AU FIL DES HOMELIES

Photos

 LA VIE NOUVELLE DANS LE CHRIST

Ga 3, 22-28 ; Jn 12, 35-36 c

Samedi de la quatrième semaine de Pâques

(13 mai 2006)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Revêtir le Chrsit

N

ous venons d’entendre ce texte de l’épître aux Galates qui est comme vous le savez, un des éléments majeurs de la théologie de saint Paul. C’est sans doute le premier écrit où il fait état non seulement de sa conversion et du bouleversement que cela a introduit dans sa vie, mais également il l'explique à ces hommes de Galatie. Donc, saint Paul explique à ces hommes, ces premiers chrétiens qu’il avait évangélisés lors de son premier voyage, les conséquences de la nouvelle vie et de la nouvelle démarche religieuse qu’il leur a demandé de suivre.

Si nous lisons ce petit passage que nous avons entendu tout à l’heure, c’est à cause de la phrase que nous chantons à chaque baptême : "Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ", et il en tire une conclusion assez étonnante : "Il n’y a donc ni juifs, ni grecs, ni esclaves ni hommes libres, il n’y a ni hommes ni femmes car vous ne faits qu’un dans le Christ". Autrement dit, la comparaison qu’emploie Paul très volontiers pour parler du baptême et de la vie nouvelle dans le Christ, c’est une comparaison vestimentaire. Cela peut paraître étonnant, parce que pour nous effectivement, le vêtement, c’est l’extérieur, c’est le paraître. Mais pour saint Paul, apparemment, le vêtement n’est pas dans cet ordre des choses. Le vêtement fait partie de l’être même des gens. C’est vrai qu’aujourd’hui, nous ne vivons plus tellement dans une civilisation des uniformes, mais il est certain que dans le monde ancien, la manière même de se vêtir était le signe immédiat, extérieur de la personnalité, de la fonction de la responsabilité que pouvait exercer un homme dans la société. Donc, lorsque Paul dit : vous avez revêtu le Christ, il dit ceci : vous avez revêtu une identité nouvelle. Où le vêtement vous apparaît comme extérieur, Paul l’interprète comme une transformation intérieure. Quand on est revêtu du Christ, la conséquence est que comme on est tous revêtus du Christ, c’est le vêtement même, cet investissement et cette transformation radicale et profonde qui fait que nous ne sommes plus distingués les uns des autres en référence aux autres fonctions qu’on avait avant : juifs, païens, esclaves, hommes libres. C’est le Christ revêtu par le baptême qui donne une identité nouvelle et qui a deux critères : premièrement notre identité profonde ne se définit que par rapport au Christ, ce qui est évidemment une chose assez audacieuse, et deuxièmement, que pour nous tous, elle se définisse par rapport au Christ, on ne peut donc plus ramener les anciennes fonctions comme des distinctions valables et donc, il n’y a plus de mise en danger de la cohésion et de l’unité de la communauté chrétienne. Vous ne formez tous qu’un seul corps dans le Christ Jésus.

Je crois que c’est un des aspects qui a été si décisif pour la constitution des communautés chrétiennes, car dans l’Antiquité, l’idée même qu’une démarche religieuse pouvait effacer les anciennes appartenances et les anciennes identités et faire que les gens eux-mêmes se retrouvent dans un rapport renouvelé les uns par rapport aux autres, soit fondé sur l’égalité de la présence du Christ en chacun d’entre nous, ce n’était pas du tout coutumier. C’est sans doute ce que les premières communautés chrétiennes ont éprouvé de façon radicale. Tous, ils étaient vraiment revêtus du Christ, et je pense que si dans la tradition des quatre ou cinq premiers siècles on a tellement tenu à ce que les nouveaux baptisés dans les semaines qui suivent leur baptême gardent le vêtement blanc, c’était précisément pour cette raison-là. C’était pour qu’ils prennent l’habitude de considérer que leur nouvelle identité manifestée par le vêtement blanc qu’ils portaient, était une identité qui leur était donnée et non plus une identité conquise.

Frères et sœurs, je pense que cela peut nous aider, car nous chantons cela presque machinalement : tu as revêtu le Christ, alleluia, cela ne nous trouble plus beaucoup, mais en réalité, chaque fois que nous célébrons un baptême, nous devrions reprendre la dimension de l’importance de cette affirmation. C’est-à-dire que chacun d’entre nous, quand on voit des enfants qui sont baptisés et qui sont revêtus du vêtement blanc, c’est précisément pour signifier cette identité nouvelle qui est donnée par le Christ à chacun, et qui nous établit les uns les autres dans cette relation nouvelle qui est faite de la présence du Christ en chacun d’entre nous et qui féconde notre unité.

 

AMEN

 

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public