AU FIL DES HOMELIES

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REPRODUIRE LES TRAITS DE L'UNIQUE PASTEUR

Ac 2, 14+16-41 ; 1 P 2, 20-25 ; Jn 10, 1-10
Quatrième dimanche de Pâques - année A (13 mai 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Actes 2, 14 a+36-41??? ; I Pierre 2, 20 b-25 ; Jean  10, 1-10

En ce quatrième dimanche de Pâques qu'on appelle le dimanche du Bon Pasteur, nous venons de lire cette admirable page d'évangile où le Christ Lui-même se présente sous le visage de celui qui rassemble les brebis et qui les fait paître. Et c'est pour cette même raison que l'Église, en ce jour a fixé la journée des vocations, et plus spécialement des vocations sacerdotales et religieuses. Aussi bien voudrais-je aujourd'hui, vous dire quelques mots de cette figure du "pasteur" telle qu'elle peut s'appliquer à ceux qui ont reçu de Dieu et du Christ la vocation d'être les prêtres de son Église.

Mais je voudrais d'abord vous faire deux remarques préliminaires afin de bien situer ce dont nous allons parler. La première remarque c'est que, à lire cet évangile, et il nous faut rester fidèle à son enseignement, il y a en réalité qu'un seul pasteur, un seul berger. L'unique pasteur de l'Église chargé de conduire l'humanité vers le salut c'est le Christ Jésus Lui-même, Dieu fait Homme. Et si, par conséquent on parle de vocations pastorales pour désigner la vocation des prêtres, comme aussi bien celle des évêques, voire celle du pape, cela ne peut être que par participation à la fonction propre de Jésus-Christ, seul et unique pasteur. On ne peut parler de pasteurs pour désigner les ministres de l'Église que dans la mesure où ils sont les instruments dont le Christ Jésus se sert pour exercer son rôle, sa mission, sa fonction pastorale dans l'Église. Le Christ, retourné auprès du Père par le mystère de sa Résurrection, est désormais invisible sur la terre, et c'est pourquoi Il utilise, comme prolongements visibles de sa présence et de sa mission, ces hommes dont Il se sert pour réaliser, à travers eux, la fonction de pasteur qui est la sienne, et qui demeure la sienne de manière essentielle et exclusive.

La deuxième remarque, c'est qu'il arrive bien souvent qu'une certaine majoration du rôle ou plus encore de la dignité du sacerdoce ministériel conduit à recevoir tout ce qui touche aux prêtres comme une supériorité par rapport aux autres chrétiens. Et l'on prendra ces termes de pasteur, de berger, de fonction pastorale comme s'ils établissaient ceux qui sont investis d'une telle fonction dans un niveau surélevé. En réalité, le Christ l'a dit clairement en ce qui concerne sa propre mission, et à plus forte raison en ce qui concerne la mission de ceux qu'Il délègue à sa place pour être ses instruments, la fonction pastorale est un service. "Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. Que le premier d'entre vous se fasse serviteurs de tous" (Matthieu 20, 26-28). Etre le berger du troupeau, ce n'est pas être le propriétaire du troupeau, c'est être au service du troupeau pour le guider, pour le nourrir, pour le garder, le faire vivre. Et s'il y a une nuance d'autorité dans la fonction pastorale du berger c'est l'occasion, ici encore, de nous souvenir que l'autorité n'est pas une domination, une manière de posséder des subordonnés, mais que l'autorité est elle aussi, d'abord un service, le service de la communauté à laquelle on doit apporter lumière et vie. Serviteurs donc, ils le sont comme instruments du Christ, unique pasteur, les prêtres, les évêques, le pape.

Je voudrais maintenant, à partir de cet évangile, souligner trois caractéristiques essentielle de cette fonction pastorale que le Christ délègue ainsi à ses serviteurs, prêtres et évêques. Tout d'abord, il nous dit dans l'évangile que le berger fait sortir ses brebis une par une, et qu'Il les appelle par leur nom, et qu'elles connaissent sa voix. Et dans les versets suivants que nous lirons un jour prochain de cette semaine, Jésus précise encore : "Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent". Il y a là quelque chose de fondamental : être appelé à cette fonction de pasteur, c'est d'abord être appelé à une relation personnelle avec chacun des membres de la communauté. Le pasteur n'est pas chargé globalement d'un peuple, de l'ensemble de ceux qui le constituent, il n'est pas d'abord chargé d'un objectif à atteindre et qu'il faudrait poursuivre coûte que coûte, même si pour cela, on doit chemin faisant, laisser sur le bord de la route un certain nombre d'individus abandonnés parce qu'ils n'ont pas pu suivre le rythme des autres. Le pasteur a le souci de chacun des brebis, de chacun des membres de la communauté, et un souci qui est fondé sur une connaissance personnelle et intime de chacun. Cela d'ailleurs quels que soient les dons personnels que tel ou tel prêtre peut avoir, car nous sommes inégalement doués pour les relations humaines.

