AU FIL DES HOMELIES

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 LA LOI ET LA FOI

Ga 3, 22-28 ; Jn 10, 1-10

(7 mai 2001)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Ni maîtres ni esclaves …

S

aint Paul qui passe pour être légèrement rétrograde dans les passages de ses écrits dans lesquels il est question des femmes et notamment de la manière dont elles doivent se conduire dans l'Église, je ne commenterai pas cela, j'ai mes idées personnelles, est me semble-t-il quand même assez révolutionnaire, et à force d'entendre certains passages on s'habitue au contenu du texte. Mais il est très révolutionnaire lorsqu'il dit : "Il n'y a ni juif, ni grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme". Nous, cela nous paraît tous à fait normal, mais quand je dis que dans cette assemblée, il n'y a ni homme ni femme, vous penserez que ma myopie ne s'est pas améliorée, de même si je dis qu'il n'y a ni aixois ni marseillais, là on pensera que j'ai perdu la mémoire.

Quand saint Paul dit qu'il n'y a ni juif ni grec, il dit à ceux qui l'écoutent qu'il n'y a pas un peuple d'un côté, et un peuple de l'autre, un qui aurait toutes les qualités, et un autre pas du tout. Quand il dit qu'il n'y a ni homme libre ni esclave, après avoir remis en cause le principe religieux du peuple élu face à un autre qui ne l'est pas, il remet en il remet en cause le principe du fonctionnement économique de sa société, puisque les esclaves sont une matière première du travail. Et quand il dit qu'il n'y a ni homme ni femme, alors là, il atteint au cœur même du fondement de l'organisation de la société, avec une place très déterminée de la femme, et de l'homme. C'est donc en fait, une vraie révolution. On atteint au religieux, à l'économique et au social. Pourquoi saint Paul dit-il cela ? C'est pour illustrer ce que désormais les chrétiens sont devenus. Il dit : "Vous avez revêtu le Christ". Qu'est-ce que cela peut-il signifier ? Nous, quand on revêt quelque chose, c'est un vêtement, et vous le savez, qu'il sert à voiler comme à dévoiler, il sert à dire ce que nous sommes, et aussi à garder ce que nous sommes pour nous. Et quand il dit : "Vous avez revêtu le Christ", c'est parce qu'il a opposé deux choses : la Loi et la foi.

Pour nous, cela n'a peut-être pas de conséquences immédiates, mais lorsque saint Paul oppose la Loi à la foi, en disant que nous ne sommes plus sous le joug de la Loi mais que la seule chose qui peut nous faire acquérir la promesse qui a été faite, c'est d'avoir la foi, et qu'est-ce que la foi ? C'est d'avoir revêtu le Christ. Et de ce fait, tout est bouleversé : le religieux, l'économique et le social. Tout est atteint. C'est très important lorsque saint Paul affirme cela parce que la loi, lorsqu'elle est posée, elle donne une règle qui peut être appliquée sans âme, et cette Loi appliquée sans âme c'est de toujours dire : vous êtes au-delà ou en deçà de la Loi, et dans ces cas-là, vous êtes dans la Loi ou hors la Loi. Et vous le savez par vous-mêmes, il est bien plus facile d'être hors la Loi que dans la Loi, et que ceux qui s'estiment être dans la Loi pensent avoir trouvé leur propre justification, ils n'ont besoin de personne d'autre quand ils sont dans la Loi.

Saint Paul dit que c'est la foi qui donne le salut et non la Loi, c'est-à-dire que ce n'est pas extérieur à moi, ce n'est pas un artifice ou quelque chose de maîtrisable qui pourrait faire qu'automatiquement la Loi appliquée, les conséquences sont inéluctables. Ce que dit saint Paul c'est que la seule justification, la seule réalisation de la promesse, la seule entrée dans le salut, c'est la foi. La foi, c'est du coup, la confiance, c'est ce qui va établir une relation, une communication, et même une intimité. La Loi dit saint Paul ne vous est pas extérieure, mais elle vous colle à la peau, comme le vêtement, et comme le vêtement, elle touche à notre intimité, et en même temps, c'est cela qui va nous révéler et nous dire à l'autre. C'est pourquoi je ne peux plus me situer simplement en disant : moi je suis juif, toi tu es grec, moi je suis homme libre, et toi tu es esclave, moi je suis homme, et toi tu es femme, en rejetant toujours, en excluant toujours. Mais simplement vous avez revêtu le Christ et vous vivez dans l'ordre de la foi et cela devient la règle même pour tous les hommes, du salut. Cela implique alors qu'avant de porter un jugement, il faudra des règles, des normes et autre chose, mais avant tout, c'est une histoire de confiance avec les autres. C'est seulement dans cette confiance-là qu'ensuite, on peut discerner ce qu'il y a d'enfant de lumière en nous et de ténèbres qui demeurent. Il faut avoir le sentiment que nous partageons avec les autres le même sort, mieux encore, le même salut, sinon, il n'y a rien de nouveau dans l'Alliance que nous célébrons.

 

AMEN

 

 

 
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