AU FIL DES HOMELIES

Photos

JÉSUS, IMMOLÉ COMME AGNEAU, RESSUSCITÉ COMME PASTEUR

Ac 13, 14+13, 52 ; Ap 7, 9+14 b-17 ; Jn 10, 27-30
Quatrième dimanche de Pâques - année C (24 avril 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

Frères et sœurs, nous avons célébré la Pâque de l'Agneau immolé. Nous avons célébré la Pâque de Celui qui comme un agneau, a été conduit a l'abattoir par des pasteurs "incapables de comprendre", comme le disait le prophète Isaïe, et qui sont devenus, au milieu du peuple de Dieu, des mercenaires dispersant le troupeau au lieu de le guider et de le rassembler. Nous ayons célébré la Pâque de l'Agneau qui ouvre un chemin de vie et de délivrance, vie et délivrance, déjà inscrites et annoncées dans cet Agneau pascal que les hébreux avaient partagé au cours d'un repas nocturne et qui leur ouvrait le chemin de la libération de l'Égypte vers la vie de la terre promise. Nous avons célébré la Pâque de l'Agneau qui est devenu notre flambeau, lumière qui éclaire tout homme venant dans ce monde, lumière destinée à réjouir toutes les nations. Nous avons célébré la Pâque de Celui qui la veille de sa mort, a livré son corps comme nourriture, et son sang comme boisson pour la vie du monde, puis qui fut conduit à la mort. Nous avons célébré la Pâque de l'Agneau qui siégeant au milieu du trône et rassemblant autour de Lui ceux qui ont lavé leurs vêtements dans son sang, foule immense de témoins. Et nous avons chanté le Cantique de l'Agneau : "Grandes, merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Agneau immolé, Agneau égorgé, qui as reçu Puissance, honneur et Gloire". C'était cela, frères et sœurs, notre célébration de la vigile pascale dont nous voyons encore aujourd'hui les signes : le cierge de la lumière et l'eau baptismale de la vie.

Aujourd'hui l'Agneau se présente à nous comme pasteur : " Je suis le Pasteur, je suis le Berger". C'est l'Apocalypse de Saint Jean qui nous présente l'Agneau siégeant au milieu du trône qui devient le pasteur pour conduire des brebis vers les eaux vives. L'auteur de l'épître aux Hébreux désigne Jésus comme "Celui qui fut ramené par Dieu du séjour des morts, par le sang de l'Alliance éternelle afin qu'Il devienne le grand Pasteur des brebis, accomplissant ainsi la prophétie de Zacharie :"Je susciterai, dit Dieu, un pasteur dans le pays". Je susciterai, Jésus ressuscité, il est le pasteur annoncé et lui, l'Agneau qui sert la communion et le salut. Oui l'Agneau de la Pâque, qui est mort, en sa Résurrection devient pasteur. Agneau, Il a traversé le ravin de la mort, comme nous le dit le Psaume 22. Ressuscité, Il devient Pasteur pour nous conduire sur le chemin de la vie. Agneau, Il s'est laissé conduire librement à l'abattoir. Pasteur, Il nous conduit dans la liberté vers la Résurrection et vers la vie, ces pâturages d'herbe grasse où nous pourrons trouver repos et nourriture. Agneau, Il était silencieux, muet, son silence engendre maintenant la Parole du pasteur, cette Parole qui est notre nourriture quotidienne, le pain de chaque jour, afin que nous puissions vivre de sa vie. Jésus Agneau, Jésus pasteur, c'est bien le même Jésus Rédempteur et Jésus Sauveur.

Saint Jean, dans le bref évangile que nous venons d'entendre, nous présente ce pasteur sous trois traits particuliers et très significatifs, et en même temps ces trois traits du visage du Pasteur trouvent un écho immédiat, un reflet, j'allais dire un répondant dans le visage du troupeau, dans le visage de chaque brebis Jésus dit de Lui-même : "Je connais mes brebis et elles m'écoutent". La connaissance que Jésus a de nous n'est pas une connaissance abstraite ou intellectuelle, d'abord c'est une connaissance bien antérieure à notre propre existence : "Dès avant la fondation du monde, je les avais discernés". Rappelez-vous ces paroles du début : "Dieu dit, et cela est". Si nous existons, c'est parce que Dieu nous connaît, il a voulu tisser avec nous les liens qui nous font exister, liens de vie et de mort. Comme le disait un personnage de Paul Claudel, dans le Soulier de satin : "l'amour par lequel je t'aime est celui-là même qui te fait exister". La connaissance de Dieu, c'est cet amour qu'Il a de nous et qui nous fait immédiatement exister, tout entiers, avec notre être, notre intelligence, notre âme, notre cœur et notre-chair. Cette connaissance, comme toute connaissance, appelle la réciprocité, l'écoute : "Je connais mes brebis et elles m'écoutent".

