AU FIL DES HOMELIES

Photos

TENSION ET COMMUNION

Ac 2, 14+36-41 ; 1 P 2, 20-25 ; Jn 10, 1-10
Quatrième dimanche de Pâques - année A (13 avril 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Frères et sœurs, il y a comme une évidence qui s'impose à nous aujourd'hui : c'est le dimanche du bon pasteur. D'ailleurs, vous l'avez entendu dans l'évangile, Jésus se présente comme le Bon pasteur. Vous avez été attentifs au fait que la finale de la péricope de la première épître de saint Pierre parle aussi du pasteur et du gardien des âmes. Et comme par un effet de mimétisme, ayant écouté la première lecture des Actes des apôtres qui ne parle pas formellement du bon pasteur, il y a quand même cette idée de la conversion de ces milliers de personnes, qui à travers leur conversion s'adjoignent au troupeau du pasteur qui a donné sa vie pour les brebis.

J'ai été frappé et attiré par un petit passage que nous avons entendu dans l'évangile. Je resitue le contexte parce que je trouve qu'il est très intéressant : nous sommes le quatrième dimanche du temps de Pâques, et le texte que nous entendons fait suite directement au texte que nous avons entendu le quatrième dimanche de carême, la guérison de l'aveugle-né. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais la guérison de l'aveugle-né pose beaucoup de problèmes, car ce pauvre aveugle guéri ayant la possibilité de revenir en communion avec Israël et d'entrer dans le temple, se voit refuser cette possibilité par les pharisiens. Les pharisiens refusent que cet homme guéri par Jésus puisse entrer dans le temple. Ce que nous venons d'entendre aujourd'hui fait suite immédiatement à cette guérison et à ce discours. Jésus développe cette image qui nous crève les yeux, parce que nous sommes habitués à l'entendre : je suis le Bon pasteur.

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, les pharisiens ne comprennent pas cette parabole (certaines traductions disent que les pharisiens ne comprennent pas les paroles mystérieuses). Jésus va essayer d'expliquer cette parole mystérieuse, cette image qui pour nous est pleine de sens, il va l'expliquer à l'aide d'une autre image : le pasteur et aussitôt après, je suis la porte. Excusez-moi, mais autant nous sommes habitués à entendre parler de Jésus Bon pasteur (il suffit d'aller en pèlerinage à Rome pour voir le nombre de représentations dans les catacombes du Christ Bon pasteur), autant quand Jésus veut expliquer cette parole mystérieuse pour les pharisiens nos sommes complètement perdus. Après avoir développé l'image de la porte, Jésus revient quand même à l'image du Bon pasteur. Ouf pour nous!

Cependant, et pardonnez-moi car je vais enfoncer des portes ouvertes, mais qu'est-ce qu'une porte ? Et d'abord ce que n'est pas une porte ? Ce n'est pas une clôture. Par définition, la clôture c'est ce qui empêche quelqu'un de rentrer et éventuellement de sortir. La clôture a donc pour fonction d'établir une barrière extrêmement nette entre l'intérieur et l'extérieur et elle interdit toute communication ou tout passage. Qu'est-ce que la porte ? c'est tout simplement l'endroit par où l'on passe ! On entre, on sort, et il y a ce passage qui se fait entre l'intérieur et l'extérieur. Par conséquent, on le sait tous, l'endroit le plus fragile dans une maison, même un château-fort, c'est bien sûr la porte. C'est fragile, parce qu'on entre et on sort, et même si l'on ferme la porte à clé, elle reste plus fragile que la clôture.

Cette réflexion nous conduit directement à la lecture tirée de la première épître de saint Pierre. L'intérêt de cette épître n'est pas le fait qu'à la fin de la péricope, il y ait ce mot familier à nos oreilles, qui sonne : le gardien de nos âmes, le pasteur. Ce qui est intéressant, c'est tout ce qui est dit juste avant cette phrase et le contexte dans lequel s'insère cette péricope. saint Pierre s'adresse à des gens, à des serviteurs qui en ont marre de supporter des maîtres méchants. Je voyais tout à l'heure à la lecture de la première épître que certains hochaient la tête, parce que ce texte, nous en faisons souvent une lecture sacrificielle : il faut souffrir. Justement, je crois que saint Pierre ne dit pas cela. Il s'adresse à des gens qui sont dans une position d'extrême tension, et face à cette position de tension, ils n'ont qu'une seule envie, c'est de partir, de quitter ce maître qui est effectivement un maître mauvais. Qui ici n'aurait pas cette même tentation ?

Que dit saint Pierre ? Il dit non, il faut que vous suiviez le modèle du Christ, ne pas souffrir pour souffrir. Qu'est-ce que ce modèle du Christ ? "Lui qui insulté ne rendait pas l'insulte, souffrant ne menaçait pas, sen remettait à celui qui juge avec justice. Lui qui sur le bois a porté lui-même nos fautes afin que mort à nos fautes, nous vivions pour la justice, lui dont la meurtrissure vous a guéris". En fait, qu'est-ce que la porte ? C'est cette communion que le Christ vit dans l'extrême tension qu'il vit au moment de sa mort.

L'intérêt de cette épître de saint Pierre vis-à-vis de l'évangile, ce n'est pas encore de retrouver cette image du Bon pasteur, mais c'est d'éclairer davantage cette parole mystérieuse : je suis la porte. Cela veut dire qu'en toutes circonstances, le Christ a vécu cette tension totale, le ciel, la terre, il a vécu cette tension totale quand au cœur même de sa Passion, il a fait toujours confiance à son Père en pardonnant toujours à ses bourreaux. C'est cela la communion. Je crois que lorsque Christ dit : je suis la porte, il dit, on passe, on rentre, on sort par moi et la porte c'est la communion que nous avons à vivre en toutes circonstances même si parfois elle peut être intolérable et insupportable comme c'est le cas des personnes à qui s'adresse saint Pierre.

