AU FIL DES HOMELIES

MARCHER DANS LA LUMIÈRE

Ph 3,17-21 ; Jn 12, 35-36

Mercredi de la quatrième semaine de Pâques B

(17 mai 2000)

Homélie du frère Yves HABERT

 

D

eux versets d'une grande richesse pour nous accompagner aujourd'hui : "Si vous croyez en la lumière, marchez vers la lumière, si vous suivez la lumière vivez en fils et en filles de lu­mière". De quelle lumière s'agit-il ? Parce qu'on peut se tromper de lumière, on peut être égaré par la lu­mière, on peut suivre des fausses lumières, on peut suivre des lucioles et les prendre pour des étoiles, il y a ceux qui montent les marches à Cannes, et il y a ceux qui les descendent, comme le Christ, le Créateur des étoiles, la véritable star qui ne monte pas les mar­ches mais qui les descend, celle lumière qui éclate dans le sourire d'un enfant à Noël. Parce que dans ces deux versets, on ne dit pas qui est la lumière, parce qu'il a pris la peine de le dire trois chapitres aupara­vant, au chapitre neuvième de saint Jean quand Il guérit l'aveugle-né : "Je suis la lumière du monde". Mais cette lumière est liée à la présence et au mou­vement de la marche. Cette lumière est liée à l'amour.

Qu'est-ce que l'amour ? C'est désirer très fortement la présence de l'être aimé, aimer, c'est être insatisfait tant qu'on n'est pas avec l'être aimé, avec celui que l'on aime. Vous savez que dans tout amour il y a une première phase qu'on pourrait appeler la fusion, qui est de vouloir faire un avec la personne aimée, pour ne jamais la quitter, être toujours avec lui, avec elle, et l'on sait bien que cet amour de fusion dont il est parlé dans beaucoup de romans et de films, ne peut pas aller très loin. On le sait, comme prêtres, en accompagnant des jeunes au mariage, on sait que dans toute histoire d'amour, il y a le passage de la fusion à la communion. On sait que tôt ou tard, il y a le passage qui consiste en la découverte de l'altérité, en la découverte du caractère unique de l'autre, de découvrir que l'autre existe, et qu'il existe sans moi, et que l'amour humain ne va pas s'épanouir dans une sorte de fusion indifférenciée où tous les chats sont gris, mais que l'amour humain, va s'épanouir dans cette communion très particulière.

C'est le danger parfois de l'amour, d'en rester simplement à un stade fusionnel de ne pas faire ce saut, cette marche supplémentaire vers la communion.

Et en régime chrétien, l'amour c'est l'altérité, la communion. Ce danger d'un aspect très fusionnel, on ne le retrouve pas beaucoup dans l'amitié, dans cet amour particulier qui est l'amour d'amitié qui s'écarte de cet aspect fusionnel, sauf dans l'amitié adolescente qui se confond facilement avec l'amour, il ne faut plus faire qu'un avec l'ami que l'on aime, mais ce n'est pas le fin fond, ce n'est pas la véritable amitié. On sait que l'amitié, l'image de l'amitié, ce n'est pas le cercle, quelque chose qui est refermé, mais au contraire, l'amitié, c'est une solidarité en marche. Si on voulait représenter l'amitié, on ne pourrait pas la représenter comme une ville, un campement, un village, quelque chose de fermé, de clos sur lui-même. Si on veut re­présenter l'amitié, il faudrait plutôt représenter deux personnes qui marchent, côte à côte ou l'une derrière l'autre, il faudrait représenter un explorateur, des ran­donneurs, des personnes qui sont orientées dans une seule direction. C'est pour cela que ces deux versets s'expliquent par l'amour d'amitié: "Tant que vous avez la lumière, marchez". Tant que vous avez au fond du cœur cette certitude de foi, quelquefois mal­menée, marchez.

Parce que le but de cette amitié avec Dieu, ce n'est pas de rester cantonnés, enfermés dans un amour fusionnel, mais c'est d'avancer, et alors vous découvrirez d'autres terres, d'autres continents, d'au­tres personnes, et vous verrez l'étonnante fécondité de l'amitié que vous vivrez avec Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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