AU FIL DES HOMELIES

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LE PRÊTRE N'EST PEUT ÊTRE PAS CE QUE VOUS CROYEZ ...

Ac 2, 14+36-41 ; 1 P 2, 20-25 ; Jn 10, 1-10
Quatrième dimanche de Pâques - année A (6 mai 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN


Jésus est le pasteur. Il a laissé à l'Église des pas­teurs. Frères et sœurs chrétiens, le prêtre dans l'Église catholique n'est peut-être pas tout à fait ce que vous croyez. Jetons un coup d'œil rapide sur la façon dont les deux derniers siècles ont essayé de saisir la personne ou plutôt le personnage du prêtre. Au dix-neuvième siècle, nous avons deux regards : l'un de l'extérieur, l'autre plus intérieur. Le regard extérieur, celui des romans de Flaubert, de Balzac ou encore d'Emile Zola, nous présente le prêtre comme un notable, un personnage faisant partie de la société, jouant le rôle que celle-ci attend de lui, rôle culturel ou moral, il est le gardien de la moralité officielle. Le prêtre fait partie, pour ces auteurs, de "la Comédie Humaine". A sa place et selon son rôle, il doit essayer de faire bonne figure pour que cette société ne perde pas de son intérêt par absence de l'un des principaux personnages de la scène. Le second regard, plus intérieur, est celui du romantisme pour lequel la vocation du prêtre est saisie, expliquée, détaillée comme une crise intérieure, la solution malheureuse mais inévitable à quelque déception sentimentale.

Dans la première partie et jusqu'au milieu de ce vingtième siècle, nous retrouvons ce double regard cherchant à saisir le prêtre dans l'Église et dans la société. Du côté extérieur, nous observons une évolu­tion, le prêtre est décrit, il est filmé dans son action visible, non plus par la lunette sociologique, mais de façon plus aiguë, comme un missionnaire, comme celui qui agit au nom de la foi et au nom de l'Église pour entraîner derrière lui un peuple lointain et retord. Nous avons ainsi la figure sacerdotale du film "Léon Morin, prêtre", il y a une trentaine d'années, puis "Monsieur Vincent" avec l'admirable jeu de Pierre Fresnay et, plus récemment "Hiver 54" qui met en scène les œuvres sociales de l'Abbé Pierre. Vu de l'extérieur, le prêtre en ce vingtième siècle, est tou­jours un acteur dans la société mais au nom d'une mission religieuse, il essaie de faire progresser le bien humain. Sur la face interne, nous avons une approche très intime, très douloureuse d'un prêtre en crise avec lui-même, combattant sa propre conscience, ne parve­nant pas (pas plus que d'autres d'ailleurs), à régler ses doutes, ses tentations. Ceci a donné par exemple l'admirable visage du prêtre d'Ambricourt dans le roman de Georges Bernanos "Journal d'un curé de campagne", et alors encore, de ce même romancier, mis en film récemment, cette figure beaucoup plus complexe de l'abbé Denissan dans l'ouvrage "Sous le soleil de Satan". Il y a encore de cette époque le prê­tre du roman de Graham Green "La puissance et la gloire" et celui apparaissant au fil des romans de Gil­bert Cesbron. Ainsi la société contemporaine essaie de cerner la personne du prêtre sans d'ailleurs y arri­ver. Une vue extérieure, disons sociologique, où est saisi le prêtre dans son rôle, dans sa place et dans ses œuvres. Et une vue plus intérieure, romantique et spirituelle essayant de chercher, de comprendre quel est le cœur du prêtre, ce qu'il vit, quel est son combat intime. Mais, frères et sœurs, ni l'approche sociologi­que extérieure, ni l'approche intérieure plus spiri­tuelle, ne sont parvenus à rendre compte de ce qu'est le prêtre tout simplement parce que ces deux appro­ches peuvent être faites pour chaque chrétien, car la vie spirituelle, les problèmes de conscience, les luttes intérieures ne sont pas le privilège des prêtres. Grand Dieu, merci ! Et l'action apostolique ou sociale n'est pas non plus l'apanage du prêtre, Dieu merci aussi. Alors que nous reste-il pour essayer de saisir, de comprendre, ou plus exactement d'accueillir le prêtre pour ce que le Christ veut qu'il soit dans son Eglise ?

