AU FIL DES HOMELIES

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LE VISAGE DE GLOIRE

Ga 3, 22-28 ; Jn 15, 27-32

Jeudi de la quatrième semaine de Pâques – A

(19 mai 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Complexité du visage de Gloire du Christ

 

F

rères et sœurs, vous avez entendu cet évangile dans lequel il est question de glorification. J'aurais voulu le remettre dans le contexte général du chapitre douzième de saint Jean. Dans ce chapitre, on commence par l'onction de Béthanie, ce moment où Marie oint les pieds de Jésus. Ensuite, il y a l'entrée messianique de Jésus à Jérusalem, en très grandiose, avec les rameaux, les palmes, "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur," c'est le roi d'Israël, c'est celui qui va vaincre et qui va rétablir la royauté politique, temporelle, qui va libérer le peuple des romains.

Et puis, voilà que dans le passage que nous avons entendu et dont le début est utilisé pour la fête de Philippe, ce sont des grecs qui montent au Temple pendant la fête. Ces grecs, ce sont des juifs, mais de langue grecque et ils demandent à Philippe de voir Jésus. Il faut reconnaître que ce soit ces grecs ou que ce soit nous-même, ce que nous avons envie de contempler, c'est Dieu dans sa gloire, dans sa noblesse, dans la réalité selon laquelle il est le maître de l'univers. Ils demandent à Philippe de voir ce visage. Ce visage qui vient d'ailleurs d'être glorifié quelque temps auparavant avec les palmes et les rameaux, avec les acclamations du peuple. Et le visage qu'ils vont contempler est un visage beaucoup moins glorieux mais beaucoup plus compliqué. Car dans cette glorification, terme qui revient régulièrement à ce moment-là dans la bouche de Jésus, il faut savoir ce que l'on y met. On y met en fait, la mort. Non pas que Dieu soit le Dieu des morts, car Dieu est le Dieu des vivants, mais le lieu de la souffrance et de la mort est le lieu de la glorification. Non pas que Dieu prenne plaisir à faire souffrir ses créatures, comme si nous aimions à faire souffrir les petites fourmis qui se promènent sous nos pieds en disant que nous avons leur destinée dans nos mains. Dans cette glorification, il s'agit d'un jugement qui est double, de ceux qui regardent celui qui souffre, celui qui est en train de mourir, et le jugement sur celui qui et en train de mourir.

La clé de lecture, (je suis toujours en amont de ce que nous venons d'entendre) c'est : "Si le grain tombé en terre ne meurt, il reste seul" et le mot important, c'est la solitude. Même s'il est normal, même s'il est légitime de considérer que la mort physique est une épreuve douloureuse pour ceux qui restent dans ce monde, il n'empêche qu'à travers cet épisode de la glorification, ce que Dieu veut nous rappeler, c'est qu'il y a une mort pire que la mort physique, c'est la solitude totale, c'est d'être coupé de ses frères et de ses sœurs, c'est d'être coupé de Dieu. Mieux vaut mourir physiquement en communion avec Dieu et avec ses frères, plutôt que de vouloir continuer à vivre coupé de Dieu et des hommes.

Et c'est cela la glorification du Christ, et c'est ce que la foule est invitée à voir. C'est là qu'il y a jugement entre ceux qui vont reconnaître cette glorification au cœur de la déchéance, et au cœur de cette déchéance, le Christ malgré tout reste en communion avec les hommes et avec Dieu, et les hommes pensent que tout est fini, et pas simplement parce que nous croyons que c'était lui qui allait rétablir la royauté, mais tout est fini parce qu'il est coupé de ceux qui l'aiment, et cet homme crucifié est aussi coupé de Dieu. S'il est crucifié, c'est bien qu'il est coupable, et s'il était vraiment le Fils de Dieu, il n'avait qu'à descendre de la croix.

Je crois que c'est ce visage que nous sommes invités à contempler. Nous sommes ces grecs, nous aimerions contempler exclusivement le visage de la glorification de Dieu, or, ce que nous dit Dieu c'est que ce visage est plus compliqué qu'on ne le croit. C'est que cette gloire ne réside pas simplement dans une sorte de glorification assez facile, quand tout coule de source, et que tout va bien. Mais paradoxalement, cette glorification existe aussi au cœur de l'épreuve à partir du moment où je reste en communion avec Dieu et avec mes frères et mes sœurs.

Même si nous sommes tentés surtout de voir ce visage de ce Dieu puissant, c'est aussi ce visage vers lequel nous devrions être attirés. En tout cas, lorsque nous rentrons dans l'église, et que nous voulons voir d'abord ce visage de gloire, l'eucharistie est là pour nous rappeler toute la complexité de ce visage de gloire du Christ, et ce visage complexe du Christ c'est aussi le visage complexe de tout chrétien. Car nous-même, nous serons aussi jugés sur cela, c'est-à-dire, est-ce que au cœur de nos épreuves, nous aurons été fidèles à la communion avec Dieu et avec nos frères et sœurs, C'est ce qui compte le plus pour la construction du corps de l'Église.

 

AMEN

 

 

 
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