AU FIL DES HOMELIES

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LA PRIÈRE DE DEMANDE

Ga 3, 22-28 ; Jn 10, 11-18

Lundi de la quatrième semaine de Pâques – A

(18 avril 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

D

emandez ce que vous voulez et vous l'aurez, si vous demeurez en moi". Il y a plusieurs objections que l'on soulève quand on parle de prière de demande. La première, ce serait de penser que la prière de demande est inutile, parce que Dieu sait très bien qui nous sommes, ce dont nous avons besoin pour vivre et on n'a pas besoin de l'informer puisqu'il le sait déjà. Donc, à quoi bon lui demander quelque chose puisqu'Il sait déjà ce que nous sommes, ce dont nous avons besoin.

Pourtant, Il nous presse de demander, pourtant dans l'Écriture, les patriarches et les prophètes demandent, pourtant, le Christ lui-même demande. Je ne vois pas pourquoi la prière de demande serait moins bien vue de Dieu que la prière de louange ou la prière d'action de grâces. La prière de demande est profondément biblique, et Dieu a besoin que nous formulions nous-mêmes nos demandes. Formuler une demande, c'est la préciser pour nous, c'est aussi accepter de notre côté de changer de regard sur nous-même, sur Dieu, c'est se placer dans l'attitude du mendiant, dans l'attitude de celui qui a besoin. C'est la première objection que l'on pourrait formuler.

La deuxième objection serait de se dire, demander pour soi, demander pour sa famille, demander pour des amis, c'est encore une manière de s'intéresser à soi-même. Peut-être, mais il est aussi bon que dans ce regard que nous portons sur nous-même, nous nous placions dans cette attitude de demande par rapport à Dieu. Celui qui prie, celui qui demande, même s'il demande pour lui-même, demande en fait que la volonté de Dieu se fasse en lui, demande en fait que cette volonté de Dieu qui est toujours déposée en soi, et don aux autres et à Dieu, vienne petit à petit opérer cette œuvre de transformation. Demander pour soi, c'est en quelque sorte aussi accepter que cette prière de demande nous pousse à nous donner davantage. C'est souvent cela, et c'est encore une sorte de paradoxe.

On pourrait encore formuler une autre objection, c'est peut-être la pire d'ailleurs, et qui est de dire : j'ai demandé, et Dieu ne m'a pas exaucé. C'est terrible, parce qu'on a pu demander sincèrement pour soi, pour quelqu'un et on éprouve cette douloureuse expérience d'échec apparent de notre prière. Le Christ lui-même a comme éprouvé aussi cela. Pensez par exemple au jardin de Gethsémani, quand Il dit : "Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe, non pas ma volonté, mais la tienne". Or, cette coupe va passer, il va la boire, il va goûter le vinaigre de la Passion. Le Christ a éprouvé cela pour lui-même, le Christ n'a pas défailli dans la foi. Cet échec apparent de sa prière l'a poussé au contraire à un abandon encore plus grand à la volonté de son Père, et son Père l'a tiré de la mort. En fait, ce que nous éprouvons quelquefois cruellement quand nous avons demandé sincèrement, et qu'apparemment nous n'avons pas été exaucés, c'est le Seigneur lui-même qui vient creuser dans notre cœur, demander un acte de foi, un acte de confiance, un acte d'abandon, encore plus grand parce que le Seigneur nous a dit : "demandez ce que vous voudrez et vous l'aurez", mais … "si vous demeurez en moi".

Peut-être que la plus grande prière de demande que l'on puisse faire, celle qui est toujours exaucée, celle qui nous dépossède en quelque sorte de nous-même, celle qui est la plus gratuite et désintéressée, c'est peut-être de demander à Dieu : demeure en moi, fais en moi ta demeure, viens habiter dans mon cœur, viens faire ta demeure en moi. Alors, tout ce que nous demanderons, nous l'aurons.

 

 

AMEN

 

 
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