AU FIL DES HOMELIES

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QUELLE PLACE DANS L'ÉGLISE POUR LE PRÊTRE ?

Ac 13, 14+43-52 ; Ap 7, 9+14 b-17 ; Jn 10, 27-30
Quatrième dimanche de Pâques - année C (10 mai 1992)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Dimanche du Bon Pasteur, dimanche des vo­cations. Permettez-moi donc de parler un peu des vocations, et même Si l'Église nous demande, si possible aujourd'hui, de parler des dia­cres, étant donné que vous en avez eu un il n'y a pas longtemps, environ à peu près dix mois et comme j'espère que vous en aurez un bientôt, je vais me per­mettre de parler plutôt du prêtre, même si je n'en ai que dix mois d'expérience.

Je commence par un petit souvenir. Vous sa­vez qu'un jeune prêtre célèbre d'innombrables premiè­res messes, et j'étais allé au mois d'août célébrer une première messe dans un Carmel que je connais et en parlant avec les carmélites de mes premières impres­sions elles m'ont dit : "attendez, on va vous donner quelque chose". Alors elles m'ont donné un petit texte et, comme je leur avais parlé de mon ministère, je me demandais pourquoi elles me donnaient ce texte. Mais je vous le lis, ça s'appelle : Comment être prêtre au­jourd'hui ou la quadrature du cercle.

"S'il prêche plus de dix minutes, il n'en finit pas, s'il parle de contemplation de Dieu, il plane ; s'il aborde les problèmes sociaux, il vire à gauche, s'il se cultive, c'est qu'il n'a rien à faire ; s'il reste en pa­roisse, il est coupé du monde ; s'il marie et baptise tout le monde, c'est qu'il brade les sacrements, s'il devient plus exigeant, il veut une Église de purs ; s'il reste à la cure, il ne voit personne ; s'il fait des visi­tes, il n'est jamais au presbytère ; s'il réussit auprès des enfants, il a une religion de gosse ; s'il va voir les malades, il a du temps à perdre et il passe à côté des problèmes de son temps, s'il fait des travaux à l'église, il jette l'argent par les fenêtres ; s'il ne fait rien, il laisse tout à l'abandon ; s'il collabore avec son conseil paroissial, il se laisse mener par le bout du nez, s'il n'en a pas, il est personnel ; s'il sourit facilement, il est trop familier. Si distrait ou préoc­cupé, il n'a pas vu quelqu'un, il est distant, s'il est jeune, il n'a pas d'expérience ; et s'il est âgé, eh bien il ferait mieux de prendre sa retraite.

Bon courage, monsieur le Curé".

Bon courage à tous les prêtres. Bon courage à tous ceux qui ont la vocation et qui aimeraient devenir prêtres, car il me semble que l'on ne saisit pas tou­jours très bien quelle est la vocation propre du prêtre ou quelle sa nature. Et trop souvent on l'enferme dans un carcan. Il s'agit donc pour nous de savoir porter un autre regard sur le prêtre, de comprendre quelle place nous lui donnons. Le prêtre l'est par vocation, c'est-à-dire que le prêtre est un homme appelé, un homme choisi. Il y a donc à prendre en compte, vis-à-vis de notre relation avec le clergé, une réalité importante qui est de l'ordre de la vocation, du mystère de la vo­cation.

La vocation, ça veut dire "être appelé". On connaît l'appel. Si vous relisez la Bible, vous vous rendrez compte que les récits de vocations sont parmi les plus belles pages des Écritures. Dieu appelle. Il a appelé Abraham : "Va, quitte ton pays et ta parenté et va dans le pays que Je t'indiquerai". Il a appelé Moïse pour qu'il conduise le peuple hors du pays d'Egypte et le conduise en terre promise. Il a appelé les prophètes Isaïe et Ezéchiel et Il leur a donné une mission, car c'est cela le propre de la vocation, c'est de donner une mission temporaire ou définitive. Nous avons là deux éléments propre à la vocation quelle qu'elle soit.

Le premier c'est que Dieu appelle des hom­mes au sein de leurs activités, sans se soucier semble-t-il du contexte familial, des qualités personnelles (beaucoup d'appelés se sentent incapables de répondre à ce que Dieu demande). Donc toute vocation doit être une disposition à un appel entendu et lorsque cet appel est entendu, il prend l'homme dans son milieu, dans ce qu'il est et lui demande d'aller là où le Sei­gneur l'envoie. Mais tout homme peut refuser. C'est la liberté de l'homme, regardez Jonas. Jonas était appelé, mais il n'a pas voulu aller chez les ninivites. Il a fallu que le Seigneur le pousse beaucoup.

