AU FIL DES HOMELIES

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LA VIGNE

Ga 3, 23-28 ; Jn 15, 1-8

Jeudi de la quatrième semaine du temps pascal – C

(20 avril 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l peut sembler parfois que la vie s'use de tous les côtés. Et comme le dit le psalmiste, "quand nos jours seront usés, il faudra les rouler comme un vieux tapis." C'est un sentiment que nous pouvons avoir pour nous-même. Nous avons l'impression que les événements, intérieurs ou extérieurs à notre vie, nous laminent en tous les sens et finalement c'est ce qui paraît nous rendre vieux ou nous user. C'est que chaque jour, chaque saison où chaque année, nous commençons avec un passif de plus en plus lourd, et nous ne savons plus comment gérer ce lourd passé.

Lorsqu'on prend l'image de la vigne et des sarments, on fait écho à une autre image de l'arbre très fréquente dans l'Ancien Testament. Dans sa longue plainte Job fait des reproches à Dieu. "Quand je me promène sur les rives du fleuve et que je vois les vieux arbres qui sont au bord de l'eau, je sens bien que si on les a coupés et qu'il ne reste qu'une vieille souche, il suffit que les vieilles racines flairent l'eau pour qu'un jeune bourgeon, tout neuf, puisse éclore sur la vieille souche. Et qu'en est-il de l'homme, jour après jour ? Qu'advient-il de lui alors qu'il apparaît qu'il s'use et qu'il vieillit ? Que fait-il donc de sa vieillesse, de son âge et de sa mort ?" Ainsi s'exprimait Job en reprochant à Dieu d'avoir donné à la nature un rebon­dissement possible, une jeunesse toujours possible, alors que l'homme, lui, ne connaît qu'une fois cette jeunesse et l'ardeur de ses artères.

Pourtant l'image non plus de l'arbre isolé face au fleuve mais du sarment greffé sur la vigne est très parlante. Souvent les sarments ont cet aspect de vieux en hiver. Et dans ce sarment va venir au printemps une sève neuve, qui fera de lui non plus un vieux sar­ment mais, malgré sa vieillesse apparente, un rameau sur lequel vont fleurir des bourgeons tout neufs.

Il nous faut concevoir que nous pouvons "être neufs" par rapport au temps de ce monde, et de ne pas accepter d'avoir vécu, à l'avance, ce qui va se passer, ou d'avoir déjà les yeux usés comme si nous savions d'avance la somme de malheurs ou d'événements malheureux qui vont nous tomber dessus. Non pas qu'il faille par une méthode "un peu Coué" nous obli­ger à une espérance, mais nous pouvons réellement, dans notre cœur, rencontrer la possibilité d'être neuf, d'être vierge. Le temps qui va suivre, le temps qui s'écoule en nous est le mariage inconnu, imprévisible, entre Dieu et moi. Et rien ne le prévoit, rien ne l'a arrangé d'avance. Il suffit que j'y aille avec ce pas de danse prolongé qui fait que je crois encore que je suis tout neuf, vierge par rapport à ce temps.

Il y a plusieurs façons d'avancer dans l'avenir, y avancer en traînant les pieds en sachant d'avance que ca ressemblera désespérément à ce que nous avons vécu auparavant. Ou bien y avancer en posant notre cœur en avant de nous en disant : Mon espé­rance est si forte et si paradoxale que je resterai tou­jours neuf par rapport à ce temps qui vient vers moi, car Dieu anime ce temps d'une proposition incessante et il fait que nous pouvons être neuf. C'est ce que di­sait saint Jean dans l'évangile : "Déjà, vous êtes purs, en vertu de la parole que je vous ai annoncée." Déjà vous êtes purs ! Toute chose que vous avez vécue ne vous alourdit pas dans votre chemin. Je les prends en compte afin que, au cœur même de ces évènements, j'y annonce la Parole qui allège, qui soulève et qui sauve.

Quel que soit notre âge ou notre usure ou no­tre sentiment d'usure, l'eucharistie que nous allons recevoir en ce jour est comme le rappel que tout peut être neuf, nouveau, vraiment nouveau. Et c'est cela que le Christ annonce en nous désignant comme ses sarments car Il est vraiment la vigne et son Père est le vigneron.

 

AMEN

 

 

 
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