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LE PÈRE ET MOI NOUS SOMMES UN

Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 22-38

Mardi de la quatrième semaine de Pâques – B

(23 avril 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page est la troisième partie de ce chapitre dixième de saint Jean où Jésus se présente comme le bon berger, le bon pasteur. Jésus affirme que les hommes sont ses brebis du moins ceux qui écoutent sa voix. Cette image est pour Lui l'occasion de faire comprendre son unité avec le Père. En effet, la caractéristique qu'Il développe à propos des brebis c'est que personne ne peut les arracher de sa main. Le bon berger est si proche des brebis, Il en prend un tel soin, Il les garde avec tellement de pré­sence et d'attention que personne ne peut les arracher de sa main. Et aussitôt après, Jésus annonce "per­sonne ne peut rien arracher de la main du Père", identifiant sa main avec celle du Père.

Cette première affirmation de l'identité ou plus exactement de la communion profonde et de l'égalité de Jésus avec le Père, Il va la prolonger par une affirmation nouvelle et plus intense encore : "Le Père et Moi, nous-sommes un !" C'est une des affir­mations les plus fortes de la divinité de Jésus dans l'évangile, un moment majeur où le Christ établit en­tre Lui et le Père ce mystère de profonde unité, ce mystère de partage d'une même nature divine. Et les Juifs ne s'y trompent pas. Ils amènent des pierres pour le lapider. Alors, à ce moment-là, il y a dans l'évan­gile un passage qui nous surprend car les Juifs accu­sant Jésus de blasphème : "Toi qui n'es qu'un homme, Tu te fais Dieu !" ce qui est bien effectivement l'accu­sation que les Juifs peuvent faire à Jésus, la raison pour laquelle ils le crucifieront, ils le livreront à Pilate pour qu'Il soit crucifié, cette accusation Jésus a l'air de l'écarter par un stratagème, par une sorte d'entourlou­pette. Il dit : "N'y a-t-il pas dans la Loi (c'est dans le psaume 81), "J'ai dit : vous êtes des dieux !" Ce verset du psaume s'adresse aux juges qui rendent la justice et qui, à ce titre, participent d'une certaine manière à la prérogative divine de décider du bien et du mal, de la culpabilité ou de la non-culpabilité des hommes et de leur châtiment. Si effectivement, de manière allégori­que, par une licence de langage, on peut, comme le fait le psaume, attribuer ce titre de dieu à des juges pour la simple raison qu'ils participent à cette préro­gative divine de porter la justice, Jésus dit : pourquoi M'accusez-vous de me dire Dieu ? Cette argumenta­tion nous semble effectivement très minimisant car Jésus semble traiter son cas comme celui des juges dont il est question dans le psaume 81. A vrai dire, cette argumentation de type rabbinique nous échappe un peu par sa portée. Ce qui est certain c'est que, après avoir ainsi utilisé cet argument qui nous semble faible, Jésus revient à son affirmation dans toute sa force. Ceux que le psaume appelle des dieux ne sont que des juges, ne sont que des fonctionnaires humains obligés de rendre la justice, mais Moi je ne suis pas simplement chargé par ma fonction de remplir un rôle qui participe à la justice divine, "Je suis celui que le Père a consacré, Celui que le Père a envoyé." Je suis donc véritablement l'Envoyé en mission par le Père. Je participe à la fonction même du Père, non pas d'une façon lointaine comme les juges de la terre, mais par une décision de Dieu Lui-même. Donc c'est une sorte d'argumentation a fortiori que Jésus utilise, revenant à son affirmation précédente. Et de même qu'Il avait dit : "Le Père et Moi nous sommes un !", Il va maintenant affirmer : "Le Père est en Moi et Je suis dans le Père !" revenant à une de ses déclarations majeures de sa divinité.

Et de cette divinité, de cette participation à la vie du Père, de cette unité avec le Père, de cette inter-communion avec le Père, Jésus donne comme preuve ses œuvres. Les œuvres qu'Il accomplit, les gestes qu'Il pose sont des signes de sa divinité. Car ces ges­tes sont des gestes donateurs de vie. Les gestes aux­quels Il fait allusion ce sont les miracles, les signes accomplis et plus particulièrement la guérison de l'aveugle-né qui a eu lieu peu auparavant. Guérison de l'aveugle-né dont il ne faut pas voir seulement le côté merveilleux. Chez saint Jean, les miracles ne sont pas d'abord des faits extraordinaires, ils sont surtout des signes c'est-à-dire des faits révélateurs. Rendre la vue à un aveugle de naissance, c'est manifester qu'on est le maître de la lumière et que, par-delà la lumière des yeux, Jésus donne la lumière du cœur, cette lumière infiniment plus importante qui est la vérité même de Dieu qui seul peut nous remplir d'une lumière au­thentique et ainsi nous sauver. Et à propos de la guéri­son de l'aveugle-né, Il avait affirmé que les phari­siens, à cause de leur péché, étaient dans les ténèbres, ou plus encore parce qu'ils ne reconnaissaient pas leur péché, ils s'enfonçaient dans les ténèbres, montrant bien par là, qu'au-delà de la lumière du jour il y avait cette lumière spirituelle qui est celle de la présence de Dieu.

C'est donc ses œuvres divines, non pas sim­plement parce qu'elles sont extraordinaires mais divi­nes parce qu'elles atteignent le plus profond de l'être, le plus profond de notre être, c'est à cause de ses œu­vres que Jésus peut revendiquer d'être l'égal du Père exactement comme dans l'évangile de saint Matthieu, Il avait manifesté sa divinité en pardonnant les pé­chés. Et authentifiant ce pardon des péchés par la guérison du paralytique. "Est-il plus facile de dire : Tes péchés sont remis ! " ou de dire "Lève-toi et mar­che !" Et bien, pour que vous sachiez que le Fils de l'Homme a sur terre le pouvoir de remettre, de par­donner les péchés : "Lève-toi ! " dit-il au paralytique, "prends ton grabat et marche !"

Ainsi les œuvres de Jésus sont des œuvres qui authentifient sa mission divine qui manifestent son pouvoir divin, qui ont le pouvoir d'aller jusqu'au très fond de notre être, jusqu'au plus profond de notre cœur, jusqu'au pacha qui habite au plus profond de notre cœur et, à cause de ce pouvoir divin qui se ma­nifeste, Il se révèle à nous comme ne faisant qu'un avec le Père, comme consacré par le Père, envoyé par le Père, comme étant dans le Père et le Père en Lui.

 

 

AMEN