Le deuxième élément, c'est que l'appel a un but, une mission. Il est en vu d'un service à accomplir que Dieu demande, et la tâche dépasse en dignité ce­lui qui la reçoit. Pour le prêtre, il va en être de même. Il reçoit un appel, un homme consacré au service du Seigneur, mais avant tout un homme. Et l'ordination sacerdotale va consacrer ce qu'est cet homme. Car l'ordination sacerdotale n'est pas une pommade qui va effacer toutes les tares de cet homme, elle ne va pas effacer son caractère, elle ne va pas non plus annihiler toutes ses qualités ou ses défauts. Le sacerdoce n'est pas un rouleau compresseur. Deuxième élément c'est l'homme d'une mission, d'un envoi. Le prêtre se com­prend d'abord en fonction de la mission qu'il a à ac­complir. Le prêtre ne se définit pas par des atours extérieurs, il ne se définit pas par des catégories pré­supposées, il se définit par la mission qu'il a à remplir.

Et quelle est cette mission ? Eh bien le prêtre n'est rien d'autre qu'un maçon, car il a pour mission de construire le corps de l'Église. On ne lui demande pas d'être d'abord un représentant de l'Église, un modèle ecclésiastique, non. On lui demande de participer à la construction du corps de l'Église, à réédification de cette Église. Et toute vocation s'enracine ainsi dans l'Église. Car la vocation et le ministère presbytéral est en vue de l'Église et pour l'Église. Ce n'est pas une compensation personnelle, ce n'est pas une course au pouvoir, c'est un service de la communauté ecclésiale. Il est fait pour servir l'Église, c'est-à-dire être le pre­mier entre ses frères à s'abaisser comme le Christ l'a fait lorsqu'Il a lavé les pieds de ses disciples. Donc le prêtre est celui qui va vivre ce service comme instru­ment de la grâce de Dieu. Un instrument plus ou moins défectueux parfois. Nous sommes comme des pinceaux que Dieu utiliserait pour peindre la toile du salut. Et c'est vrai : meilleur est l'instrument, plus aisé sera pour l'artiste la réalisation de l'œuvre, mais c'est Dieu qui reste le maître et l'artisan de sa toile avec les instruments qu'Il a choisi.

Alors comprenons bien que toute vocation dans ces cas-là, y compris pour le prêtre, ne peut se vivre en dehors de l'Église, d'abord parce que le prêtre ne peut être prêtre sans Église. Il n'y a pas de berger sans troupeau, il ne peut pas y avoir de prêtre sans communauté. Un prêtre par lui tout seul ne signifierait rien. Donc c'est à l'intérieur même de la communauté chrétienne que se réalise le sacerdoce du prêtre. Et ce sacerdoce du prêtre, il le reçoit d'un sacrement, mais ce sacrement ne le met pas au-dessus de vous. C'est vrai que ce sacrement lui donne des droits. Cela lui donne le droit d'user de son pouvoir pour aider à la construction de ce corps qu'est l'Église. Donc le prêtre rend service. Vous n'enlevez pas à votre femme de ménage le chiffon de poussière et l'aspirateur en lui demandant d'enlever toute la poussière. Donc on n'enlève pas au prêtre son sacerdoce, c'est-à-dire on ne lui enlève pas les moyens de sanctifier le peuple. On ne remplace pas les prêtres par des laïques, c'est faux. Mais en même temps, le prêtre n'a de sens, comme je le disais, que pour la communauté. Qu'est-ce à dire ? C'est que c'est dans la communauté même que se trouve toute vocation.

Dieu appelle, mais Dieu appelle chaque homme. Il n'y a pas que le prêtre qui est appelé à la sainteté, ce sont tous les membres de l'Église. Et Si le sacrement de l'ordination ne rend pas supérieur le prêtre, c'est parce qu'aucun sacrement ne peut rendre quelqu'un supérieur à l'autre. Pas plus que votre sa­crement de mariage ne vous rend supérieur aux céli­bataires. Sachez que le sacrement de mariage vous donne de vivre la réalité même de ce qu'est l'Eglise : "la famille chrétienne parce qu'elle est issue du sa­crement du mariage, image et participation de l'Al­liance d'amour qui unit le Christ et l'Église, manifes­tera à tous les hommes la présence vivante du Sau­veur dans le monde et la véritable nature de l'Église". (Concile Vatican 11). Comprenez dans ces cas-là que la vocation du mariage est tout aussi grande que celle du sacerdoce et qu'elle implique, dans ces cas-là, au­tant de devoirs, mais autant de difficultés à être par­faitement vécue. Mais j'espère qu'aucun prêtre jamais ne vous reprochera le fait que vous ne réussissiez pas votre mariage. Alors ne reprochez pas à des prêtres le fait de ne pas réussir parfois leur sacerdoce. Car nous sommes tous appelés au bonheur et le seul sacrement qui nous permet de vivre et de répondre à la vocation, à l'appel de Dieu pour chacun, c'est le baptême, comme le disent les paroles du rituel au moment où l'on verse le saint chrême sur la tête, on dit : "tu entres dans le peuple royal, sacerdotal et prophétique".