Dans les trois textes que nous avons entendu, il est toujours question de tension et d'exclusion. Je le rappelais tout à l'heure, dans l'évangile, Jésus à qui s'adresse-t-il ? Il s'adresse à des pharisiens qui récusent le droit pour cet aveugle guéri de pouvoir rentrer dans le temple. Et Jésus leur dit : je suis la porte. Dans sa première épître saint Pierre leur dit : vous vivez une extrême tension, à la suite du Christ vous devez tout de même vivre cette tension dans une communion même si votre maître est insupportable. Et aussi d'une certaine manière dans le discours de Pierre que nous avons entendu dans les Actes des apôtres. A qui saint Pierre s'adresse-t-il ? Il s'adresse à des juifs, des hommes de Judée, des gens qui vivent à Jérusalem, qui sont environnés de païens et de romains, et il s'adresse aussi à des juifs qui viennent d'Alexandrie et de partout pour monter à la fête, et qui eux aussi vivent cette extrême tension entre leur religion, leur foi, leurs rites, environnés de gens qui ne croient pas au Dieu unique et qui sont des païens.

Qu'est-ce que cela nous dit pour nous aujourd'hui ? Comme par un effet de rebondissement, ce dimanche du bon pasteur n'a pas uniquement pour but de nous faire méditer sur l'image du pasteur et du berger. Quand on s'arrête là, le pasteur qu'est-ce que c'est ? C'est quelqu'un qui nous protège, qui pense à notre place, et c'est surtout quelqu'un qui en nous protégeant, instaure comme une barrière entre ceux qui sont en-dehors du troupeau de ceux qui sont à l'intérieur du troupeau. Le salut en-dehors à l'extérieur, qu'est-ce que cela veut dire ? Il y a une petite phrase dans l'évangile : "Je suis la porte", Jésus commence à utiliser cette image pour expliquer l'image du bon berger. "Je suis la porte, qui entrera par moi sera sauvé, il entrera et sortira et trouvera sa pâture". Cela veut dire que nous avons parfois tendance à penser que la bonne pâture se trouve à l'intérieur, entre nous, dans un enclos bien déterminé, bien délimité de l'extérieur qui est un danger ! Vous avez fait attention à ce que le Christ dit : que ce soit en entrant ou en sortant, la brebis trouvera sa pâture. Cela veut dire que le problème du salut, ou le problème de notre vie chrétienne, ce n'est pas de vivre dans notre petit monde, bien protégés et de fermer la porte, mais cela veut dire que nous sommes invités à chercher en tout endroit, en toute circonstance la communion. Si je vis de communion, oui, je serai même capable de trouver ma pâture au cœur même d'une société ou d'un état, ou au cœur même de gens qui n'ont pas la même religion que moi et qui ne pensent pas comme moi. C'est difficile. Permettez-moi une petite incise rapide, j'ai cela en tête d'autant plus que j'ai eu la chance, la grâce de passer une semaine doctorale au Caire dont le thème portait sur le fondamentalisme dans les trois religions : islam, christianisme et judaïsme avec des doctorants qui étaient pour la plupart français ou égyptiens. Un des problèmes qui se pose c'est souvent la question de l'identité. Nous ne sommes pas à l'aise avec cette question de l'identité. Ce que je trouve toujours extraordinaire quand je lis l'évangile, c'est que le Christ ne dénie jamais son identité, tout en étant toujours en pleine communion avec les gens qu'il rencontre. C'est un exercice qui est extrêmement difficile. Il ne renie jamais ce qu'il est et d'ailleurs il en meurt, et en même temps, il est toujours en communion dans une tension extrême entre ce qu'il est et les gens qu'il rencontre.

A notre niveau, nous sommes aussi confrontés à ce problème. Nous avons à faire attention, car le refuge dans l'identité est dénoncé par le Christ. Le pasteur n'est pas l'identité et la barrière que l'on ferme. Le pasteur, c'est la porte ! Une des fonctions très importantes du pasteur, c'est la communion.

Frères et sœurs, je trouve assez beau que nous soyons appelés à méditer sur cet évangile aujourd'hui à l'aide d'un discours fait par saint Pierre et d'un extrait d'une lettre de Pierre, bien sûr parce que saint Pierre est le pasteur par excellence, c'est à lui que le Christ confie son troupeau, il est, lui et ses successeurs, évêque de Rome, le pape, et je crois que cela nous fait réfléchir sur une des fonctions essentielles du pape. Il n'est pas le gardien dans le sens où il verrouille la porte, mais une de ses fonctions, c'est de veiller à la communion et de faire en sorte, même s'il n'est pas "la" porte, mais de veiller à ce qu'il y ait une possibilité de passage, de dialogue et de rencontre entre l'extérieur et l'intérieur et de nous faire découvrir que nous pouvons trouver pâture partout dans le monde.

Frères et sœurs, par notre baptême, nous sommes aussi invités à être des pasteurs, et aussi à être la porte. Que ce dimanche soit pour nous l'occasion de méditer sur la manière dont nous sommes la porte pour les autres, autrement dit, si nous sommes capables oui ou non de rencontrer sans renier notre identité, de rencontre l'autre dans la communion.

 

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public