AU FIL DES HOMELIES

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 COMBATTRE LE MAL

Rm 8, 31-39 ; Jn 6, 51+60-69

(11 mai 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN

L'agneau vainqueur

L

 

e passage de l'épître aux Romains se présente comme un procès : "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?" Il y a le pour, il y a le contre et il y a un juge qui est Dieu Lui-même. Ce procès est adapté à notre propre condition terrestre, la condition de notre vie chrétienne. Nous sommes, en principe, pour Dieu, mais il nous faut continuellement combattre contre ce qui n'est pas Dieu. Et le juge qui est Dieu a lui-même prononcé le jugement définitif, la sentence irréversible. Et ceci dans une circonstance très précise "Il n'a pas épargné son propre fils, mais Il l'a livré pour nous !" C'est Dieu Lui-même qui a prononcé ce jugement, selon son dessein, selon son dessein de salut de l'humanité. C'est la Pâque du Christ qui est la sentence finale de ce procès. C'est la Pâque du Christ qui est la dernière Parole du combat que nous menons.

Face à l'accusateur, ce n'est pas nous qui sommes disposés, c'est le Christ Lui-même. Satan est l'accusateur. Il est le "Père du mensonge" c'est-à-dire que son accusation est fausse, son argumentation est erronée. Il nous condamne lui-même dans ce qui est le péché. Lui-même a prononcé la sentence de sa condamnation, c'est notre mort. Et notre mort c'est de nous avoir et de vouloir nous séparer de Dieu. Mais cela est un mensonge. C'est un pouvoir d'usurpation, c'est un pouvoir qui est dans l'erreur. Or celui qui a subi cette condamnation de Satan est innocent. C'est Celui qui est sans péché, c'est Celui qui est sans tache, c'est l'Agneau immaculé. Et ce qui est étonnant c'est que la condamnation de Satan sur l'homme est fausse, mais de cette condamnation nous allons être et nous sommes délivrés par Celui sur qui ne pèse aucune force de condamnation ou de complicité avec le mal, avec le péché et avec la mort. C'est pour cela que le Christ est la sentence terminale, finale que Dieu a prononcée dans ce combat contre le mal et c'est Lui qui triomphe de toute forme de condamnation, de toutes sortes de morts passagères ou définitives parce qu'Il est innocent de tout mal et de tout mensonge.

Le Christ, maintenant vainqueur de ce combat mené par le Prince des ténèbres, le Christ vainqueur est présenté comme le Juste. Non seulement celui que Dieu a manifesté comme le Juste dans sa résurrection, mais celui qui, désormais ressuscité, siège à la droite de Dieu, siège comme sur un tribunal. Que fait-il sur ce siège ? Il intercède pour nous, c'est-à-dire Il fait en sorte que la grâce de la Pâque vienne intervenir en notre faveur, alors que nous-mêmes nous sommes toujours à combattre contre le mal.

Dans la deuxième partie de son texte, saint Paul évoque comme trois dimensions, en trois cercles concentriques, les trois formes du mal contre lesquelles nous avons à lutter.

D'abord le doute : "Qui nous séparera de Dieu ?" C'est le péché intérieur, celui qui naît de nous-mêmes. C'est la peur, c'est le manque de confiance, c'est le manque de foi, c'est le fait d'écouter notre propre cœur, d'écouter notre propre parole plutôt que de nous en remettre à la Parole de Dieu.

Puis dans un autre cercle, il y a le mal qui nous vient de l'extérieur, des événements comme nous dirions "les tribulations, les persécutions, la faim, la nudité, les périls, le glaive."

Enfin mais plus mystérieux un troisième cercle plus profond, plus invisible. Ce sont ces forces mystérieuses du mal qui habitent dans la création "les principautés, la mort, le présent, l'avenir, les puissances des profondeurs ou les puissances des hauteurs."

Quelle que soit l'origine du mal, nous sommes déjà vainqueurs dans Celui qui a porté la condamnation et qui a fait éclater ce jugement de mort prononcé par l'accusateur c'est-à-dire par le démon. Et notre foi chrétienne, c'est, au fond, de vivre continuellement sur cette limite, à cette frontière entre ces forces du mal et la victoire du Christ. Mais nous n'avons pas d'abord à combattre directement contre le mal, car nous n'en sommes pas capables. Il n'est pas en notre pouvoir d'hommes, créatures, de combattre directement contre les formes du mal soit intérieures, circonstancielles ou mystérieuses. Notre première tâche de chrétien c'est de nous attacher au Christ victorieux. Et c'est dans cet attachement au Christ victorieux que nous devenons, nous-mêmes, victorieux, par Lui, des forces du mal. C'est vrai qu'il nous arrive de perdre des batailles, mais nous savons que l'affrontement est déjà annoncé, que la victoire finale est donnée, dans la chair du Christ. Et dans cette chair du Christ nous avons la vie éternelle, dans la mesure où nous sommes accueillants, où nous restons attachés, où nous voulons que rien ne nous sépare de cette chair du Christ, nous sommes déjà victorieux de toute forme d'accusation, nous sommes déjà victorieux du mal.

Je crois que vouloir combattre directement contre le mal c'est d'abord une forme extrêmement forte d'orgueil et c'est signer notre échec. Mais ce que le Christ nous demande, c'est d'adhérer à sa chair qui est vie éternelle, c'est de vouloir que rien ne nous sépare de son amour, de sa Pâque, de sa mort, de sa Résurrection. Et dans cet attachement, dans cette fidélité, dans cette appartenance permanente et profonde à la chair du Christ, nous sommes victorieux de sa victoire, mais pas de la nôtre. C'est pour cela que lorsque nous quittons la chair du Christ, nous retombons dans l'accusation du mal et nous avons envie, aussi, de quitter le Seigneur.

Que cette eucharistie nous rappelle, nous redéfinisse dans notre propre esprit que nous sommes toujours dans un combat, mais que nous en connaissons l'issue puisque l'issue c'est la Pâque du Christ et la fidélité à cette Pâque assure en nous la victoire définitive, pour aujourd'hui et pour demain, sur toute forme de mal, de péché ou de mort même si nous ne voyons pas encore manifestement cette victoire, nous savons, dans la foi, qu'elle est acquise.

 

AMEN

 

 

 
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