AU FIL DES HOMELIES

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TOUTES CHOSES FURENT CRÉÉES PAR LUI 

Col 1, 12-20 ; Jn 15, 18-25

(22 avril 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

Toutes choses sont crées par Dieu

D

 

ans le passage de l'épître aux Colossiens, l'apôtre trace une grande fresque non seulement de l'histoire du salut, mais tout simplement de l'histoire de l'existence de ce monde, tant en son origine qu'en sa destinée ultime. L'origine c'est l'image du Dieu invisible qu'est le Christ. "Toutes choses furent créées en Lui" et "toutes choses furent créées pour Lui", qu'elles soient de l'ordre invisible, c'est le monde des esprits, qu'elles soient de l'ordre visible, c'est le monde de la matière. Elles ont été créées pour Lui et c'est ainsi que l'apôtre termine cette sorte d'hymne à la primauté du Christ : "Il a fait la paix, sur terre et dans les cieux", pour les choses du ciel et les choses de la terre, "par le sang de sa croix."

Cette hymne se divise en deux parties : la première qui a trait à l'ordre de la création, et la seconde qui a trait à l'ordre de la rédemption, là où est évoquée l'existence de l'Église en qui le Christ vient vivre la plénitude de son mystère de Fils et de Rédempteur. C'est surtout sur la première partie qui évoque la création que je veux m'arrêter.

Lorsque nous célébrons l'eucharistie chaque jour, nous célébrons cette paix que le Christ a acquise par le sang de sa croix. Mais la paix que le Christ acquiert par le sang de sa croix ne touche pas uniquement la réalité ecclésiale que nous sommes. Le sacrifice du Christ n'est pas purement spirituel, car le Christ est venu réconcilier autant les choses du ciel, les choses de l'esprit, que les choses de la terre, c'est-à-dire de la création matérielle. Le sacrifice de l'eucharistie touche en même temps dans sa symbolique et dans son efficacité, le monde de l'esprit et le monde de la matière. D'ailleurs, il est célébré pour nous, pas pour les anges. Un Père de l'Église dit "en cela nous avons un avantage sur les anges, parce que, eux, ne communient pas dans le sacrement de la Pâque du Christ !" Ce sang versé, il est pour nous qui sommes à la fois esprit, (c'est le monde invisible), et corps, c'est le monde visible.

La Pâque du Christ atteint donc, dans sa spécificité de salut c'est-à-dire d'unité, d'harmonie, de révélation du sens profond de toute chose de l'univers, atteint aussi l'ordre de la création matérielle, ce que nous appelons d'un terme complexe à multiples sens, la nature. La nature n'est pas un décor que Dieu a posé pour éviter que nous jouions notre Comédie Humaine sur de simples planches. La nature est une œuvre de la création divine, donc pas simplement quelque chose qui nous entoure, mais un don. Quelque chose qui est pour nous, mais quelque chose à travers lequel nous devons connaître quelque chose d'autre qui est justement le mystère de Dieu en sa force de création et de rédemption.

Lorsque nous consacrons le pain et le vin, nous consacrons un élément matériel du monde, pas une notion abstraite, pas une idée, pas un symbole, mais une réalité profondément matérielle, avec toute sa densité chimique, biologique, physiologique. Quand nous célébrons l'eucharistie, c'est notre cœur, c'est notre esprit qui est vivifié par la Pâque du Christ, parce que nous sommes sauvés par son sang. Mais c'est la création, dans sa matérialité, qui entre déjà dans le mystère de la résurrection, dans le mystère de cette harmonie qui nous a été donnée lors de la création, mais dont nous devons connaître, pressentir le sens profond à travers l'eucharistie, c'est-à-dire le sens d'une action de grâces, d'un don pour la louange. C'est pour cela que notre regard, à nous chrétiens, sur la nature ne peut pas se contenter d'être économique, écologique (même si c'est nécessaire). Mais notre regard sur la nature doit être un regard pascal c'est-à-dire doxologique, pour la gloire, pour la louange à ce Christ, à l'image duquel toutes choses sont créées, et pour lequel toutes choses sont créées.

Et cette source, cette destinée nous est révélée dans le mystère de la Pâque, dans le mystère d'un corps matériel, élément réel et définitif du monde créé, qui entre dans la Résurrection c'est-à-dire dans la louange, dans l'action de grâces au Père. Et ceci est encore célébré, donné, chaque fois que le pain et le vin, qui ne sont pas simplement symbole de nourriture ou de boisson, qui sont matière pour le monde, entrent, par la consécration par la prière eucharistique, par l'action de grâce, dans leur véritable signification, Plus exactement, par cette consécration, nous est révélé un sens déjà acquis en eux, antérieur à toute connaissance humaine, qui est la louange d'un don que Dieu ne cesse de nous faire.

Lorsque nous célébrons l'eucharistie, il en faut pas être trop spiritualiste, spirituel oui, beaucoup plus que nous le sommes, dans le sens où il ne faut pas approcher ce mystère de façon purement intellectuelle, avec des références religieuses ou mystiques. Il faut l'aborder pour ce qu'il est, dans cet aspect où nous est donné, nous est révélé le sens profond du monde que nous habitons, où nous est révélée la sainteté d'une matière qui existe à cause d'une œuvre sainte du Dieu très Saint.

Et cela est important tout simplement pour notre façon de gérer les choses du monde. Elles ne nous sont pas données uniquement pour être gérées, même si cela est nécessaire, mais pour que nous entrions dans le mystère eucharistique de ce monde qui, lui aussi, lors de la Résurrection finale, lors de l'accomplissement général, entrera dans cet hymne de la primauté du Christ. Hymne que ce monde, dans sa matérialité, chante déjà dans son silence matériel. Mais pour Dieu, il n'y a pas de silence matériel. A nous simplement, par notre silence spirituel, de comprendre, d'entendre la louange pascale de ce monde matériel, naturel qui est notre demeure.

 

AMEN

 

 

 
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