AU FIL DES HOMELIES

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DE LA LOI AU VÊTEMENT

Ga 3, 22-28 ; Jn 10, 11-18

Lundi de la quatrième semaine de Pâques – C

(22 avril 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Vous avez revêtu le Christ

F

rères et sœurs, dans la série des textes de Paul que nous lisions et méditons tous ces temps-ci, après la résurrection, je vous ai déjà souligné cet aspect important : Paul est capable non seulement de parler de la résurrection comme étant le pilier de notre foi, ce sur quoi repose toute notre existence, mais il a été sans doute le premier en tout cas pour l'écrire, le penser, le formuler, a expliquer aux fidèles des communautés qu'il avait fondé, il a été le premier à dire que la résurrection n'était pas simplement l'événement objectif en-dehors de nous qui fondait notre foi, ce qui est fondamental et indispensable. Il a explique en même temps que la résurrection avait une sorte de répercussion intérieure et que le mot et la théologie de la résurrection s'appliquaient d'une part au Christ comme source de vie et d'immortalité, mais également à nous comme bénéficiant de cette source par le baptême et étant nous-mêmes dynamisés par la résurrection. De telle sorte que pour les Corinthiens, Paul explique qu'on est à la fois mort et ressuscité, et pour lui, c'est fondamental. Ainsi le mot résurrection pour saint Paul se positionne sur deux registres : le registre de l'événement qui a enclenché l'existence, la source du salut pour l'humanité, mais en même temps la résurrection c'est l'œuvre qui s'accomplit en nous.

Or, aujourd'hui, on continue ces petits morceaux choisis pour essayer de nous expliquer ce qu'est la résurrection, et saint Paul n'y va pas de main morte. Il parle aux Galates, une autre communauté qui se trouvait à peu près dans la région d'Ankara actuellement. Galates veut dire "gaulois", c'est la même souche que nous, mais ce sont des gaulois qui au lieu de venir en France, se sont installés en Turquie. Il a évangélisé ces Galates, leur a annoncé la Parole de Dieu, de façon peu commode car ces Galates ne parlaient pas la langue grecque.

Ces Galates s'étaient laissé influencer par une prédication qui venait derrière Paul et qui disait qu'il était trop méfiant vis-à-vis de la Loi, que les observances ne sont pas nécessaires. Evidemment, Paul ne se laisse pas attaquer sur ce sujet, et rétorque aux Galates en leur demandant : pour vous, qu'est-ce que la Loi ? Qu'est-ce que l'Ecriture ? il y va très fort parce qu'il dit : nous étions sous le règne de l'Écriture qui a tout enfermé sous le péché. Il explique à ces Galates qui sont en train de dévier par rapport à l'évangile que Paul leur a annoncé auparavant que l'Écriture montre, dénonce le péché, la Loi c'est ce qui montre quand on n'agit pas selon la Loi. La Loi ne sauve pas mais elle fait voir le péché, elle fait voir que nous sommes pécheurs. Saint Paul file la métaphore de façon radicale, il dit qu'elle nous a enfermés. La Loi est comme un gardien de prison. C'est une sorte de puissance que Dieu a donné pour éclairer le comportement, mais quand on ne vit pas selon la Loi, on va en prison. Paul explique aux Galates que s'ils vénèrent la Loi comme si le Christ n'était pas ressuscité, ils sont en prison.

Ensuite, il atténue un peu ses paroles, car la Loi n'est pas une prison dans laquelle on expie purement et simplement. En fait, la Loi était comme un pédagogue. C'est la fameuse théorie de la pédagogie des Pères. Quand on est en prison, on est censé réfléchir, s'amender en disant, qu'on ne recommencera plus les mêmes erreurs. Le rôle de la Loi, c'est à la fois l'enfermement et la pédagogie pour essayer de sortir du mal, mais Paul dans d'autres passages de cette épître leur dit bien que par nous-mêmes, on ne peut pas s'en sortir. La Loi est bien une sorte de contrainte, de poids, une muraille qui vous enferme et au mieux, ce quelle veut faire, c'est d'être pédagogue. Il faut savoir aussi que chez saint Paul, le pédagogue n'est pas nécessairement un personnage estimé. Il ne jouit pas du prestige qu'avaient les instituteurs de la troisième république ! La Loi c'est un esclavage et à cette époque-là, les méthodes pédagogiques pour apprendre ne ressemblaient pas du tout aux méthodes actives que l'on promeut aujourd'hui.

Paul insiste en leur rappelant qu'ils étaient comme des esclaves. Et il ajoute : oui, mais maintenant, vous êtes baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il change brutalement la métaphore : cessez de voir la métaphore de la prison, du dressage et de la contrainte, et regardez, quand vous êtes baptisés, vous avez revêtu le Christ. Là, on touche à un autre registre qui est celui du vêtement qui est à la fois la protection, la contrainte et non plus l'isolement, et le vêtement qui est aussi la traduction de la personnalité et surtout le vêtement qui nous colle à la peau. Si vous avez revêtu le Christ, il vous colle à la peau. Vous n'êtes plus du tout dans une dynamique d'enfermement et d'emprisonnement, mais vous êtes avec la souplesse du vêtement qui vous enveloppe, à l'aise pour trouver votre véritable liberté, la plénitude de la vie, pour pouvoir vous épanouir et de trouver les moyens de vivre dans la liberté du Christ.

C'est un tout petit texte qui n'attire pas l'attention au premier regard, mais le changement de métaphore passe de la prison et du pédagogue, tout à coup au vêtement. Le vêtement que le Christ nous donne c'est la liberté des baptisés. C'est ce qui fait la grandeur de la vie chrétienne, et c'est pour cela que ces premières communautés chrétiennes avaient quand même le sentiment d'être passées d'un emprisonnement à la véritable liberté par la vie du Christ ressuscité qui leur avait été donnée comme ce magnifique vêtement qui fait resplendir la grâce de Dieu dans nos actions, notre manière d'être et notre espérance du Royaume.

 

AMEN

 

 

 
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