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LE CHEMIN

Rm 8, 31-39 ; Jn 14, 7-14

Mercredi de la quatrième semaine du temps pascal – C

(19 avril 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e livre de l'évangile de saint Jean est composé en deux grandes parties. La première, jusqu'à la fin du chapitre douzième, est appelée "le livre des signes", les sept grands "signes", les mira­cles que saint Jean a sélectionnés et que Jésus a ac­complis pour manifester le sens de sa venue, de sa mission et du salut qu'Il apportait. C'étaient les "si­gnes" de ce qui allait s'accomplir. La fonction des signes c'est d'annoncer, de proclamer, de faire voir ou d'avertir. Ensuite on passe des signes à la réalité, et c'est le sens de la deuxième partie qui va du chapitre treizième à la fin. Nous venons de rentrer aujourd'hui dans la deuxième partie ce qu'on appelle le "discours des adieux" ou le discours après la Cène, même si Sain Jean ne rapporte par la Cène. Ce texte nous dit les paroles de Jésus avant d'accomplir réellement sa Pâque. L'accomplissement véritable de sa Pâque c'est sa passion, sa mort et les témoignages de sa résurrec­tion. Mais avant que vienne "l'heure", le moment, l'acte même du passage de ce monde au Père, Jésus, dans les derniers moments qu'Il passe avec ses disci­ples, leur explique ce qui va s'accomplir. Jésus dit ce qui va profondément se passer, et que les apôtres ne comprendront pas sur le moment car il faudra que l'Esprit saint leur explique toute chose.

Nous avons entendu Jésus dire à ses disci­ples : "Je suis le chemin, la vérité, la vie ! Nul ne vient au Père que par Moi !" Il explique l'itinéraire. Où va-t-Il? Il va vers son Père. Et pourquoi y va-t-Il ? Pour que chacun d'entre nous y aille à son tour. Au­trement dit, Jésus nous énonce clairement le sens même de ce qui va s'accomplir dans sa mort et dans sa Résurrection. "Aller vers le Père", mais de telle sorte que chacun d'entre nous, "par Lui et en Lui" puisse, à son tour, y aller. Et Il ajoute même : "Vous savez bien où Je vais !" car lorsque Philippe s'étonne en disant : "Montre-nous le Père et cela nous suffit", Jésus ré­pond : "Qui M'a vu a vu le Père !" Ceci est très im­portant car cela veut dire que dans ce que nous avons vu de son mystère, dans ce qu'ils verront de son mys­tère, son humanité livrée à la mort, crucifiée et res­suscitée, ils verront littéralement l'amour du Père.

Comme chrétiens, comme disciples de Jésus-Christ, nous ne voyons rien d'autre que le Christ mort et ressuscité Et cependant, en voyant cela, nous voyons l'amour du Père. Et c'est ce qui fait que, en voyant, en contemplant cela, nous commençons, à notre tour, à la suite du Christ, notre propre passage au Père. Autrement dit, le Christ sait où Il va et nous, nous savons où nous allons. Ceci pour une double raison, parce que le Christ va vers le Père et que, d'autre part, en le voyant marcher, nous commençons à voir le but de notre propre existence. C'est pour cela que Jésus s'étonne de la question de Philippe. "Qui M'a vu a vu le Père." Philippe ! (semble dire Jésus à ce moment-là), si tu comprends vraiment ce que j'ai voulu faire, si tu as compris vraiment qui j'étais, alors tu sais où je vais, où tu vas toi aussi.

Jésus n'a plus qu'à expliquer que le Père est en Lui et que lorsque Lui, Jésus, s'en va vers son Père, ce n'est pas de Lui-même qu'Il le fait, mais c'est parce que le Père accomplit en Lui l'œuvre du salut. Autrement dit, lorsque nous vivons en méditant, en contemplant le mystère de l'œuvre du salut de Jésus pour nous, nous contemplons l'action du Père. Et donc nous ne sommes pas éloignés du but vers lequel nous marchons. Le Royaume est vraiment parmi nous. Le Père agit vraiment dans le Christ. Et quand nous voyons le Christ mourir et ressusciter pour nous, nous voyons vraiment l'œuvre du Père, nous voyons com­ment nous sommes conduits au but.

Tout cela doit avoir pour nous une certaine importance. La plupart du temps, lorsque nous nous imaginons le Royaume de Dieu, nous le pensons tou­jours comme un au-delà. Mais ce n'est pas exactement cela que les paroles de Jésus dans cet évangile insi­nuent. Je dirais que l'Au-delà est venu en deçà, Il est venu chez nous. L'au-delà n'est pas ailleurs. L'au-delà est ici. Et c'est ce que nous avons à comprendre. Le mystère même du but vers lequel nous tendons, ce mystère-là est déjà parmi nous. Et quand Jésus expli­que le mystère de sa mort et de sa résurrection, Il l'explique non pas comme un éloignement vers un ailleurs, mais précisément comme un au-delà qui se fait présent, pour nous, dans le cœur de chacun des disciples.

Qu'en célébrant cette eucharistie, nous rece­vions vraiment le corps et le sang du Christ comme l'œuvre de salut de Jésus en nous, présent aujourd'hui, ici et maintenant, au cœur de son Église.

 

AMEN