AU FIL DES HOMELIES

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LE POUVOIR

Ac 13, 14+43-52 ; Ap 7, 9+14 b-17 ; Jn 10, 27-30
Quatrième dimanche de Pâques - année C (21 avril 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


La main du Père - Thenay
Aujourd'hui, nous lisons un passage de l'évangile du Bon Pasteur. Comme vous le savez habituellement, c'est presque un lieu d'exposé obligé, parce que c'est le dimanche des vocations, et donc, on doit expliquer le Bon Pasteur à lumière du problème du rôle des ministères dans l'Église, le problème des vocations, du désir d'avoir des vocations, surtout dans la famille d'à côté mais pas trop dans la sienne. Bref, cette année, le diocèse dans sa grande sagesse a jugé que ce n'était pas très opportun de faire la quête pour le séminaire pendant les vacances de printemps, et donc on a reporté à dans quinze jours le dimanche des vocations. Cela donne un petit peu plus de latitude au prédicateur. Je ne vais pas vous parler des vocations, vous y aurez droit dans quinze jours, mais je vais vous parler du pouvoir car l'évangile que nous venons de lire est une véritable réflexion sur le pouvoir. Je crois que nous avons grand besoin de réfléchir sur ce qu'est le pouvoir et comment il fonctionne dans l'existence humaine.

Quand on pose la question du pouvoir dans l'Église, surtout si on n'a pas tellement lu d'ouvrages de théologie avec toutes les complications sur ce que c'est que le pouvoir de juridiction, car il faut bien imaginer que le Droit Canon est aussi compliqué que le droit de la vie humaine, et on pourrait se dire que le pouvoir, c'est très simple : il y a celui qui commande et ceux qui obéissent. De temps en temps, l'Église s'est prêtée à cette vison un peu caricaturale des choses en disant dans l'Église il y a deux catégories de gens : l'Église enseignante, c'est moi, et l'Église enseigne, vous ! C'est très simple, l'Église enseignée obéit à l'Église enseignante. Comme en plus dans l'Église enseignante il y a des degrés, il y a des degrés d'autorité. Il est sûr que si c'est le pape François qui parle, immédiatement, c'est un degré de pouvoir, d'autorité, de savoir, de connaissance, et de contrainte à obéir beaucoup plus fort que si c'est un vicaire de paroisse ou un diacre. Le pouvoir est donc très simple, il y a ceux qui commandent, et ceux qui obéissent.

Est-ce que c'est vrai dans l'Église ? Je prétends que non parce que Jésus lui-même qui est pourtant le Bon Pasteur, nous sommes les moutons, et nous n'avons qu'à brouter tranquillement l'herbe et à le suivre vers un autre pâturage. Tout cela remplit des pages entières d'images dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament. Ici encore, le Christ est le chef, il est le pasteur, et nous le suivons. Comme par hasard il a choisi comme exemple de ceux qui obéissent et le suivent, les animaux les plus dociles, malheureusement aussi les plus bêtes. A l'époque, on ne pensait pas que les moutons étaient bêtes, il a fallu beaucoup de temps pour qu'on s'en rende compte et le premier qui nous a expliqué que les moutons étaient bêtes, c'est François Rabelais dans l'exploit des moutons de Panurge.