L'écoute des brebis, ce n'est pas là non plus une simple audition extérieure, un simple enregistrement facultatif ou superficiel du message de Jésus, ou de ses paradis, car Jésus le dit Lui-même : "celui qui m'écoute et qui croit", l'écoute des brebis c'est leur foi, c'est le fait d'établir toutes leurs raisons de vivre dans la présence de Jésus qui les connaît, établir cette réciprocité de connaissance dans un dialogue incessant, et le dialogue est toujours fait avec quelqu'un auquel nous croyons, quelqu'un que nous voulons connaître et qui veut lui-même nous connaître, parce que déjà il croit en nous. Jésus pasteur nous connaît, et si nous voulons être de ses brebis, il faut l'écouter, il faut laisser pénétrer en nous cette connaissance qui nous révèle nous-mêmes, tout en nous révélant le visage de Dieu et sa présence au milieu de nous, comme pasteur.

Puis le deuxième trait du Christ : comme pasteur qui rejaillit aussi sur les brebis, c'est qu'il donne sa vie, et une vie éternelle. C'est le mystère de Pâque que je rappelais tout à l'heure : "Je suis venu pour que mes brebis aient la vie et qu'elles l'aient en abondance". Alors parce que les brebis reconnaissent en Lui la source de leur vie, elles le suivent : "Mes brebis me suivent et je leur donne la Vie éternelle". Et rappelez-vous, cette profession de foi de Pierre : "A qui irions-nous Seigneur, tu as les Paroles de la vie éternelle". A qui irions-nous ? Tu es le berger. Avec toi rien ne saurait nous manquer, non pas les choses matérielles, celles de la terre, mais des choses du ciel, de l'existence même et de la vie, car si le pasteur est source de vie, Il est aussi le chemin et parce qu'Il est chemin vers la vie éternelle, les brebis ont accepté de le suivre, elles trouvent en Lui le don permanent de cette vie éternelle. L'Apocalypse de saint Jean dit encore : "Les compagnons de l'Agneau le suivent partout où Il va". Les compagnons de l'Agneau, les compagnons du pasteur, ce sont ses brebis, celles qui ont reconnu qu'Il les connaît, qui écoutent sa voix, qui le suivent, et obtiennent de lui la vie éternelle.

Et il y a un troisième trait que trace Jésus de Lui-même, comme pasteur : "Nul n'arrachera de sa main ses brebis, les brebis ne périront jamais". Le Christ est vie, le Christ est chemin, le Christ pasteur, Il est vérité. Lorsque le Christ nous a saisis, ou plutôt lorsque nous-mêmes nous avons accepté d'entrer dans ce chemin de vie, nous connaissons la vérité, et la vérité nous rend libres. Et cette liberté est joie, et cette joie nul ne pourra jamais nous la ravir. Le Christ dans sa Pâque, le Christ Agneau immolé, le Christ pasteur, le Christ est la vérité, vérité de Dieu, vérité de l'homme, et désormais aucune force de mensonges, aucune erreur, aucune fausseté aucun mal, aucune mort ne pourra arracher les brebis attachées au pasteur, et ainsi, à cause de Lui, parce qu'Il est cette vérité qui s'impose et qui est victorieuse de toute erreur, et de tout mensonge, les brebis ne périront jamais. Et même si elles connaissent encore quelques écarts, ou quelques maladies, il y a en elles cette force radicale de la présence du pasteur, car la croix du Christ, la croix de l'Agneau immolé sur laquelle Il a été crucifié, est devenue le bâton, la houlette autour de laquelle le troupeau se rassemble, il trouve son réconfort, sa force, sa vie, son chemin et sa vérité. Voilà, frères et sœurs pourquoi nous célébrons Jésus, bon pasteur, pasteur ressuscité après avoir été Agneau immolé, pasteur ressuscité qui veut que dans le visage et dans la vie de ses disciples, de ses brebis, se reflète ce qu'Il est Lui-même comme pasteur. Il les connaît, nous avons à l'écouter. Il nous donne la vie éternelle, nous n'avons rien d'autre à faire, qu'à le suivre. Nul ne nous arrachera de sa main et nous ne périrons jamais.

