AU FIL DES HOMELIES

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ÉGLISE EXPERTE EN HUMANITÉ

Ac 13, 14+13, 52 ; Ap 7, 9+14 b-17 ; Jn 10, 27-30
Quatrième dimanche de Pâques - année C (20 avril 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

"Je suis le bon pasteur et je mène mes brebis. Mes brebis, je les connais et elles me suivent". Le mystère de l’Église, mystère de rassemblement, mystère de communion, mystère de l’invisible et du visible, mystère de l’Église aujourd’hui rassemblée dont vous êtes, vous, dont nous sommes, nous les brebis et le troupeau. Elle est un peuple, elle est un bercail, elle est un sein maternel, elle est une fraternité puissante, elle est une mère, une mère qui prend soin de chacun de ses membres afin qu’ils naissent un jour fils de Dieu. Chaque jour l’Église enfante l’Église. Chaque jour, la mère-Église fait de nous de nouveaux enfants de Dieu, des enfants régénérés, restaurés dans l’humanité afin de parvenir vraiment à cette promesse : être fils de Dieu comme Dieu nous l’a promis.

Un héritage, un peuple, un troupeau, voilà le mystère de l’Église. Église, Épouse bien-aimée du Christ, participant de cette puissance même de la sainteté qui nous est proposée, qui nous est donnée par la grâce. Mais aussi pour indiquer que le Christ, bon pasteur, prend sur ses épaules et sort de son pé­ché. Église de saints, Église de pécheurs, car nous sommes simplement des sauvés régénérés par cette grâce qui sort de son côté, l’Église du Christ crucifié et ressuscité. Une Église désarmante, une Église infa­tigable qui poursuit toujours la vérité là où l’homme l’a bafouée. Église experte en humanité, Église qui ne cessez de poursuivre l’homme là où l’homme n’est plus un homme, là où l’homme risque de ne plus de­venir ce dieu que Dieu lui promet. Experte en huma­nité, c’est ainsi que, de notre promontoire de ce ving­tième siècle, nous pouvons essayer de contempler cette puissance de l’Église qui a traversé les siècles, des combats, des empires et des royaumes, et toujours elle est là, elle tient debout. Église, mystère de fé­condité, Église qui es-Tu ? et qui sommes-nous par elle ?

Oui, Église, mais il est difficile d’avoir tou­jours confiance, tu nous déçois parfois. Toujours en retard, et pourtant tu annonces l’éternelle nouveauté du Royaume de Dieu. Toujours en avance, et tu dé­çois ceux qui ont peur de ces nouveautés, de cette bonne nouvelle du salut. Église mystère de fécondité, qui chaque jour enfante et nous enfante comme une mère patiente, attentive, éducatrice, comme une mère bien aimée, comme l’Épouse même du Christ qui, en nous chaque jour, fait grandir ce nouveau Christ par la grâce qu’elle distribue et répand à travers le monde.

Oui, frères et sœurs, quel étrange mystère que cette Église, que ce mystère qui parcourt les siècles et qui toujours tient debout, enseignant la vérité et la poursuivant partout où l’homme ne l’a pas respectée. En écoutant Paul Claudel, nous réalisons que d’être dans l’Église ne tient pas simplement de nos propres forces ou de la conviction de notre foi ou de nos cer­titudes. Nous ne disposons pas seulement de nos pro­pres forces pour aimer, comprendre et servir l’Église. Toute la création visible et invisible, toute l’histoire, tout le passé, tout le présent et tout l'avenir, toute la nature, tout le trésor des saints multiplié par la grâce, tout cela est à notre disposition, tout cela est notre prolongation et notre prodigieux outillage, tous les saints, tous les anges sont à nous. Nous pouvons nous servir de l’intelligence de saint Thomas, du bras de saint Michel et du cœur de Jeanne d’Arc ou de Cathe­rine de Sienne, et de toutes ces ressources latentes que nous n’avons qu’à toucher pour qu’elles entrent en ébullition, tout ce qui se fait de bien, de grand et de beau d’un bout à l’autre de la terre, tout ce qui se fait de la sainteté, c’est comme si c’était notre œuvre. L’héroïsme des missionnaires, l'inspiration des doc­teurs, la générosité des martyrs, le génie des artistes, la prière enflammée des clarisses et des carmélites, c’est comme si c'était nous, car c’est nous. Du nord au sud, d’alpha jusqu’à oméga du levant à l’occident, cela ne fait qu’un avec nous, nous revêtons et nous mettons en marche tout ça. Tout ce qui en nous pres­que sans que nous le sachions, l’Église en vastes traits, le traduit et le peint hors de nous sur une échelle de magnificence, nos courtes impulsions aveugles sont épousées, reprises et développées par d’immenses mouvements stellaires.

Voilà ce qu’est l’Église. Nous ne sommes donc plus seuls, un immense troupeau appris nais­sance dans le cœur des apôtres par leur foi, et conti­nue à grandir à travers les siècles et nous emporte vers ce Dieu qui nous aime tant qu’Il a voulu faire de l’humanité un peuple uni en son sein par son Fils et par l’Esprit.

Voilà l’Église, frères et sœurs, voilà pourquoi nous sommes dans l’Église, non pas à cause de nous, mais à cause de nous tous rassemblés et de tous ceux qui nous ont précédés et de tous ceux qui nous sui­vent. Oui vraiment frères et sœurs, au nom de la grâce reçue de la foi en Dieu le Père Créateur, au nom de ce Fils incarné et au nom de l’Esprit Saint vivifiant, nous sommes devenus, par l’Église, destinés à être vrai­ment pleinement, des hommes c'est-à-dire à être des dieux.

En raison de ce mystère de l’Incarnation, en raison du don qu’elle a reçu, de cette Annonciation, l’Église est le seul témoin, est le seul lieu où vraiment peut se jouer réellement, sans hésitation, le jeu des libertés de l’homme et de Dieu. Nous avons à le confesser, nous avons à le hurler, à le crier à la face du monde : l’Église est vraiment le lieu où peut se faire ce combat entre l’homme et le mal. Prédestinés à devenir, grâce à son amour, saints et irréprochables devant Lui, car non pas que nous soyons saints dès maintenant, mais nous sommes, et c’est là notre vo­cation propre, des sauvés grâce à la miséricorde.

Voulez-vous une preuve ? Sommes-nous comme ces juifs qui, dans le désert rassemblés autour de Moïs, ne savent pas très bien où ils vont et deman­dent à Moïse : "Quel est ce Dieu qui nous emmène et qui nous a sortis d’Egypte" ? Et Moïse de demander à Dieu à son tour : "donne-moi une preuve". Et Dieu répond : "Je serai avec toi".

Faisons-nous comme Marie en demandant : "Comment cela se fera-t-il" ? Lorsque l’ange vient dans l’Annonciation lui annoncer la naissance de son Fils. Et sachons répondre aussi, comme Marie, après que l’ange lui ait répondu : "L’Esprit sera sur toi", sachons faire grandir le Magnificat en notre cœur. Oui, vraiment frères et sœurs, où irions-nous? Vraiment l’Église a les paroles de la vie éternelle.

 

AMEN

 

 

 
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