C'est encore plus simple : Jésus est le chef, il nous donne un certain nombre d'indications à partir de sa résurrection parce qu'il est parti, et nous, on n'a qu'à suivre. On va vers les pâturages qui seront le Royaume de Dieu, le paradis, quelle que soit la manière dont on se le représente. Or, à moins qu'on n'arrive plus à l'entendre, dans ce texte, Jésus casse le modèle du pouvoir dans l'Église et dans le peuple des croyants. Il dit : "Les brebis écoutent ma voix, elles me suivent, elles me connaissent", d'accord, mais ensuite il ajoute : " Elles ne s'attachent pas à moi parce que c'est moi, mais c'est mon Père qui me les a donné". Il y a là un premier décrochage. Ce n'est pas une publicité que Jésus se serait donné à lui-même pour déclencher chez les brebis le désir de le suivre. C'est le Père qui me les a données. Donc, le fait que les brebis suivent le Christ cela ne vient pas de lui, Jésus n'est pas élu au suffrage universel. Deuxièmement "le Père qui me les a données est plus grand que tout et personne ne peut rien arracher de la main du Père". Si elles me restent fidèles, c'est parce que c'est le Père qui me les a confiées, ce n'est pas à cause de moi. Et enfin, ce qui verrouille l'affaire : "Le Père et moi nous sommes un". Nous sommes un bien sûr dans le même désir de conduire le troupeau, mais un aussi en étant Père et Fils et le Fils ne se définit pas par un pouvoir absolu, il se définit par le fait qu'il obéit au Père et qu'il fait son travail parce que le Père lui a confié une tâche à remplir.

Voilà une chose sur laquelle on ne fait pas toujours assez attention. Jésus lui-même ne se donne pas en maître absolu du troupeau, il dit lui-même qu'il a certes, une responsabilité et qui va jusqu'à donner sa vie pour le troupeau il ne fait pas le travail à moitié. Mais en même temps qu'il a cette responsabilité, il sait que ce n'est pas la sienne. Dans l'Église la structure du pouvoir n'est pas à deux temps : celui qui obéit et celui qui commande. En fait, même celui qui commande, Jésus, qui est le Seigneur de l'Église, qui est celui qui conduit le troupeau, est soumis lui-même à quelqu'un d'autre, à l'amour du Père.

Il faut aller jusque-là : le pasteur, comme le troupeau, sont tous les deux soumis, orientés et régulés dans leur action par un troisième : le Père. C'est cela que Jésus dit : c'est tellement important que tout soit sous l'autorité de Père, parce que rien ne peut lui échapper. Dans l'Église, ce n'est pas à deux temps, ceux qui sont commandés et ceux qui commandent, c'est tous les deux qui obéissent le Christ puis ses ministres, qui sont soumis ensemble au vouloir du Père. Jésus, surtout dans l'évangile de saint Jean, se présente toujours comme obéissant à la volonté du Père. Il fait tout ce que lui dit le Père : "Les œuvres que je fais, je ne les fais pas de moi-même, elles me sont demandées par le Père". On chante le Vendredi Saint : "Le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix". Par conséquent, quand Jésus conduit son troupeau, il ne faut pas rester à la surface des choses comme si Jésus s'était approprié le troupeau. Dans ce cas-là il serait un mercenaire, comme ceux qu'il a critiqué au début de chapitre dixième. Il ne se présente pas comme quelqu'un qui tient le troupeau et qui le manipule à son gré, mais il se situe par rapport au troupeau comme celui qui obéit au Père pour conduire le troupeau vers le Père. Son pouvoir est tout entier un dans la mission que le Père lui a confié et mission à laquelle il doit rester obéissant, c'est pour cela que le Christ est le modèle de l'obéissance, il n'est pas le modèle du pouvoir absolu. Il est obéissant parce qu'il doit accomplir cette tâche jusqu'à la limite de ce qui est possible, c'est-à-dire de donner sa vie pour ce peuple, non pas pour lui. L'Église du Christ n'est pas propriété du Christ, elle est propriété du Père qui a demandé que Jésus soit celui qui conduit ce troupeau. Faisant allusion à une autre parole, Epiphane de Salamine dit : "Quand le Christ revient par sa résurrection, il porte la brebis perdue sur ses épaules, et il la conduit vers le Père". Cette brebis c'est l'humanité.

La vraie compréhension du mystère du Bon Pasteur, ce n'est pas une sorte de prise de pouvoir de Jésus sur l'humanité, mais c'est Jésus qui vient expliquer, fonder, réaliser la mission que le Père lui a donné, ramener toutes choses au Père, comme le pasteur qui a retrouvé la brebis perdue vient vers le Père avec la brebis sur les épaules, le Christ, et qu'il dit : Père, voilà, je te ramène la brebis perdue et c'est pour cela qu'il y a plus de joie au ciel.

