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LA CHARITÉ

Rm 14, 7-9 ; Jn 10, 27-30

Mercredi de la quatrième semaine de Pâques – A

(13 mai 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

près nous avoir dit que le Christ est "la fin de la Loi" et"l'accomplissement de cette loi" saint Paul continue son épître aux Romains en développant le thème de la charité. Le texte que nous avons entendu s'inscrit dans ce thème à l'occa­sion d'un conflit qui devait opposer différents mem­bres de l'Église de Rome à laquelle Paul adresse sa lettre, puisque, dans ce qui précède, il est question de faibles et de forts. Apparemment la dispute oppose des gens qui choisissaient certains jours ou certains aliments plutôt que d'autres, et saint Paul demande que l'on respecte les différents avis car là n'est pas l'important, mais plutôt "la charité doit régner entre tous et c'est là le seul commandement que le Christ nous ait laissé" puisqu'il disait Lui-même : "N'ayez de dette envers personne sinon celle de l'amour mutuel !"

Lorsque saint Paul développe le thème de la charité, après avoir dit que le Christ est l'accomplis­sement de la Loi, c'est finalement revenir à l'homme. La Loi signifie cet effort humain qui tente d'atteindre par lui-même une certaine perfection, mais l'accom­plissement de cette Loi ne peut venir que de Dieu. Elle vient de Dieu, elle vient vivre en nous. saint Paul "redescend" de cet accomplissement, de cette pléni­tude, pour chercher quelle en est la pratique, quelle doit être la pratique de ceux qui doivent vivre et rece­voir cette plénitude de Loi. Et il profite de cette dis­pute pour tenter de dire ce qu'est la réalité même de cette Loi nouvelle, donc de cet amour et de ce Christ vivant.

En effet, et c'est là un des sommets de la pen­sée de saint Paul, en chaque chrétien vit le Christ. saint Jean lui-même développera ce thème en parlant de "demeure". "Si quelqu'un M'aime, mon Père l'ai­mera, et nous ferons chez lui notre demeure !" C'est dire par là ce que dit aussi saint Paul : "Ce n'est pas moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi !" Ainsi, il ne s'agit pas pour nous d'une attitude comme extérieure, qui serait de respecter un certain nombre de commandements, afin de "gagner" le ciel, mais plus profondément de découvrir cette vie réelle du Christ en nous, du Christ qui demeure en nous et qui fait chez lui notre demeure.

C'est ainsi que saint Paul s'exprime : "Nul d'entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur !" Notre vie s'éclaire donc de l'inté­rieur, non par rapport à nous-mêmes, par rapport à ce que nous faisons, mais prenant source dans cette vie même de Dieu, déjà réalisée en nous. Nous avons donc à respecter et à laisser s'éveiller et grandir ce que Dieu opère et ce que Dieu veut de nous. Le point de départ n'est donc pas l'homme qui tente de rejoindre Dieu, mais la source et le point de départ c'est ce Dieu déjà vivant en nous, qui "demeure" en nous, et qui nous fait opérer des actes en Dieu. C'est-à-dire que nous avons à respecter, à vivre de cette vie même de Dieu. Et nous en sommes comme les prolongements sur cette terre, et nous transportons avec nous cette vie de Dieu partout où nous allons, et dans tous nos actes et dans tous les événements nous nous trouve­rons ainsi plus ou moins imprégnés de la vie même de Dieu si nous la laissons, à travers nous s'exprimer.

C'est donc bien plus fort que le respect d'une loi ou d'un commandement, mais c'est que nous sommes véritablement Dieu. C'est pour cela que saint Paul inscrit cette phrase dans une réflexion sur la cha­rité, car la seule façon d'éveiller et de laisser grandir cette vie de Dieu en nous, c'est de pratiquer mutuel­lement la charité, c'est-à-dire de laisser se développer cet amour que Dieu dépose en nous, les uns avec les autres et surtout avec Dieu. Cet amour que Dieu dé­pose, auquel nous avons à nous éveiller et nous laisser transformer par lui, il nous faut non seulement en être témoins mais nous laisser aussi renouveler par cet amour que nous pratiquons.

Saint Augustin décrit cette vie du Christ en nous qui fait de chaque chrétien un nouveau christ en disant : "La charité fait régner Dieu en nous." Et il continue en disant : "Attachez-vous de préférence à aimer Dieu. Dieu étant éternel, vous demeurerez aussi comme Lui éternellement. Que chacun de vous participe à la nature de l'objet qu'il affectionne. Ai­mes-tu la terre ? Tu seras terre. Aimes-tu Dieu ? Que te dirai-je ? Tu seras Dieu ".

 

AMEN