Cette image du pasteur n'est pas seulement symbolique, elle n'est pas une façon un peu écologique de parler de théologie et de spiritualité. C'est quelque chose de plus profond. Pasteur, c'est un des titres du Christ, peut-être pas directement un titre de gloire comme celui de Seigneur ou de Messie, mais un titre de service, comme celui de Serviteur, c'est une charge, et cet aspect du Christ pasteur est tellement important qu'Il a voulu qu'aujourd'hui encore dans son Église, le signe soit rendu visible, reconnaissable, efficace pour le troupeau à travers les pasteurs que Lui-même choisit pour être au milieu de son peuple, de nombreux pasteurs, visages multipliés de l'unique pasteur.

Vous savez que, traditionnellement ce dimanche est consacré à la prière et à la réflexion au sujet des vocations. Au milieu de son peuple, le Seigneur est présent de façon visible, de façon audible, de façon efficace par le visage, par la personne, par les gestes par la parole de ceux qui sont pasteurs, tout en restant brebis. Cela est si important que le Christ comme pasteur, à travers cette immédiateté visible, continue aujourd'hui d'enseigner son peuple par la parole que les prêtres doivent enseigner et proclamer au cœur même de l'assemblée que le Christ seul réunit. Le Christ continue de sanctifier son troupeau, de Lui donner sa vie éternelle sur le chemin que lui-même trace. Lorsque les prêtres célèbrent, pour vous, les sacrements de l'Alliance, le Christ nous donne de façon efficace son salut, sa Rédemption, sa vie éternelle. Le Christ Jésus veut encore aujourd'hui gouverner son peuple à travers ses multiples pasteurs pour qu'aucune brebis ne soit arrachée de sa main, pour que la vérité continue d'être affirmée, afin que les hommes qu'Il veut sauver ne périssent pas. Gouverner l'Église, c'est la garder dans la vérité, c'est lui garder sa vérité, faire en sorte que son institution ne serve que la vérité, afin que dans le monde, le mal ne soit jamais vainqueur. Au cœur du troupeau et pour ce troupeau, les prêtres, les pasteurs d'aujourd'hui, enseignent, sanctifient et gouvernent, manifestant ainsi la présence immédiate, la présence imminente, la présence éternelle de Jésus comme pasteur du troupeau. Frères et sœurs, aujourd'hui nous allons célébrer une fois encore les noces de l'Agneau, nous allons partager le corps livré et le sang versé. C'est le pasteur Lui-même qui nous sert sa propre vie, sa vie d'Agneau donné, toute la gloire de Dieu et le salut du monde. Il va vous le servir à travers le ministère des pasteurs qu'Il a Lui-même choisis pour continuer d'exercer cette charge.

Au cours de cette eucharistie, et tous ces jours-ci, nous prierons pour que nous puissions toujours croire qu'une Église sans pasteurs ne serait plus l'Église du bon pasteur. Nous prierons pour que nous puissions être suffisamment attentifs aux appels du berger qui ne cesse d'inviter des hommes à être au milieu de son peuple, signes de sa présence comme pasteur. Nous prierons aussi pour que nos craintes, nos inquiétudes, notre esprit de critique vis-à-vis de l'Église et de ses prêtres ne dépassent jamais plus notre espérance et nos espoirs. Et nous prierons pour qu'au cœur de notre communauté paroissiale comme signe de la présence féconde du pasteur unique au milieu de nous, vous puissiez bientôt être servis au repas des noces de l'Agneau par des jeunes qui auront répondu à cet appel et qui, tout en restant brebis, accepteront au nom du pasteur unique d'être vos pasteurs de demain.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public