Dans l'Église, il faut bien comprendre que même ceux "qui ont le pouvoir", je veux parler essentiellement du pape et du collège des évêques, il faut bien comprendre comment ils fonctionnent. Ils ne sont pas ceux qui devraient s'attribuer ou manipuler le troupeau. Ils sont comme le Christ. Quand ils conduisent le troupeau, ils ne sont pas commandants, ils sont obéissants. Obéissants parce que la tâche leur a été confiée, c'est pour cela qu'on ne s'improvise pas ministre dans l'Église, mais on est toujours appelé. Cette tâche ils la reçoivent et ils doivent la réaliser en obéissant eux-mêmes aux mêmes critères et aux mêmes exigences que ceux dont ils ont la charge. Dans l'Église fondamentalement, il n'y a que des gens qui sont tournés vers le Père et qui essaient le moins mal possible de répondre à cette vocation que le Père a donné à toute l'humanité, et les ministres, pape, collège des évêques, ne sont là que pour mieux traduire l'exigence et l'appel du Père. Ils ne sont pas là pour des questions disciplinaires, ils sont d'abord là pour être les serviteurs de l'évangile, pour qu'il ne soit pas frelaté, mais qu'il soit présenté pur et dur, sans compromission, dans toute sa vérité, et aussi pour dire : nous sommes les premiers à devoir vivre cet évangile. Saint Augustin disait : "Je suis pasteur pour vous, mais chrétien avec vous". Recevoir une fonction, une mission d'évêque ou de pape ou des autres ministères, c'est recevoir une mission dans laquelle on approfondit sa mission, on doit suivre encore plus son orientation fondamentale.

Frères et sœurs, c'est cela le pouvoir dans l'Église. C'est là où vous comprenez la différence entre le pouvoir dans le sociétés civiles. Nous avons divisé les choses entre les gouvernants et les gouvernés et il peut arriver que les gouvernants et les gouvernés ne perçoivent pas les mêmes réalités. Pourquoi ? parce qu'on ne peut pas dire que dans une société les gouvernants et les gouvernés sont dans la main du Père. Laïcité oblige, ce n'est pas possible ! Nous n'avons pas les mêmes moyens. Le gouvernement des hommes, comme le disaient déjà les vieux sages grecs, c'est une nécessité, mais cela n'a pas la même structure ni la même cohérence que la structure du service des ministères dans l'Église. En soi, cela devrait l'avoir, c'était ainsi que l'on rêvait à certaines époques du bien commun, mais il faut bien reconnaître que maintenant nous ne sommes plus dans cette structure à trois, les gouvernants, les gouvernés, ceux qui commandent, ceux qui obéissent et quelqu'un qui sert de référence, le Père.

Frères et sœurs, la première chose qui nous incombe à nous, c'est d'être attentifs à l'originalité du pouvoir dans l'Église. Elle est très grande, ce n'est pas une collection de gourons que le collège épiscopal ! ce ne sont pas des gens qui imposent leur volonté à d'autres. Mais ce sont des gens qui, parce qu'ils ont été promus par le Christ au rôle de pasteur, vivent l'obéissance d'une façon plus radicale et plus exigeante encore parce que c'est cela qui leur donne la possibilité de conduire le peuple de ceux qui obéissent au Christ, de les conduire avec eux vers les vais pâturages, vers le mystère du Royaume. C'est pour nous à la fois une raison pour mieux comprendre ce à quoi nous devons obéir, c'est-à-dire nous remettre devant les exigences de l'évangile, et de comprendre que ce n'est pas par nous-même que nous décidons quel est l'évangile qui nous convient, mais on doit le faire en communion avec ceux-là même qui sont au service de l'Église pour la conduire de façon plus profonde et plus réelle vers sa destination véritable : la main du Père.

 

AMEN

 

 

 
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