AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI GRANDIT DANS LA COMMUNION

Ac 2, 14+36-41 ; 1 P 2, 20-25 ; Jn 10, 1-10
Quatrième dimanche de Pâques - année A (17 avril 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Désigner le Fils comme bon pasteur c'est tenter, de discerner la manière dont Dieu tient compte et s'approche de chacun de nous, à la fois de manière singulière : "Les brebis connaissent sa voix, et Il les appelle une à une", et en même temps, de manière communautaire. Il appelle et guide son troupeau et l'emmène vers les frais et verts pâturages.

Le problème de ce souci de Dieu pour chacun de nous dans la communion dans laquelle nous sommes, fait que, au fond, nous ne sommes pas toujours aussi certains que le Christ nous porte complètement, comme lorsqu'Il a porté sa croix et qu'Il a porté cet écriteau qui l'accusait, c'est chacune de nos vies en tout ce qu'elles comportent, sans rien omettre. Nous nous maintenons souvent dans une position, non pas de méfiance, nous ne supporterions pas d'être méfiants, nous essayons d'avoir confiance en Dieu, mais nous pensons que notre dossier n'est pas si grave, même si effectivement nous en souffrons, et que Dieu a tellement de choses, comme le saint père à régler, que notre affaire à nous, on va tenter de s'en débrouiller seuls. Ce qui fait que nous entretenons une sorte de distance polie avec la providence divine, avec la manière dont Dieu se fait proche de nous, qui est d'entendre, sans trop entendre. Nous continuons à suivre le chemin. Nous entendons les directives de l'Église et la voix de l'évangile, nous suivons, et nous mobilisons nos forces et nos énergies afin d'être le plus fidèle possible, mais, nous nous appuyons aussi sur notre propre autonomie pour nous débrouiller dans les affaires humaines dans lesquelles nous sommes engagés.

La question que nous posons à Dieu, et que nous nous posons, est de savoir si Dieu a vraiment été présent à tel moment, à tel carrefour de notre vie, et si nous avons reconnu cette présence ? C'est la question fondamentale de notre intimité avec Dieu. Nous serions d'accord pour entretenir cette intimité, mais si nous sentons que cette intimité est nourrie et qu'il y a autour de nous comme un grand souci divin. Hier, en regardant les fiancés avant leur mariage, ils étaient comme dans un bain, un bain de signes, un bain de foi. Ils n'écoutaient pas toutes les paroles du rituel et de l'homélie qu'on leur proposait, ils étaient même joliment désinvoltes et distraits comme on l'est à un mariage. On est toujours un peu déconnecté et dépassé par l'émotion, ce qui est logique, et je désespérais un peu de leur faire entendre mon message (vous êtes beaucoup plus attentifs, donc je suis rassuré, à moins que vous ne dormiez !). Mais hier, il y avait des enfants, du bruit, des chapeaux, des rubans, toutes choses qui font beaucoup de bruit et je me disais en les regardant : ils prennent un bain de sens, de couleurs, de robes, et ils sont comme cela enveloppés dans une sorte d'ambiance, qui est la question de leur mutuel amour, de leurs enfants qui sont déjà présents dans ces familles, et cette communion, réussie à travers les chants, la prière, à la fois les visite très intimement, sans qu'ils puissent encore mesurer l'intensité de cette visite, et en même temps les fait un peu sortir d'eux-mêmes. Ils disaient en sortant de la célébration, leur émotion de ce grand bain de paroles, de signes, de foi, de confiance mutuelle, et en même temps, ils disaient cette visitation. Comme le nombre de ces pèlerins qui se sont précipités à Rome dont tous ne peuvent pas être accusés d'une papolâtrie incurable, il y a parmi eux des pèlerins très sensés, qui comme nous, ont reconnu dans le pape Jean-Paul II un personnage qui signifie la tranquillité de la foi, la certitude d'une communion, d'une intimité avec Dieu. Ils ont pris un bain de foi. En plus, ils étaient fort loin de l'événement, car on n'a pas pu les faire rentrer dans les grands bras de saint Pierre, ils étaient disséminés dans Rome, et ils sont revenus en disant cette intensité de communion réussie.