En vérité, cette connaissance de chacun ne peut relever que d'une grâce toute particulière venant de Dieu, car Dieu seul est capable de connaître réellement chacun des hommes qui constituent son Église, son peuple. Dieu seul est capable de connaître et d'aimer comme s'il était unique au monde, chacun et tous ceux qui constituent l'humanité, cette humanité est son Épouse, qui est sa chair, celle qu'il veut introduire dans son intimité la plus profonde et sa joie la plus parfaite. C'est donc Dieu seul qui peut, par pure grâce, donner à ceux qui sont ses instruments, cette connaissance profonde, réelle personnelle, unique de chacun de ceux à qui ils sont envoyés. Le prêtre peut très bien avoir des relations amicales, plus étroites avec tel ou tel, mais c'est en tant que frère, en tant qu'il est lui-même membre de la communauté un baptisé parmi les autres. Mais en tant que prêtre, il est donné à tous et à chacun selon une relation unique qui n'est pas de l'ordre des relations humaines, mais de l'ordre de la mission que Dieu lui donne.

Le deuxième trait que cet évangile souligne, dans les toutes dernières phrases que nous venons de lire, c'est que le pasteur est là pour donner la vie aux brebis et pour la leur donner en abondance. Être pasteur, c'est être source de vie, ou plus exactement c'est être le moyen par lequel parvient à chacun cette source de vie qui jaillit du cœur même de Dieu. Le Pasteur est ministre de la vie. Ce n'est pas quelqu'un qui a à donner des conseils, des paroles humaines, ce n'est pas quelqu'un qui est chargé de propager telle ou telle opinion, mais qui est chargé de mettre tous ses frères en contact immédiat avec la source réelle de la vie. C'est pourquoi le pasteur est celui qui a la charge de ces ressources de la vie que sont les sacrements donnés par le Christ à son Église. Le sacrement de baptême qui est celui de la naissance à la vie, de ce sein maternel de l'Église dans lequel naissent de nouveaux enfants de Dieu. Le sacrement de l'eucharistie qui est celui de la vie sans cesse communiquée et renouvelée, de cette vie palpitante qui vient directement de la Pâque du Christ, de sa Passion et de sa Résurrection. Le sacrement de pénitence où est rendue la vie à ceux qui sont morts ou malades parce qu'ils ont laissé par le péché s'étioler en eux cette vitalité et ce dynamisme divins. Le sacrement de l'onction des malades où c'est jusqu'à la vie du corps que descendent la miséricorde et la tendresse de Dieu. Tous les sacrements, quels qu'ils soient, sont don de vie. Et c'est pourquoi le prêtre est d'abord serviteur des sacrements, non pas pour être simplement le distributeur ou un fonctionnaire de l'ordre sacramental, mais pour être vitalement impliqué dans cela même qui, à travers lui est communiqué à ses frères. Aussi bien, dans les versets suivant, le Christ précisera : "Le pasteur donne sa vie pour ses brebis". Et donc cette vie qui est la vie même que Dieu donne pour que le pasteur en soit l'instrument, pour qu'il soit donateur de cette vie, il faut qu'elle devienne pour le prêtre sa propre vie. Car c'est seulement en passant à travers lui qu'elle peut atteindre ses frères. Elle ne peut devenir rayonnante et communicative que s'il en est d'abord lui-même investi et rempli.

Troisième caractéristique du pasteur tel que nous le décrit l'évangile, et c'est sur ce point qu'insiste surtout le passage que nous venons d'entendre : "Le pasteur est la porte des brebis". Image hardie qui transforme la personne du berger en lieu de passage et d'entrée dans la bergerie. Le Christ dit : "Je suis la porte des brebis. Et les brebis entreront et sortirons et elles trouveront pâturage". Le prêtre doit être une porte ouverte vers le mystère de Dieu, une porte ouverte par laquelle, librement, chacun peut entrer et sortir, comme il le juge bon, quand il veut entrer et sortir pour trouver le pâturage, pour trouver la vie. Ceci est capital et exige, de la part de ceux qui sont investis de cette mission, une grande disponibilité. Il faut que chaque membre de la communauté puisse librement entrer dans la vie et sortir de la vie de celui qui est son serviteur. Je disais tout à l'heure que le pasteur n'est pas propriétaire, et c'est là que cela se manifeste pleinement. Le prêtre n'est pas propriétaire de la communauté qui lui est confiée, il faut que tous et chacun puisse librement aller et venir, entrer et sortir et trouver pâturage. Le prêtre n'est pas chargé de diriger, de commander, de faire obéir, mais d'ouvrir, de faire entrer, de laisser aller et venir, d'être le garant de la liberté des enfants de Dieu. Et c'est pourquoi aucun prêtre ne devrait se croire propriétaire de sa relation avec qui que ce soit, il doit être toujours une porte ouverte par laquelle l'on peut aller et venir.

