AU FIL DES HOMELIES

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1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 58-69

Lundi de la quatrième semaine de Pâques – A

(11 mai 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le petit troupeau

I

 

l faut, bien le reconnaître, politiquement c'était un grand succès ! Toutes ces foules qui s'étaient mises dans l'enthousiasme à marcher à sa suite. Et socialement, c'était une très grande réussite puisque les pauvres avaient enfin du pain à manger et surtout personnellement, c'était un succès éclatant puisqu'Il n'avait pas eu à être candidat ! Mais c'étaient les foules qui avaient voulu en faire leur roi. Et pourtant curieusement, Il a tout fait échouer ! Il a tout mis en échec, et cela par sa faute !

D'abord, après la multiplication des pains Il s'est retiré dans la solitude, et puis, lorsque les foules ont voulu le rejoindre, elles ont fini par le retrouver et Il a dévoilé immédiatement ce qu'elles avaient au fond du cœur : "Vous me cherchez parce que vous cherchez du pain ! Mais il ne faut pas travailler pour cette nourriture-là." Il faut chercher qui Je suis, et il avait dit alors cette phrase étonnante : "Je suis le Pain Vivant, descendu du Ciel !" A ce moment-là, c'était comme si toutes les illusions de cette foule étaient subitement tombées, parce que Jésus ne promettait pas ce qu'on attendait de Lui, Il renvoyait chacun à un niveau de réalité auquel il ne s'attendait pas. Manger la chair du Christ ! Boire son sang ! Entrer dans sa Pâque. Entrer dans sa mort. A ce moment-là, tout a basculé ! Les foules se sont retirées parce que ses paroles "étaient trop dures à entendre !" Et curieusement, lorsqu'il ne reste plus qu'un petit noyau de fidèles, Jésus ne cherche même pas à les retenir. Il leur dit tout simplement : Vous voyez ce qui vient de se passer. Est-ce que vous aussi, vous voulez vous en aller ? Si vous le voulez, vous pouvez ! Curieuse pédagogie qui se termine ultimement par ces paroles : "Nul ne vient à Moi, si mon Père ne l'attire !"

Voyez-vous, ce n'est pas le monde et ce ne sont pas les foules qui pouvaient choisir Jésus. Ce n'est pas le monde qui pouvait imposer au Christ et au Sauveur la figure que ce monde aurait voulu qu'Il prenne. A chaque fois, le Seigneur a toujours déjoué ce piège et cette tentation. Mais au moment même où tout paraît dramatiquement perdu, le Christ renvoie chacun de ses disciples à cette question : "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est Moi qui vous ai choisis." Notre existence, notre manière d'être, ne se définit pas par un projet. Elle se définit d'abord par le projet de Dieu sur nous. La question n'est pas :"Où allons-nous ?" mais avec cette pointe d'inquiétude qui est la caractéristique de notre condition humaine : "A qui irions-nous ?" Non pas :"Où allons-nous," au sens où nous prendrions en main notre existence, pour façonner je ne sais quel projet si beau, si noble soit-il, mais qui restera de toute façon humain, mais plus exactement se laisser porter et se laisser emporter par cette mystérieuse et secrète attirance du Père vers son Fils.

Chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, c'est ce miracle-là qui se reproduit ! Malgré notre infidélité et notre péché, c'est chaque fois cette voix secrète de Dieu qui nous dit : "Viens vers le Père ! Entre dans la Pâque du Fils. Entre dans la Vie de l'Esprit".

 

AMEN

 
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