Il nous faut d'abord nous souvenir de la réalité essentielle de ce que nous sommes l'Église, et saint Thomas d'Aquin nous le rappelle : "l'Église se cons­truit par les sacrements". le Christ est venu sur la terre pour rendre visible et efficace l'amour invisible de Dieu. Il est né dans la chair, vrai Dieu et vrai homme, rencontre d'une réalité totalement humaine et de l'autre totalement divine. Pour cela il est le sacre­ment primordial, unique et définitif. Voici la base, le fondement de la compréhension, de l'action et de la présence du prêtre dans l'Église catholique, aborder son visage ou son action par un autre biais, n'est pas "catholique", je ne veux pas dire que ça soit faux, ni négligeable, mais ce n'est pas essentiellement par ces moyens extérieurs que le Christ veut que nous com­prenions la présence du prêtre dans son Église. A la suite du Christ, l'Église devient le sacrement du Christ. Elle est faite comme Lui, de chair humaine, la vôtre et la mienne, celle de tous les chrétiens et d'une réalité éminemment divine et invisible, le don de la grâce de l'Esprit Saint. L'Église est le sacrement du Christ parce qu'elle rend visible et efficace la grâce que le Christ, sacrement de Dieu, vint manifester et donner et faire féconder dans le cœur des hommes, des disciples et à leur suite dans notre cœur, et dans la perspective du salut universel dans le cœur de tous les hommes. Christ vrai Dieu, vrai homme, sacrement du Dieu invisible, Église, véritable humanité, véritable corps du Christ, sacrement de la présence invisible du Christ aujourd'hui. C'est donc ici et ici seulement que se situe la place et le rôle du prêtre. Tout l'aspect so­ciologique, c'est très intéressant pour la presse, mais ça n'est pas intéressant au plan chrétien. Tout l'aspect psychologique, intérieur de la conscience, des pro­blèmes, des doutes et de tout cela, c'est très fascinant pour la psychanalyse, mais cela n'a pas d'intérêt au plan chrétien. Le prêtre vous est "donné" pour être parmi vous le signe triple de la présence du salut. Je dis : vous est "donné" car ce n'est pas une paroisse qui est donnée à un prêtre, pas plus qu'un diocèse à un évêque, mais bien plutôt le prêtre qui est "donné" à une communauté chrétienne, tout comme un évêque est "donné" à son diocèse, ce qui évite d'ailleurs, ce qui devrait éviter l'instinct d'appropriation et de propriété d'une paroisse par son curé, chose qui n'a pas toujours été bien vécue, c'est normal nous sommes aussi pécheurs que les autres. Le prêtre est donc au milieu de vous le signe triple du don de Dieu de la façon suivante, il est le signe de l'absolue gratuité de la foi et du don de Dieu, nous ne sommes pas croyants par nous-mêmes, toute la profondeur, toute notre vie spirituelle, aussi mystique et sainte soit-elle, n'est pas notre œuvre, ne peut pas être notre œuvre ou si nous croyons qu'elle est telle, nous ne sommes pas dans la fermentation et la fécondation de la grâce, dans l'Église catholique. Nous recevons tout de Dieu, et le prêtre est le signe visible parmi vous que nous sommes tous par Jésus-Christ, en Jésus-Christ et pour Jésus-Christ. Lui-même nous a dit : "Sans Moi, vous ne pouvez rien faire". le prêtre, vous rappelle, comme il le rappelle à lui-même ou comme ses frères prêtres le lui rappellent, que ce que nous sommes, nous le tenons du Christ, du don gratuit de Dieu nous n'inventons pas, nous ne méritons pas, nous ne pouvons pas attraper tout seuls, selon notre désir, selon la justesse et l'élan de notre vie spirituelle ou même selon nos propres besoins humains. Le prêtre signifie que tout vient gratuitement du ciel et non pas de la terre.

