd'hui, par notre ignorance, par une mauvaise connaissance de la foi, nous soyons attirés par ces multiples voix dont saint Paul disait qu'elles nous tournent vers les fables. Il serait dommage qu'ainsi nous nous agrégions à des troupeaux étrangers. C'est une forte invitation pour chacun d'entre nous à prendre le temps de réfléchir à sa foi, de l'approfondir et de la connaître, afin d'en rendre compte quand il le faut, c'est une invitation pressante pour nous pasteurs, à être extrêmement vigilants à propos de cette multitude de voix qui se font entendre.

Je vous dis cela pour que personnellement et ensemble, nous croyions que Jésus est la Porte, qui n'est pas simplement faite pour être fermée et garder l'unité et la paix du troupeau, porte qui est destinée à être ouverte pour permettre le passage des brebis et du pasteur, pour permettre ce mouvement de sortie et de rentrée, d'aller et de venue, qui est le signe de la condition de liberté. "Si vous gardez ma Parole, dit Jésus, donc si vous fermez vos oreilles à d'autre paroles, vous serez mes disciples, et vous connaîtrez la Vérité. Je suis la Vérité, et la Vérité vous rendra libres." Libres de quoi ? Non pas de choisir les évènements du monde ou de l'histoire, non pas d'intervenir sur les déterminismes de notre société, de la maladie, des soucis, de la mort, non pas non plus, libres comme l'oiseau qui s'envole parce que la porte de la cage est ouverte, cette liberté elle n'est faite que pour les oiseaux. Non pas libres de quelque chose, mais libres avec Quelqu'un. Car cette porte qui permet le passage ouvre sur un chemin qui est celui de la rencontre avec Dieu.

Quand Jésus dit : "Je suis la Porte", cela veut dire : Je suis la Porte ouverte sur le Royaume. Nous-mêmes lorsque dans notre vie chrétienne toute simple, toute quotidienne, nous croyons en cette Parole, que nous essayons de la pratiquer et de la vivre, lorsque nous accomplissons au mieux de notre cœur et de nos possibilités humaines ce commandement de l'amour et de l'unité, lorsque nous prions, que nous partageons, nous entrons par la porte qu'est le Christ dans le Royaume de Dieu. Et si nous entrons, alors nous y sommes. La porte est ouverte chaque jour de notre vie et pour tout homme qui veuille bien y entrer. Elle est ouverte depuis ce jour où le Christ et entré dans le monde de notre chair et qu'Il en est sorti, emportant notre chair dans la Gloire de Dieu depuis cette Pâque, ce passage qu'Il a ouvert pour nous. Cette porte est ouverte sur le Royaume depuis que chacun d'entre nous est sorti de l'ombre du péché et de l'ignorance pour entrer dans la lumière et la connaissance et de la vie par le baptême lorsque la Pâque de Jésus, son passage s'est accompli en nous. Oui, frères et sœurs, quand le Christ Jésus dit "Je suis la Porte", Il est pour nous ce passage quotidien de ce monde au Royaume de Dieu : la porte ouverte sur le Royaume ? Alors, il peut nous redire en toute assurance, quels que soient l'histoire, les évènements du monde, et les régimes politiques, il peut nous redire, et nous devons écouter avec confiance cette parole : "Ne crains pas petit troupeau, car il a plu à ton Père de te donner le Royaume. Celui qui entrera et sortira par moi sera libre, il sera sauvé et trouvera son pâturage." J'aime ce mot du pape Grégoire le Grand commentant cet évangile : "Le pâturage des élus, c'est le Visage de Dieu".

Frères et sœurs, qui que nous soyons, jeune ou plus âgé, malade, handicapé ou bien portant, que nous soyons d'une option ou d'une autre, ce n'est pas cela qui fait l'histoire, ni le Royaume. Mais ce qui fait le Royaume c'est que tous ensemble, nous soyons comme les brebis d'un seul troupeau, nous puissions, nous repassions, nous entrions, nous sortions, dans cette liberté, par la porte qu'est le Christ qui nous ouvre le Royaume. "Le pâturage des élus, c'est le Visage du Christ". Ce visage de Dieu nous est révélé dans l'Écriture, telle que l'Église nous la transmet, cette Écriture que le Christ n'est pas venu abolir mais accomplir. Le visage de Dieu se révèle lorsque nous célébrons ce passage, cette Pâque, lorsque nous passons cette Porte, lorsque nous nous nourrissons du pain et du vin, corps et sang que le Pasteur a donnés pour que sur ce pâturage du visage de Dieu nous ayons la vie en abondance.

 

AMEN

 
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