AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST OUVRE L'ESPACE VERS LA LIBERTÉ

Ac 2, 14+36-41 ; 1 P 2, 20-25 ; Jn 10, 1-10
Quatrième dimanche de Pâques - année A (15 mai 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


La liberté des grands espaces
 

"Je suis la porte des brebis". Frères et sœurs, quelle est la grande peur de notre siècle ? Après la peur qui a traversé le vingtième siècle, celle des idéologies, de l'organisation de la société basée sur des principes totalitaires, dont on espère être à peu près sortis, ce qui fait peur aujourd'hui est souvent condensé dans une expression : l'effet de serre. C'est-à-dire que beaucoup d'entre nous quand on écoute un certain nombre d'émissions, qu'on lit des livres, qu'on se pose différentes questions, on s'aperçoit qu'on est dans ce monde comme dans une serre. Evidemment les savants qui nous expliquent tous ces détails insistent sur la serre au sens où c'est une atmosphère confinée, dans laquelle la température augmente de plus en plus, mais l'image porte plus que cela. La serre par définition est un lieu fermé, la serre, c'est un endroit dans lequel on doit rester, et c'est d'ailleurs un endroit adapté pour les plantes qui y ont pris racine et ne peuvent pas se balader à droite et à gauche. C'est la première chose .

Il y a l'effet de serre spirituelle, parce que cette serre n'est pas simplement le problème du réchauffement de notre planète, mais il y a une certaine serre spirituelle dans laquelle nous nous trouvons. Nous sommes dans une société de plus en plus organisée, on ne peut plus prendre un GPS sans être immédiatement repéré, on ne peut plus faire une transaction bancaire sans être immédiatement identifié. Tout ce que nous faisons, dès qu'on se met sur la console de notre ordinateur, laisse des traces. Et petit à petit, là encore, seconde peur, le Web, la toile, la toile d'araignée, c'est quand même un système dans lequel on risque d'être pris comme des mouches. C'est vrai qu'actuellement, ce n'est plus le totalitarisme tel qu'on l'a connu au siècle dernier, mais aujourd'hui, tout ce que nous faisons est pratiquement repéré, identifié et mémorisé.

Dans cette atmosphère-là on a raison d'avoir quand même quelques craintes, mais notre réflexe le plus spontané et primaire, est de nous dire qu'il faut essayer de se sortir de là. Donc, cette construction si précise si bien agencée de la société moderne suscite et approfondit en nous le sens de l'individualisme mais non plus seulement pour cultiver son jardin, parce que cet individualisme-là paraît un peu naïf. L'individualisme qui consiste à se faire une bonne petite vie tranquille sans les autres, ce n'est pas très édifiant, j'en conviens, mais il y a pire. Mais maintenant, le problème de l'individualisme, c'est d'échapper à cette contrainte et nous nous sentons un peu dans la serre, avec cette envie sans arrêt de faire des trous dans le plastique pour sortir. Donc, nous vivons, et c'est un peu notre peur, ce qui nous touche au plus profond de nous-même, nous vivons dans la hantise de nous sortir de là. On ne pose pas tellement la question au niveau collectif, nous sortir de là, on sait que chacun d'entre nous est capable de trouver une solution. Mais comment pouvons-nous nous échapper un moment ? On nous fabrique du rêve. Avant c'était le Club Med, maintenant, il y a des sociétés de vacances qui vous permettent d'imaginer que vous allez échapper à ce tissu dans lequel vous êtes imbriqué, et c'est encore pire que le "métro-boulot-dodo".

Cette situation n'est pas si facile que cela à gérer, à la fois pour nous, pour nos proches, nos enfants, on a toujours l'impression d'être tenus, pris quelque part. Donc, notre grande tentation consiste à faire des brèches. C'est pour cela qu'on voit tant de choses du point de vue de la délinquance, de la petite et de la grande délinquance (ce n'est pas pour les excuser, loin de là), mais cela fait toujours partie de ce souci de vouloir échapper au système.