Et je crois que s'il est une chose que Jean-Paul II a réussi, qu'il a signifié de par le monde, qu'il n'était pas lui, le centre, je crois que c'était assez clair, mais que c’était le Christ qui rassemblait et qu'il a signifié la beauté et l'universalité de l'Église. Et à travers cette expérience, j'entendais d'autres expériences de gens qui dans d'autres endroits, comme à Lourdes ou dans des grands rassemblements, ou même au Concile, j'entendais un évêque qui nous en parlait, l'émotion ressentie d'entendre dans différentes langues la même passion du Christ. C'est ce que les cardinaux vont vivre demain en s'écoutant les uns les autres, en essayant du moins de s'écouter, dans leur diversité, pour tenter de nous désigner de nous donner un nouveau pasteur.

Il y a quelque chose du côté de la voix familière, et c'est ce que vivaient les fiancés ici hier. Ils reconnaissaient dans cette ambiance, dans ces signes déployés, dans le rituel et dans ce que nous disions dans ce rituel, ils reconnaissaient une voix familière, une voix qui parle au cœur, une voix qui parle à l'intimité. Je crois que Dieu n'arrête pas d'inventer une sorte de langage adapté à notre situation, sans arrêt. Il est un inventeur qui incessamment, cherche le moyen de se faire entendre dans le brouhaha, dans le fatras d'un certain nombre d'occupations, de soucis mondains au sens très large du terme, qui nous empêchent de déployer nos oreilles, nos yeux, nos sens, vers l'accueil de sa présence.

Claudel a une très belle expression pour désigner ce que je voudrais vous donner à méditer avec moi ce matin, c'est ce qu'il appelle "la jubilation des hasards". Il dit qu'il y a cachée, dans tous les événements, une sorte de présence discrète, quasi anonyme de Dieu. Les coïncidences sont le nom pudique que Dieu donne au monde, à ses interventions en prenant le risque qu'on ne le reconnaisse pas. Il ne cesse, sans niveler, sans arrêter le malheur, sans éviter même les souffrances, Il ne cesse de se faufiler dans nos vies à tout instant, et de nous proposer de façon incessante, une communion, une intimité partagée. La manière dont Dieu vient nous visiter, c'est : j'ai souci de ton intimité, et je veux la partager avec toi et tu peux déjà en goûter, comme à l'avance le partage avec les frères. Nous sommes ici dans l'idée que nous avons que nous sommes intimement visités et que nos frères croient et s'ouvrent à cette même rencontre est réelle.

