AU FIL DES HOMELIES

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UN NOUVEAU SENS DE LA COMMUNION DES SAINTS

2 Co 4, 8-14 ; Jn 10, 11-18

Lundi de la quatrième semaine de Pâques – A

(16 mai 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Corinthe: la vie de l'apôtre n'est pas toujours facile !

 

F

rères et sœurs, nous avons médité hier sur le bon pasteur, et je propose aujourd'hui quelques réflexions sur la deuxième épître aux Corinthiens dont nous avons lu quelques versets tout à l'heure. C'est un texte magnifique, parce que Paul veut expliquer à ses Corinthiens comment il éprouve à l'intérieur de lui-même son ministère, la mission qu'il a reçue. Vous le savez, les Corinthiens sont une communauté compliquée, il y a des affaires de mœurs, Paul en a un peu assez de ces Corinthiens qui ne vivent pas selon les normes qu'il a enseigné, en plus, son ministère et son autorité sont contestés parce qu'il y a des gens qui circulent par derrière et qui disent que ce que dit Paul n'est pas garanti à 100%.

Paul est dépité parce qu'il sent que sa vie, son ministère sont déconsidérés. C'est cela qu'il veut dire lorsqu'il dit qu'il sent une œuvre de mort qui s'accomplit. Ce n'est pas qu'il se sente vieillir, il est encore dans la force de l'âge, il a sans doute une petite quarantaine, c'est encore un homme dans la pleine vigueur physique et spirituelle. On ne peut pas dire qu'il se sente perdu du point de vue physique. Mais la mort fait son œuvre au sens où lorsqu'il veut annoncer l'évangile, il y a des ennuis, des soucis et des contradictions qui s'opposent à son ministère. Il le sent particulièrement parce que la communauté de Corinthe met des bâtons dans les roues. Il pourrait simplement se laisser aller à la colère, et dire : j'en ai marre de vous, puisque vous écoutez les gens de Jacques qui viennent chez vous, ou les gens de Pierre, débrouillez-vous avec eux, moi, je n'ai plus rien à voir avec vous.

Et cependant, au cœur même d'une sorte de désespoir sur l'efficacité de sa parole, une sorte de doute il a une intuition et il dit : cette mort qui travaille en moi c'est la même mort qui a travaillé dans le Christ. Il assimile son échec à la souffrance du Christ sur la croix. Voilà donc déjà une chose extraordinaire, qui peut-être de temps en temps devrait nous redonner courage. Lorsqu'on est face à l'échec, cela peut signifier (je ne dis pas que c'est automatique), quelque chose de l'œuvre de la mort qui a aussi atteint le Christ. Paul explique à ses Corinthiens qu'il n'est pas exempt de la Passion du Christ. Il a beau être l'autorité missionnaire par excellence, au cœur même de son ministère, la mort qui a fini par vaincre Jésus sur la croix, cette mort continue d'une certaine manière dans sa propre existence, quelque chose de cette œuvre de destruction.

C'est un aspect assez fréquent de la vie du ministère apostolique. On ne voit pas immédiatement fleurir les conséquences d'une annonce de la Parole de Dieu. L'apôtre est toujours frustré parce qu'il sent que tout ce qu'il a voulu partager et annoncer de la joie du salut il se rend compte à certains moments qu'il y a autour de tout cela des fruits de mort qui pourrissent et qui empestent le travail. Paul ici, réagit de la façon la plus réaliste qui soit, il ne nie pas l'échec, mais il reconnaît que cet échec a un sens dans sa vie même à cause de l'échec apparent de la croix.

Il continue et il dit : finalement si cette mort qui fait son œuvre en moi, peut-être est-elle le point de départ ou le point de passage obligé pour que la vie fasse son œuvre en vous. Il aurait pu dire : la mort fait son œuvre en moi pour qu'un jour, je ressuscite. Il aurait alors fait l'application personnelle du mystère mort et résurrection de Jésus à lui. Mais là, il ouvre d'une manière extraordinaire la perspective. La mort peut très bien faire son œuvre en moi comme apôtre dit-il, un apôtre qui rencontre des échecs, mais j'en ai aussi la conviction, c'est peut-être aussi pour que ma communauté vive. Paul envisage les choses d'une façon tout à fait neuve, de même que les fruits de la Passion sont passés en moi du Christ jusqu'à moi, cette circulation de la mort et de la résurrection du Christ passent en nous dans la communauté et portent tantôt des fruits de mort, mais ce n'est pas une mort définitive, cela peut ressortit en fruits de vie chez les autres.

C'est formulé à la saint Paul, et c'est la première manière d'exprimer la communion des saints. Quand on parle de la communion des saints, ce n'est pas simplement cette espèce de banque de prière qui fait que quand on prie pour quelqu'un ça marche pour un autre, ce n'est que la version un peu superficielle et caricaturale des choses. Ici, chez Paul, c'est véritablement l'œuvre de mort qui est capable de s'accomplir en lui pour que l'œuvre de vie ait lieu ailleurs. C'est un passage extraordinaire à la fois sur le sens du ministère, sur le sens de l'échec dans notre vie, sur le sens de la communion des saints.

 

AMEN

 

 

 
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