AU FIL DES HOMELIES

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LA PORTE

Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 1-10

Lundi de la quatrième semaine du temps pascal – C

(17 avril 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Bozouls : la porte des brebis

 

L

a parabole que nous venons d'entendre, dans l'évangile de Jean, est, si je peux me permettre un jeu de mots, "à double entrée". Cette porte est effectivement à double entrée parce que tantôt Jésus dit qu'Il passe par la porte pour aller à la ren­contre des brebis et, à un autre moment, Il dit : "Je suis la Porte des brebis !" Les deux significations font référence à la même image, mais c'est souvent comme cela dans la tradition biblique. La même image peut avoir plusieurs connotations.

La première, c'est que Jésus passe par la porte pour aller rejoindre son troupeau. C'est le mystère de l'Incarnation. Pour rencontrer l'homme, Dieu ne fait pas n'importe quoi. Il passe par la porte, et cette porte c'est l'humanité de Jésus-Christ. Le Christ a voulu passer par la porte, c'est-à-dire par ce chemin qui donne accès à l'homme. Et y a-t-il meilleur chemin pour arriver à rencontrer l'homme que son humanité ? C'est précisément cela le mystère de Jésus : Il est passé par la porte de notre humanité pour venir nous rejoindre. Aucune religion n'avait pensé à une chose aussi audacieuse. Il a fallu que ce soit Dieu Lui-même qui y pense. Dieu s'est fait homme. Il est venu nous rejoindre "par la petite porte", c'est-à-dire la porte de notre humanité. Mais le résultat, quand Dieu passe par la porte de l'humanité, le résultat est multiplié à la mesure même de l'amour de Dieu qui prend la petite voie d'accès : c'est qu'Il devient Lui-même la porte pour les brebis.

La porte, pour les brebis, c'est essentiellement la liberté du salut. Les portes, comme le dit le Christ, sont faites pour entrer et pour sortir. Contrairement à ce que nous pourrions penser, les portes ne sont pas faites pour boucler les gens et les faire se tenir bien à l'abri. Les portes sont faites pour trouver la véritable liberté de mouvement. C'est précisément cela que nous avons reçu lorsque le Christ a dit : "Je suis la Porte !" Par sa mort et sa Résurrection, Il nous a donné cette liberté de mouvement qui est de pouvoir passer, en toute notre vie, et au-delà même de notre vie, de cette condition à la plénitude de la vie en Dieu. Il est la porte qui ouvre à l'homme l'espace de l'infini du Royaume de Dieu. Il est le lieu-même de la com­munion et de la communication entre Dieu et l'homme. Et Il est la porte qui démultiplie, à l'infini, l'espace dans lequel nous pouvons effectivement trouver notre véritable liberté.

Voilà ce que le Christ est venu nous apporter. Et comme membres de l'Église, il faut que nous sa­chions effectivement reconnaître le Christ comme Celui qui nous donne la liberté de mouvement. L'Église, le troupeau de Dieu, est tout le contraire des moutons de Panurge qui ont tous le même comporte­ment et qui se jettent tous ensemble à la mer. L'Église, au contraire, est ce peuple qui a reconnu l'immensité de l'espace que nous a ouvert la porte du salut de Jésus-Christ par sa mort et sa Résurrection.

Qu'en cette eucharistie où nous recevons le corps et le sang du Christ, nous les recevions pour aller au large, pour vivre dans la liberté, dans le mou­vement même de la Pâque du Christ, pour pouvoir progressivement, jour après jour, par tous les actes de liberté que nous posons, passer de cette vie dans ce monde à la vie dans le Royaume de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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