AU FIL DES HOMELIES

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DONNER SA VIE POUR SES BREBIS

 

Ga 3, 22-28 ; Jn 10, 11-18
Lundi 18 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois


Frères et Sœurs, aujourd’hui lundi, la liturgie nous propose un texte qui prolonge la méditation que nous avons eue hier dimanche sur le mystère du bon pasteur. Mais aujourd’hui, cette question du bon pasteur est envisagée sous un autre angle, celui où Jésus manifeste devant l’autorité juive de l’époque sa véritable identité. Le contexte très précis : Jésus choisit de donner la parabole du bon pasteur à l’intérieur de l’enceinte du temple, à deux pas des autorités qui dirigent le clergé de Jérusalem, et il en profite pour livrer le secret de sa propre personnalité. Quand il dit « Je suis le bon pasteur », il veut vraiment dire qui il est, et d’une certaine façon, il décrit le profil qu’il a vis-à-vis du peuple, en contrepoint par rapport à la classe sacerdotale de Jérusalem. 

 

Vous l’avez remarqué, tout est bâti sur l’opposition entre d’une part le mercenaire, et d’autre part, celui qui donne sa vie pour ses brebis. On reviendra d’ailleurs sur cette expression «  donner sa vie pour les brebis ». Que Jésus reproche-t-il au clergé de Jérusalem ? Eux aussi sont pasteurs, mais ce ne sont pas de bons pasteurs parce qu’étant mercenaires, ils ont mis un curseur dans l’échelle de l’identité du pasteur. Ils sont pasteurs mais sans risque. Certes, ils s’occupent du troupeau, le clergé de Jérusalem le montrait amplement, mais jamais ils ne prennent le risque de mettre en danger leur vie pour ce troupeau. S’ils voient le loup, ils fuient. Est-ce là une allusion à la collaboration du haut sacerdoce de Jérusalem avec le pouvoir romain ? Ce n’est pas impossible. Voilà la première manière d’être pasteur. Et c’est pour ça que c’est très important de bien comprendre la différence entre les deux. 

 

La deuxième façon d’être pasteur est celle de Jésus qui se pose en contrepoint par rapport à cette attitude-là. Lui n’a pas du tout la visée de se montrer pasteur sans risque, au contraire il prend tous les risques et va jusqu’à donner sa vie. Là, c’est d’ailleurs assez intéressant parce que nous nous disons « Donner sa vie, c’est la générosité, c’est le courage etc. ». En réalité, la véritable expression qui est derrière, c’est « Je dépose ma vie ». Evidemment, pour nous aujourd’hui, ça ne veut rien dire. Pourtant, le mot « déposer sa vie » a un sens très précis. C’est le geste du prêtre qui prend la victime, l’animal qui a été tué pour le sacrifice, et qui le dépose sur l’autel afin qu’il soit consacré à Dieu et qu’ainsi, il devienne objet du repas sacrificiel. La chair déposée sur l’autel devient à ce moment-là une vie, une vie qui a été tuée par l’égorgement de la victime animale, mais cette victime devient effectivement objet de sacrifice, c’est-à-dire communion, partage entre Dieu et les hommes qui sont les offrants de cet animal. 

 

Jésus veut donc dire ici que le rôle du bon pasteur est le rôle sacrificiel de donner sa vie, c’est-à-dire de laisser sa vie être déposée sur l’autel devant le Seigneur, devant le père, pour qu’elle rejaillisse sur tous les membres de la communauté et du peuple dont il a la charge. Frères et sœurs, comme vous le voyez, cette histoire du bon pasteur n’est pas banale, et je crois que c’est sans doute un des aspects de la polémique qui a déchaîné l’autorité des grands prêtres de Jérusalem contre Jésus. Quand Jésus dit qu’il est bon pasteur, il met en duo les deux formes d’exercice de la vie pastorale, du soin du troupeau, du soin du peuple. Jésus dit à ce moment-là « Maintenant, le Père m’a donné à moi, Jésus, le soin du troupeau que le sacerdoce de Jérusalem avait assumé apparemment avec un certain nombre de critères et en prenant le minimum de risques. Mais maintenant, le fait d’assumer le guidage du troupeau et le soin du peuple est complètement remis entre mes mains par le Père, et ma mission est de réaliser toutes les exigences de cette fonction pastorale pour être au service du peuple, même si cela doit me coûter la vie ». 

 

Alors frères et sœurs, que cette méditation sur l’histoire du Christ comme bon pasteur ne nous laisse pas succomber au cliché bucolique un peu facile du gentil berger avec ses gentils moutons, mais qu’il nous aide à comprendre qu’il y va de la façon dont Jésus a révélé son être, sa mission et finalement sa personne dans le service qu’il a rendu : déposer sa vie, c’est-à-dire faire de sa mission de conduire le peuple un véritable don de soi, jusqu’à la mort sur la croix, et par la résurrection ainsi de faire entrer le troupeau dans le mystère de la vie éternelle avec Dieu le Père.

 

Amen

 
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