Evidemment, frères et sœurs, vous allez me dire que ce n'est pas très gai ce matin, pourtant, vous allez voir, c'est très intéressant. En fait, Jésus nous a dit aujourd'hui qu'il est la porte. Or, la porte, c'est tout l'inverse d'une brèche. Pour faire un brèche, vous êtes obligés de démolir le mur, beaucoup de gens font beaucoup de brèches dans le mur, et le toit finit par vous tomber sur la tête. C'est le grand danger. Dans l'évangile d'aujourd'hui le Christ nous dit : il n'y a pas trop d'hésitation, il y a une porte. Et cette porte, c'est la porte de la bergerie et le pasteur est passé par la porte et cette porte est un synonyme d'espace et de liberté. Pourquoi ? Parce que la porte combine les deux éléments : d'une part le fait d'être à l'intérieur d'une pièce et de pouvoir y trouver un certain refuge, une certaine paix, un certain réconfort, mais en même temps la porte nous signifie que l'espace au dehors est plus large que celui dans lequel nous nous trouvons.

C'est cela que Jésus a voulu dire. Il y aura toujours des gens qui vous feront croire qu'on peut passer par des brèches. Il y aura toujours des voleurs et des pillards, c'est pour cela qu'ils vous trompent. Mais il y a une porte qui fait communiquer la condition de ce monde et la condition profonde, ultime à laquelle nous sommes appelés. Cette porte, le Christ dit tantôt qu'il est la porte, et tantôt qu'il nous guide à travers la porte. C'est tout le mystère de la condition chrétienne. La condition chrétienne c'est que nous n'avons pas simplement une porte de sortie ou une issue de secours, c'est beaucoup plus que cela. Nous avons par la sollicitude du berger, par la sollicitude de celui qui est la porte, le lieu de communication, et c'est pour cette raison qu'il insiste tellement sur la possibilité d'entrer et de sortir, ce qui était la définition de la liberté dans le monde ancien de pouvoir aller où on voulait. Jésus dit : je suis celui par qui vous pouvez aller où vous voulez. C'est-à-dire : je suis la porte des brebis, je suis le porteur et le fondateur de votre liberté. N'essayez pas d'utiliser votre liberté pour casser le mur, essayez au contraire d'utiliser votre liberté pour la faire vivre là où elle doit vivre, dans la communication de l'intérieur vers l'extérieur.

C'est toute la beauté et la profondeur de la vie chrétienne. Qu'est-ce que la vie chrétienne ? C'est vivre dans la bergerie. De fait, nous sommes ici dans ce monde et il est la bergerie de Dieu. Ce qu'il faut savoir, c'est que ce monde n'est pas une serre, ce monde n'est pas un monde enfermé sur lui-même. Ce monde n'est pas ce monde tel qu'une certaine idéologie scientiste nous l'a fait croire, un monde totalement, globalement renfermé sur lui-même. Ce monde a une porte. Ce monde a un lieu de communication où l'on peut aller et venir, où Dieu y est passé pour venir jusqu'à nous, et où nous, nous pouvons passer pour aller jusqu'à Dieu.

Frères et sœurs, c'est pour cela que la foi chrétienne est si fondamentale aujourd'hui. Elle répond à une des angoisses, une des questions les plus profondes de l'humanité non pas dans le sens d'une sorte d'échappatoire : je vais déjà vivre sur mon petit nuage comme si j'étais déjà sur le ciel … comme toutes les publicités des compagnies d'aviation le font croire ! Non, nous sommes dans l'entre-deux, nous sommes tantôt entrant, tantôt sortant. Nous sommes dans la maison de notre terre et dans la condition présente, mais sans cesse nous est ouverte la porte pour communiquer avec celui qui nous conduit au Père. Si nous célébrons aujourd'hui le baptême d'Iris, c'est pour cette raison-là, c'est parce que toute la communauté paroissiale, ses parents, ses amis, sa famille, nous voulons lui ouvrir une porte, plus qu'un avenir, une porte. La définition de la porte, c'est qu'elle ouvre sur l'espace de la liberté, elle fait communiquer les espaces.

Profitons de cette journée du Bon Pasteur, et vous l'avez remarqué, le Christ avant de définir sa relation comme berger qui connaît chacune de ses brebis, il se définit d'abord comme la porte qui donne la liberté aux brebis. La condition du salut, c'est de nous ouvrir l'espace du salut de Dieu et ensuite, dans cet espace du salut de Dieu, de reconnaître qu'il y a une relation personnelle avec lui comme pasteur, de nous laisser guider, mais il faut d'abord qu'il y ait cette liberté.

Frères et sœurs, avec Iris, entrons dans ce mystère de notre liberté et renouvelons aujourd'hui l'ouverture de la porte de notre cœur pour que le Christ nous ouvre la plénitude de son Royaume.

 

AMEN

 

 

 

 
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