AU FIL DES HOMELIES

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TOUCHER OU NE PAS TOUCHER ?

Ph 3, 17-21 ; Jn 14, 15-21

(28 avril 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL 

Issoire : chapiteau du choeur 

Ne me touche pas !  

D

 ans cet Évangile, le Christ nous affirme que nous vivrons parce que nous avons vu. Or dans les évangiles, il y a deux réactions contradictoires face à la Résurrection. La première est celle de Thomas, d'un homme qui demande à voir et vérifier la Résurrection dans les plaies elles-mêmes. Attitude bien paradoxale que de vouloir vérifier la résurrection, c'est-à-dire la victoire de la vie en touchant les plaies de sa souffrance et de sa mort, comme le Christ y invite l'apôtre incrédule. Et à l'autre bout une autre réaction du Christ disant à Marie-Madeleine : "Ne me retiens pas ! Ne me touche pas !" Il est curieux que le Christ demande à Thomas ce qu'Il refuse à Madeleine et cela provoque l'étonnement de bien des enfants qui disent : Comment cela se fait-il que l'un puisse toucher et l'autre non ? De fait, l'évangile ne précise pas si Thomas a vraiment touché le Christ. Jésus l'a bel et bien invité à le faire, peu importe qu'il l'ait ou non fait. C'était possible.

       Ceci pour éliminer d'office l'idée que le Christ Ressuscité n'est qu'un esprit. Thomas a pu toucher une chair humaine et il aurait pu contrôler avec ses doigts les stigmates de ses plaies. Dans la nef de la cathédrale un tableau montre de façon très réaliste Thomas enfonçant son doigt dans le côté du Christ, avec d'ailleurs des yeux exorbités. Ce tableau m'a toujours beaucoup impressionné tant il insiste trop sur la réalité de la chair touchée par Thomas. Mais ceci pour autant est beau. Au fond de notre église un autre tableau représente Marie-Madeleine, même si elle n'est pas très jolie, qui tente de retenir le Christ. Mais je crois que tous deux voient le Christ Ressuscité, et pour tous les deux leurs vies se définissent par rapport à ces apparitions du Christ Ressuscité, comme le Christ le dit Lui-même pour nous aujourd'hui. Notre vie de futurs ressuscités se définit déjà par cette relation que nous avons avec le Christ Ressuscité. 

       Pour Marie-Madeleine, je vous livre une interprétation personnelle. Au matin de la Résurrection, Marie-Madeleine est désemparée, elle court de part et d'autre dans ce tombeau vide, ne trouvant aucune preuve puisqu'il n'y a rien dans le tombeau. Elle constate que les linges sont affaissés, rangés, elle est tout occupée, de l'intérieur, par l'amertume, la douleur qui est la sienne, à cause de ce qui s'est passé dans la nuit ou les jours précédents. Et finalement, comme toute personne prise par la tristesse, le deuil, le désespoir même, elle ne voit rien autour ; elle entend vaguement quelqu'un marcher et elle reconnaît là "un homme" puisqu'elle le prend pour le jardinier. Et Jésus l'appelle par son nom : "Marie !" Alors elle le reconnaît et dans un même élan elle veut le saisir pour le ramener dans l'époque précédente, pour que tout soit comme avant. Comme si elle voulait, tout à fait inconsciemment mais instinctivement nier tout ce qui s'est passé et que cette mort n'est qu'un cauchemar. Le geste de Marie-Madeleine consiste à dire : ceci n'était qu'un cauchemar ; maintenant, Tu es vraiment là, je retrouve avec Toi cette vie que j'ai connue auparavant, tellement heureuse, tellement pleine de vie divine, tellement pleine de miséricorde pour moi qui suis une pécheresse, alors, balayons tout, reviens parmi nous et oublions ces jours de cauchemar. Et c'est pour cela que le Christ Lui dit : "Ne me touche pas ! Ne me retiens pas ! car ta façon de vouloir me saisir est une façon de nier ma résurrection. Ta façon de vouloir Me retenir dans ce monde montre que tu n'as pas compris que ma vie nouvelle devait passer par la Pâque et par la croix. Et c'est pour cela que tu ne peux pas me saisir. Car ce que tu veux saisir n'existe plus", il est mort parce qu'il est passé par la Pâque pour être ressuscité. Ce que Marie-Madeleine veut saisir dans son âme humaine débordante d'amour, c'est "l'homme qu'elle a connu avant" qui lui a tant apporté, l'homme de miséricorde. Mais elle ne comprend pas encore la profondeur de la mort et de la Pâque nécessaires pour que le Christ sauve non pas Lui-même, mais tous les hommes.

       C'est l'inverse pour Thomas. Il ne nie pas la mort puisqu'il veut contrôler que cette résurrection a gardé les traces de la mort. C'est pour cela, à mon avis, que le Christ accepte de se laisser toucher par Thomas. Thomas accepte que le Christ soit passé à la fois par la mort et la Résurrection alors que Marie-Madeleine n'a pas encore accepté la "kénose" la descente du Christ dans sa mort.

       Nous aussi nous avons à nous saisir de Lui, mais saisissons-nous de Lui avec sa mort et sa Résurrection. Ne cherchons pas à vouloir que tout se passe du mieux possible, mais acceptons que nous devons passer par la mort qui est le véritable chemin du chrétien afin de ressusciter et que notre résurrection gardera les stigmates de notre mort à nous. C'est là une façon pour Dieu de respecter notre propre vie et de ne pas la nier. Si Dieu effaçait tout pour nous ressusciter, ce serait nier notre propre liberté d'aujourd'hui. Dieu en prend compte et cette liberté a capacité d'éternité, en ce sens qu'elle détermine notre résurrection qui gardera à la fois ce qui a été abîmé, ce qui a été notre passion et ce qui a permis au Christ de nous relever de la mort et de nous sauver.

      AMEN


 

 

 

 

 

 

 Ne me touche pas !  

 
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