Voilà la vocation de tous les baptisés. Voilà même la vocation du prêtre : de vivre ces trois réali­tés, de dignité d'enfant de Dieu, de sacerdoce c'est-à-dire de culte, dans la liturgie et de prophète de la pa­role. Et la vocation, c'est à la fois rendre compte de la parole et rendre compte du culte. Le propre du prêtre va être de servir à ce que vous viviez cette grâce bap­tismale en servant le Christ prêtre unique et la com­munauté peuple sacerdotale. Il nous faut nous arrêter un moment sur ce que signifie ce sacerdoce du Christ et celui des fidèles baptisés. Dans l'Ancien Testament, on parle déjà de sacerdoce. Vous savez que Aaron a été choisi pour être prêtre. Mais ce qu'il y a d'intéres­sant, c'est que la vocation d'Aaron, elle n'est pas due directement à Dieu. C'est Moïse qui sert d'intermé­diaire et aucun élément dans la Bible n'est donné pour savoir dans quelles dispositions Aaron reçoit cette tâche. Dès lors le sacerdoce va se transmettre au sein du même tribu et l'on sera prêtre de naissance, et non par appel personnel. Il y a là une différence impor­tante. Les prêtres dans l'Ancien Testament seront des intermédiaires entre le peuple et Dieu.

Aujourd'hui on ne naît pas prêtre. Je connais un prêtre qui, avant que j'entre au séminaire, m'avait dit avec beaucoup d'humour : "désormais vous êtes comme la reine". Je me demandais ce qu'il voulait dire par là. Après, j'ai compris, c'est-à-dire que la reine d'Angleterre, pauvre femme, on ne lui passe pas grand-chose, surtout les commentaires sur sa vie pri­vée et pas seulement officielle. Je crois que les prêtres ne sont pas des reines d'Angleterre en puissance. La reine d'Angleterre, elle l'est de naissance, les prêtres ne le sont pas de naissance. Dans le Nouveau Testament, quand on regarde le Christ, on se rend compte d'une chose : c'est que Jésus n'a pas été appelé par le Père, Il a simplement été mis devant les hommes comme Celui qui a le sacerdoce éternel : "Aujourd'hui Tu es mon Fils, Je T'ai engendré. Tu es prêtre selon l'ordre du roi Melchisédech". Ce qui est étonnant et ce qui est intéressant, c'est que le sacerdoce du Nouveau Testament n'est pas comme le sacerdoce aaronique.

Le sacerdoce du Nouveau Testament n'est pas comparable à celui de l'Ancien Testament. Pour­quoi ? parce qu'il n'y a qu'un seul prêtre, il n'y a qu'un seul médiateur : le Christ, il n'y a pas d'autre prêtre, il n'y a pas d'autre médiateur, même dans l'Église, même aujourd'hui, il n'y a que le Christ, c'est Celui que le Père nous a donné pour que nous puissions vivre de sa sainteté. Et vous comprenez que les prê­tres dans ces cas-là ne participent qu'à un service : celui du sacerdoce du Christ et celui du sacerdoce des fidèles. Le sacerdoce des prêtres ne met pas le prêtre en dehors de ces deux sacerdoces, dans un sacerdoce particulier. Avant pour que le peuple puisse rendre un culte adéquat à Dieu, il fallait passer par la caste sa­cerdotale. Aujourd'hui le baptisé rend directement un culte à Dieu dans le Christ. Donc c'est la communauté chrétienne qui, en elle-même par son baptême mis­sion, est appelée à vivre de la Parole, à faire que le Christ, Parole de Dieu prenne chair en vous, parce que, par le baptême, nous sommes devenus temple de l'Esprit Saint, c'est-à-dire là où va se réaliser la pré­sence même de Dieu, l'Alliance, et donc là où on va pouvoir offrir le sacrifice. Saint Paul considérera la vie du chrétien comme un sacrifice, une oblation. C'est de l'ordre d'un culte en esprit et en salut. Et le prêtre ne fait que manifester et rendre présent dans l'eucharistie ces deux dimensions du baptême.

Donc vivez, vivons plutôt parce que j'ai la même chose à vivre que vous, vivons notre vocation, c'est-à-dire vivons l'Église. Que veut dire le mot "Église" ? ça veut dire appelés, appelés que nous sommes à être transformés par la gloire de Dieu dans la Résurrection, à vivre de sa parole profondément en témoignant par toute notre vie, en l'offrant à Dieu comme un sacrifice. Et alors nous répondrons à notre vocation qui est de dire au Seigneur qui nous appelle : "viens, Seigneur Jésus".

 

 

AMEN

 

 
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