Le deuxième signe après celui de la gratuité absolue, est la fidélité. Car le prêtre est là, il doit être là pour assurer, garantir, la fidélité de la Foi et de la vie ecclésiale non pas à sa propre pensée, ou à sa pro­pre théologie, non pas à n propre façon de voir, de concevoir la vie de l'Église. Il est là pour garantir la fidélité de ce que vous êtes appelés à vivre avec la foi reçue des apôtres. Le Christ a confié le mystère du salut aux apôtres et uniquement aux apôtres afin que ceux-ci, comme des bons et fidèles intendants, le ma­nifestent, le distribuent, le partagent aussi largement que possible, aux plus d'hommes possibles. Le prêtre signifie par son lieu organique et sacramentel avec son évêque et par le lien de l'évêque avec tous les évêques du monde, dans la primauté de l'évêque de Rome, successeur de Pierre, que nous sommes bien l'Église des apôtres, que nous sommes bien l'Église telle que le Christ la veut, que nous sommes bien ici le fruit visible dans l'humanité, du Sacrement pascal du Christ, mort et ressuscité. Le prêtre signifie cet attachement indéfectible de la Foi chrétienne vécue aujourd'hui avec celle qui fut vécue hier par nos pères et frères dans la foi, depuis les douze apôtres, avec Pierre, non pas à leur tête pour les dominer de façon pyramidale, mais en leur centre pour assurer la cohé­sion de tous les rayons.

Signe visible de la gratuité du don de Dieu, signe visible de la fidélité de ce Don à l'Église et dans l'Église, le prêtre est aussi le signe visible de la com­munion. Or, la communion revient justement de vivre aujourd'hui de ce don du Christ comme Sacrement du salut dans la fidélité à toute la grande tradition de l'Église, afin que chacun et chacune d'entre vous, prenne sa place dans la cohésion harmonieuse et fé­conde du corps du Christ qu'est l'Église. Le prêtre est là pour assurer que votre vie spirituelle ne peut pas être purement individuelle, elle ne peut pas se résou­dre à l'intime relation entre ma conscience et mon Dieu. Elle ne se satisfait pas d'être uniquement rela­tion personnelle avec Dieu, ceci, ou, est tout à fait nécessaire mais cette dimension spirituelle ne peut être catholique et apostolique que dans la communion universelle avec tous les autres croyants en commen­çant par ceux qui sont assis à côté de moi aujourd'hui dans cette église. Le prêtre est là comme signe de cette nécessité la foi chrétienne doit être vécue en chrétien, c'est-à-dire en disciple du Christ et pas de façon individuelle, ni individualiste, ni intimiste. Notre vie spirituelle doit prendre les dimensions de la vie de l'Esprit Saint animant tout corps de l'Église, ainsi l'Église se vit tous ensemble pour que la vie ecclésiale nourrisse notre propre vie spirituelle.

Le prêtre vous est "donné" comme un signe de gratuité absolue du Don de Dieu et cela vous sa­vez, moi je trouve que l'histoire de l'Église le prouve parce qu'il y a tellement d'hommes qui ont cherché à la détruire de l'extérieur et même de l'intérieur que si ce don n'était pas en permanence donné de façon gratuite, il y a bien longtemps que vous ne seriez pas là, ni moi non plus et qu'il n'y aurait plus de chrétiens nulle part. Le prêtre est le signe de cette gratuité, le signe de cette fidélité absolue qui nous est assurée par le don du Christ comme sacrement, signe de cette communion dans laquelle nous devons entrer de façon cohérente, heureuse, harmonieuse pour être aujour­d'hui dans ce monde et pour les hommes, le signe visible du salut de Dieu. Voilà, non pas le rôle socio­logique qui nous est donné, non pas la manière psy­chologique qui nous est demandée intérieurement de vivre, ça n'a pas d'intérêt, ne vous attardez pas à la vie intérieure de vos prêtres, ne vous attardez pas à la façon dont ils sont habillés et passent leurs vacances. Accrochez-vous au ministère qui leur est donné, mi­nistère qui vous rappelle que Dieu est don, fidélité et communion. Voilà ce qui fait vivre un prêtre aujour­d'hui et peut appeler des jeunes, même dans cette communauté, à répondre à l'appel du Christ pour être au milieu de vous et pour vous, ces signes multiples et magnifiques. C'est la seule raison, frères et sœurs, de la réponse personnelle de mes frères je pense comme de moi-même, à l'appel que nous avons reçu dans l'Église, de la servir, et nous la servons de façon cer­tes extraordinairement magnifique, mais qui nous ramène perpétuellement à cette humilité fondamen­tale, c'est-à-dire à une immense admiration pour ce que Dieu fait pour vous nous le vivons, cela, simple­ment et grandement dans l'exercice de notre ministère qui est essentiellement le service du mystère de Jésus Christ, à travers les sacrements qu'Il a laissés pour son Église.

 

 

AMEN

 

 
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