Dieu ne compte pas sur un cahier les rendez-vous manqués, même si nous sommes passés à côté de mille rencontres, de mille occasions de discerner cette présence subtile, dont Dieu accepte effectivement que nous ne puissions pas la lui attribuer. C'est cela la coïncidence, c'est cela la jubilation du hasard, au fond, Dieu ne déserte aucun instant ne déserte aucune vie, Dieu est le bon pasteur de chaque instant, de chaque vie, de chaque singularité. Et pour cela, pour que nous puissions développer notre flair, car c'est bien cela qui nous manque, nous passons en aveugle un peu sourd, un peu centré sur nous-même, nous passons à côté d'une main tendue, d'une présence active et féconde de Dieu. Mais Dieu ne s'en inquiète guère, il renouvelle son invention à l'instant suivant, en essayant de capter notre attention, notre regard, sans cesse. La seule façon que nous ayons d'augmenter les chances d'une rencontre et d'une découverte de Dieu, c'est un peu ce que font les plantes lorsqu'elles déploient un maximum de surface à la rosée du matin, surtout dans le désert où la moindre rosée doit venir irriguer les feuilles, rosée qu'elles recueillent comme un don précieux, il en est de même pour nous, nous avons à apprendre à déployer notre flair intérieur de Dieu sans accepter que les soucis ne nous enferment, en nous tenant dans une douce mélancolie ou dépression, ou désespoir qui nous rendent sourds et aveugles à la présence de Dieu. Je suis certain que lorsque nous arriverons devant Dieu avec toutes nos histoires, et que nous dirons : où étais-tu quand c'était si difficile pour moi ? Dieu répondra : mais j'étais là ! Je relisais récemment d'interviews de catéchumènes qui racontaient comment cela sera après le baptême, et tous disent qu'il ne s'est rien passé immédiatement après le baptême, mais que progressivement, ils découvraient toujours après coup que tel ou tel qu'ils avaient rencontré et qui les avaient aidés à grandir dans la foi et que la célébration elle-même, ou d'autres témoins étaient vraiment les signes de Dieu, même si sur le moment ils ne s'en rendaient pas compte. Rappelez-vous les disciples d'Emmaüs, leur cœur était tout brûlant avant qu'ils ne Le reconnaissent. Les choses se déploient en nous avant que je puisse Le désigner, mais encore faut-il qu'il y ait une espèce de place donnée à Dieu, comme à l'avance, une attente de sa place au profond de chacun de nous, qui est une condition de la foi.

La seule manière de nous déployer, de guetter, de sortir nos antennes pour repérer la présence de Dieu, c'est la confiance. Je pense que c'est cela que l'Église et Jean-Paul II pouvaient signifier de façon magistrale. C'est la conjugaison entre l'abandon, l'ouverture, la tranquillité d'âme devant celui qui est en face de moi et qui veut mon bien, et la vie. Nous n'avons jamais fini de redonner notre confiance. Quand je voyais hier les deux tourtereaux, je leur disais en riant : c'est cela que vous faites comme pari, le joli garçon et la jolie femme qui sont maintenant l'un en face de l'autre et qui sont amoureux l'un de l'autre deviennent l'occasion du meilleur, vous vous faites confiance, vous vous donnez ce cœur, comme le signe de l'alliance. Or, il en est de même pour le Christ et pour l'Église. Le Christ et l'Église ont simplement besoin d'une chose : votre confiance, votre foi. Et la foi, nous n'allons pas la créer tout seul. Le meilleur de notre foi se reçoit d'une communion. Ce n'est pas une manipulation du groupe, il n'y a pas de gourou dans cette histoire, car le gourou joue sur cette pédale-là, il profite de cette situation-là. Dans l'Église, le lieu de la confiance ne s'établit, ne se construit que dans une communion. Ce n'est pas moi qui viens avec mon petit sac de foi, qui tente de le remplir à ras bord pendant la messe et puis qui repart pour tenter de tenir toute la semaine. Je suis porté par une communion plus grande que moi, plus large que moi, plus palpitante, comme l'histoire profonde du monde, comme la marche de l'humanité vers le Christ et j'ai le droit de puiser à l'infini dans cette foi de l'Église.

Je pense aussi que c'est cela que les gens ont voulu vivre autour du départ du saint père, et que nous allons vivre pendant le temps du conclave, à travers le fatras des histoires humaines, de nos conditions de vie sur cette terre, mais il y a derrière tout cela ce don de l'Esprit Saint qui est la manière dont nous nous nourrissons les uns les autres de cette foi qui n'est pas simplement ce que moi je vais donner mais qui est ce que nous allons donner généreusement à l'autre, pour qu'il puisse s'en nourrir et recevoir le Christ.

Frères et sœurs, la jubilation de la foi, la jubilation du don de moi donné aux autres, et du don que le Christ fait à chacun de nous, c'est ce que le Christ veut nous dire quand Il dit qu'Il est le bon pasteur, et qu'il donne sa vie pour toutes ses brebis.

 

 

AMEN

 

 
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