C'est je pense, une des raisons profondes pour lesquelles, dans l'Église d'Occident, le célibat a été demandé aux prêtres. Vous savez que le célibat sacerdotal n'a pas la même signification ni la même raison d'être que la chasteté monastique ou religieuse. Pour les moines, les religieux, les religieuses, la chasteté est une vocation qui est consécration à Dieu seul. Si un moine ou une religieuse ne se marie pas, c'est parce que Dieu seul remplit sa vie de sa présence ou plus exactement de son absence, car ici-bas nous vivons encore dans la foi, dans l'attente, l'espérance et la marche vers Dieu. Mais pour un religieux cette orientation vers Dieu, ce désir de Dieu doit être suffisamment plénier pour occuper la totalité de sa vie, et de son affectivité. Le sens du célibat du prêtre est un peu différent, encore qu'il puisse arriver que les mêmes personnes soient à la fois prêtres et moines. La vocation sacerdotale n'exige pas par elle-même le célibat et c'est d'ailleurs pour cela qu'en soi les prêtres peuvent être mariés, comme cela arrive en Orient, non seulement chez nos frères orthodoxes mais aussi chez les catholiques de rite oriental. Mais si l'Occident a préféré demander aux prêtres le célibat, c'est pour cette raison apostolique pour cette fondamentale disponibilité aux autres, afin qu'ils puissent être une sorte de porte ouverte où tout le monde peut librement entrer et sortir, aller, venir, sans que personne ne puisse prétendre à un privilège quelconque dans l'affection de ce prêtre, pour que personne ne puisse en quelque sorte avoir une zone privilégiée dans la vie du prêtre. Il doit être à la disposition de tous ses frères, à leur service constant, permanent pour que, quoi qu'il arrive, et quoi qu'il lui soit demandé, il puisse toujours être là et répondre. Chose infiniment difficile d'ailleurs, non seulement en raison du célibat et de la solitude qu'il implique, mais aussi au niveau de cette perpétuelle disponibilité du cœur qui fait qu'à tout moment on doit être capable d'écouter, de s'intéresser, d'être attentif, de trouver la parole qui transmettra l'amour de Dieu à celui qui en a besoin.

Voici donc quelques-uns des traits saillants du visage du prêtre que l'évangile d'aujourd'hui nous invite à discerner, quelques-uns des caractères que chaque prêtre doit essayer de vivre par la grâce du Christ et comme ministre et instrument du Christ, seul pasteur véritable : présence immédiate et personnelle à chacun des membres de la communauté, disponibilité du cœur, consécration de toutes ses forces et de tous ses instants à la transmission de la vie, de la vie véritable, la vie de Dieu.

En ce jour où notre archevêque, Monseigneur Bernard Panafieu annoncé à tout le diocèse, dans un communiqué que nous vous lirons tout à l'heure, qu'il ouvre à nouveau en octobre prochain le séminaire diocésain d'Aix (regroupé avec d'autres diocèses en un séminaire régional il y a quelques années en raison du petit nombre des vocations), nous sommes plus particulièrement invités à prier pour que les futurs prêtres qui vont se préparer dans ce séminaire laissent l'Esprit Saint façonner en eux ce visage du prêtre, image du Christ pasteur que cette page d'évangile vient de nous laisser entrevoir. La réouverture du séminaire diocésain est rendue possible par un certain renouveau dans le nombre des vocations. Elle est rendue souhaitable car la présence de ces jeunes en formation en vue du sacerdoce au cœur même du diocèse, en contact direct avec les paroisses et donc les chrétiens du diocèse est une invitation permanente adressé à tous, de porter ce souci des vocations et de vivre avec les séminaristes leur progression vers le ministère. C'est dire que vous êtes invités à participer, vous aussi, par la prière et aussi par le soutien que vous nous apporterez, à cette vie du séminaire d'Aix. Je le recommande donc très fortement à votre charité, à votre compréhension, pour que chacun d'entre vous et tous ensemble, nous prenions en charge cette mission, qui est une mission essentielle dans une Église et que notre archevêque nous confie, pour que le Royaume de Dieu soit toujours davantage annoncé et que le Christ pasteur puisse donner très réellement la vie à tous.

 

AMEN

 
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