AU FIL DES HOMELIES

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CRÉÉS POUR DEVENIR FILS DU PÈRE, COMME JÉSUS EST FILS DU PÈRE

Ac 13, 14+43-52 ; Ap 7, 9+14 b-17 ; Jn 10, 27-30
Quatrième dimanche de Pâques - année C (2 mai 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

"Le Père et moi, nous sommes Un". Telle est la dernière parole de ce long enseignement du Christ Jésus peu avant sa Passion, où Il se proclame le Bon Pasteur, le Berger. Nous n'avons écouté aujourd'hui que les dernières phrases. Auparavant, le Christ a dit qu'Il était celui dont les brebis connaissent la voix, et qui connaît ses brebis, celui qui marche à la tête des brebis, celui qui donne sa vie pour ses brebis. Et dans ces dernières phrases, Il nous dit que personne ne peut arracher les brebis de sa main, parce que personne ne peut arracher quelque chose de la main du Père. La main du Fils est comme la main du Père : "Le Père et moi, nous sommes Un".

Cette phrase est tout à fait décisive et elle fait partie de quelques phrases fondamentales de l'évan­gile où Jésus nous révèle le cœur même de son mys­tère, sa proximité, son égalité avec le Père, plus en­core, son intimité avec le Père. "Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?" (Jn 14, 10). Et encore : "Tout ce qui est à moi est au Père, tout ce qui est au Père est à moi" "(Jn 17, 10). Et encore : "Qui me voit, voit le Père".(Jn 14, 9) "Le Père et moi, nous sommes Un".

Nous ne pensons peut-être pas suffisamment à cette importance décisive de la Personne et de la présence du Père tout au long de la vie de Jésus. Rap­pelez-vous, régulièrement dans l'évangile, au milieu des foules, des guérisons, des miracles, Jésus éprouve le besoin de se retirer seul dans la montagne, seul le désert, et là, Il passe la nuit à prier, ou bien, tôt le matin, il sort pour prier. Prier, c'est-à-dire pas seule­ment accomplir sa prière, pas seulement "faire" une prière, mais prier, c'est-à-dire se replonger dans la présence du Père, car pour le Christ, toute sa vie dé­pend du Père, s'enracine dans le Père, et a pur but de nous conduire au Père. Tout l'évangile est une révéla­tion du Père : "Dieu, personne ne l'a jamais vu, nous dit saint Jean, mais le Fils qui est dans le sein du Père, lui nous le fait connaître" (Jn 1, 18). Jésus n'est pas venu pour autre chose que pour nous conduire au Père, pour nous faire partager ce bonheur qui est le sien, d'être avec le Père, dans le Père, de se ressourcer dans cette infinie présence du Père. "Je suis sorti du Père pour venir dans le monde, et maintenant, je quitte le monde et je retourne au Père" (Jn 16, 28), et "Je monte vers celui qui est mon Père et votre Père" (Jn 20, 17), pour que vous soyez comme moi, fils du Père. Tel est tout le programme de la prédication de Jésus. Tout à l'heure par le baptême, Raphaël va de­venir fils comme Jésus est Fils, fils du Père, enfant de Dieu, comme chacun de nous, au début de notre vie chrétienne, nous avons été avec le Christ, plongés dans cette présence du Père.

C'est l'explication de beaucoup de paroles qui jalonnent l'évangile et que nous ne comprenons peut-être pas toujours. Quand Jésus dit : "Ma doctrine n'est pas de moi, elle est de celui qui m'a envoyé" (Jn 7, 16). "Ma parole n'est pas mienne, c'est la parole du Père" (Jn 12, 49). "Ce n'est pas ma volonté que je cherche, mais la volonté du Père qui m'a envoyé" (Jn 5, 30). Sa pensée est la pensée du Père, non pas parce que Jésus n'acquiescerait pas à cette pensée, à cette volonté, à cette parole du Père, au contraire, Il est lui-même la parole du Père. Ce que Jésus veut dire par là, c'est que Il n'a pas une pensée différente de celle du Père, sa pensée, comme son être, Il le reçoit du Père. Le Fils jaillit éternellement du cœur du Père. Le mystère du Fils, c'est que tout ce qu'Il est, Il le reçoit du Père. Il n'a pas une nature, une identité, une auto­nomie qui serait étrangère au Père, Il n'est que cela : ce que le Père donne, et le Père lui donne tout. Le Père, quand Il engendre son Fils de toute éternité lui donne d'exister, lui donne d'être Dieu, lui donne sa parole, sa pensée, sa volonté. Tout ce qu'est le Christ, Il le reçoit du Père et Il le lui rend dans un geste d'amour symétrique de celui par lequel le Père l'a engendré. Cette communion du Fils et du Père, c'est le mystère fondamental, éternel, unique, il n'y a rien d'autre dans l'univers. La seule réalité de l'univers, c'est l'infini de cet amour par lequel le Père se donne au Fils, lui donne tout, et le Fils se reçoit du Père. Ils s'établissent dans la communion de l'Esprit de telle sorte que cet amour infini ne cesse de circuler du Père au Fils, du Fils à l'Esprit, et de l'Esprit au Père et au Fils, ils sont ainsi envahis par cette communion d'amour. Il n'y a rien d'autre dans le monde, il n'y a rien d'autre dans l'univers, et Dieu nous a créés pour que nous soyons aimés par Lui, comme Il a aimé le Fils (voir Jn 17, 26), pour que nous soyons introduits par adoption, par participation, par grâce, que nous soyons introduits dans ce mystère d'amour qui sans cesse circule entre le Père, le Fils, et le Saint Esprit.

Voilà pourquoi Jésus est venu : pour accom­plir ce dessein du Père de nous faire entrer dans la joie de cet amour infini. Vous le comprenez, d'une certaine manière, il n'y a que cela qui compte, le Christ passe par la Croix et par la Résurrection, mais tout cela est polarisé par le retour auprès du Père. Le Christ retourne auprès du Père comme il y a été de­puis toujours, comme Il n'a jamais cessé d'être auprès du Père, mais il y retourne en entraînant avec lui l'humanité tout entière, cette humanité qu'Il a prise en lui car Il est Dieu et vraiment homme, et vraiment notre frère. Il entraîne avec lui non seulement l'huma­nité qu'il a prise et qui est la sienne, mais l'humanité totale, toute notre humanité, nous tous, parce que nous sommes ses frères, nous sommes de la même race que lui, nous tous à qui Il a voulu révéler l'amour et le mystère du Père, Il nous entraîne avec lui vers le Père. Raphaël va être pris dans ce grand mouvement dans lequel nous sommes tous en marche avec le Christ vers le Père, pour connaître la plénitude de l'amour et du bonheur qui consiste à être fils du Père, dans les bras du Père, avec le Christ, comme lui, fils dans le Fils.

Que le mystère de ce baptême, que le mystère cette entrée dans la Trinité, que ce mystère de Dieu qui nous veut avec lui, pour lui et en lui, participants de lui, que ce mystère pour lequel nous avons été faits, pour lequel nous sommes créés, pour lequel nous vivons, envahisse notre cœur, envahisse notre esprit, envahisse notre âme, que nous comprenions qu'à travers toutes les épreuves et toutes les vicissitu­des de la vie, c'est vers cela que nous marchons, c'est à cela que nous sommes appelés, c'est cela qui nous est promis, c'est cela qui déjà, se réalise en nous.

 

 

AMEN

 

 
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